L’affaire Terrasson

L’honneur perdu de Maître Martine Moulin-Boudard

juin 28, 2009 · Laisser un commentaire

MMB

Retour sur une affaire politico-judiciaire survenue à la veille des élections présidentielles de 2007, à une époque où l’entourage de Jacques Chirac et de son premier ministre Dominique de Villepin avait juré la perte du ministre de l’Intérieur et secrétaire général de l’UMP Nicolas Sarkozy, lui-même résolu à rendre coup pour coup. Quitte à provoquer d’importants dommages collatéraux !

« Il se passe trop de choses sur le devant de la scène sans que nous sachions rien de ce qui se passe en coulisse. Si seulement nous pouvions écouter les bandes magnétiques pour apprendre enfin quelque chose ! » Heinrich Böll – L’honneur perdu de Katharina Blum ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire.

A Bordeaux, le nom de Martine MOULIN-BOUDARD est aujourd’hui connu de tous. Cette notoriété, elle la doit, pour partie, à la fonction d’élue qu’elle a occupée au sein du conseil municipal de 1977 à 2008. Mais aussi, et beaucoup plus sûrement, à un scandale qui a défrayé la chronique locale il y a deux ans. Une curieuse affaire de spoliation d’une personne âgées atteinte de la maladie d’Alzheimer du nom de Jeannine TERRASSON et dont Maître MOULIN-BOUDARD était l’avocate. A l’époque, le journal Sud-Ouest, relayé ensuite par la presse nationale avait fait ses choux gras de cette histoire qui mettait en cause des notables bordelais proches d’Alain JUPPE : François-Xavier BORDEAUX, président de la Caisse Sociale de Développement Local, Jean-François LHERETE, le directeur des affaires culturelles de la ville, elle-même en qualité d’adjointe au maire et Nicole DUMONT, la légataire de la vieille dame. Le scandale avait duré pratiquement huit mois, au fil des révélations édifiantes du quotidien local, visiblement bien informé. Puis rideau ! Plus rien…Redécouvrait-on subitement  les vertus du secret d’une instruction toujours en cours ? Ou bien des doutes de plus en plus importants commençaient-ils à poindre parmi les chroniqueurs de l’affaire ?

Faute d’en apprendre davantage auprès des enquêteurs de la DIPJ devenus muets comme des tombes, on peut tenter de retracer le parcours de cette avocate, dont la vie a brutalement basculé le 23 janvier 2007, date de sa mise en garde à vue dans l’affaire Terrasson.

Adolescente, Martine MOULIN-BOUDARD rêve de faire l’Ecole des Chartes. La mort prématurée de son père, avocat au barreau de Bordeaux, alors qu’elle est âgée de 18 ans, lui fait renoncer à ce projet au profit d’études à la Faculté de Droit.

Jeune stagiaire, elle apprend son métier chez le bâtonnier Pierre SIRE, avocat et homme de lettres, qui a fait le récit dans Le Fleuve Impassible, publié en 1980, chez Julliard, de son enfance dans l’île Verte, petite île de l’Estuaire de la Gironde où son grand-père était régisseur au début du siècle dernier. Une île peu à peu abandonnée des hommes et revenue à l’état sauvage.

Témoin d’une époque qui se termine, le bâtonnier SIRE conclut son récit par ces lignes :

« Or Paris gouverne au compas, sans jamais contrôler le compas par une étoile, sans même soupçonner que l’étoile existe…L’étoile chez nous aurait dû être l’esprit du fleuve à qui nous devons tout… Nous étions de ces privilégiés pour qui l’étoile brillait. Je la vois encore. Mais je suis le seul à la voir, désespérément seul. Je crois à la résurrection des corps, non à celle des civilisations. Celle que j’ai connue est morte, comme tant d’autres. La Sagesse, qui trouve ses délices avec les enfants des hommes, a cessé de jouer avec nous. »

Pierre SIRE laissera à Martine MOULIN-BOUDARD cette image de dernier des mohicans à la tête d’un barreau de moins en moins enclin aux envolées rhétoriques sous les propylées du palais de justice, pour verser irréversiblement dans un bas et terne prosaïsme de basoche provinciale.

A l’occasion des municipales de 1977, Jacques CHABAN-DELMAS alors Maire de Bordeaux la repère et lui propose de rejoindre sa liste.

Conseillère municipale UDF, elle devient, au fil des années, une amie proche du couple CHABAN-DELMAS. Elle sait aussi se faire des ennemis. On la dit altière et peu assidue aux réunions politiques de son parti, localement entre les mains de parangons de caciques homozygotes façon IIIème République. Elle n’en a cure !

En 1995, elle se rallie à la candidature d’Alain JUPPE qui entreprend, depuis Paris, de conquérir Bordeaux. Le nouveau Maire a de l’ambition pour sa ville et il a besoin de dégager d’importants moyens pour mener à bien ses projets. Martine MOULIN-BOUDARD se voit confier la délégation des affaires culturelles et assiste un brin marrie à la fin d’une politique jugée dispendieuse par la nouvelle municipalité et aux départs successifs de Jean-Louis FROMENT, directeur du CAPC, d’Alain LOMBARD, directeur artistique de l’ONBA, que suivra plus tard celui de Roger LAFOSSE, responsable du festival SIGMA.

Parallèlement, elle poursuit son activité professionnelle et se spécialise en droit des affaires et droit des marques. Elle plaide pour Alain AFFLELOU et pour Philippe de ROTHSCHILD.

De cette époque, elle conservera des amitiés fidèles comme celle de Me Daniel LALANNE, son ancien associé et de Me Jean GONTHIER, qui fut son collaborateur et qui assurent aujourd’hui tous deux sa défense dans l’affaire Terrasson.

En 1998, au cours du procès de Maurice PAPON devant les Assises de la Gironde, Me Martine MOULIN-BOUDARD, qui représente la LICRA aux côtés de Me CHARRIERE-BOURNAZEL, invoque le manquement au devoir de désobéissance qui s’imposait à l’ancien haut-fonctionnaire de Vichy. « Dans la fonction qu’il occupait, avec son acuité intellectuelle, il ne pouvait qu’identifier le seuil de l’acte déshonorant » plaide-t-elle face à un Maurice PAPON qui détourne ostensiblement la tête. L’avocate cite encore Charles DE GAULLE qui écrivait dans le « Fil de l’Epée » : « face à l’évènement, c’est à soi-même que recourt l’homme de caractère ». Une plaidoirie qui résonne presque de manière prémonitoire à l’heure du scandale.

Sa nouvelle délégation à la valorisation du patrimoine lui donne l’opportunité de s’intéresser à un sujet qui lui tient à cœur, la mise en valeur des trésors culturels et architecturaux bordelais, avec cette consécration, espérée pour juin 2007, que doit être le classement de la Ville de Bordeaux au patrimoine mondial de l’Unesco, récompense avec laquelle Martine MOULIN-BOUDARD espère achever son dernier mandat d’élue locale.

 

 La mise au pilori

L’avocate est donc bien loin d’imaginer ce qui l’attend, le 23 janvier 2007, lorsque les enquêteurs de la DIPJ viennent la chercher à son domicile pour la placer en garde à vue pendant 48 heures plus 18 heures au dépôt du palais de justice avant d’être déférée devant la juge d’instruction qui lui signifie sa mise en examen. Le fourgon cellulaire qui stationne dans la cour du palais pour la conduire à la maison d’arrêt de Gradignan partira finalement sans elle, le juge des libertés ayant décidé, contre l’avis de la juge d’instruction Sophie PETRIAT et du parquet qui avait requis son incarcération, de remettre l’avocate en liberté. Décision contre laquelle le parquet fera aussitôt appel: Devant l’emballement médiatique initié par le journal Sud-Ouest, la Cour ordonnera finalement le paiement d’une caution de 150.000 euros assortie d’une interdiction de quitter le territoire toujours en viguer à ce jour.

Martine MOULIN-BOUDARD regagne son domicile le 26 janvier et découvre atterrée les gros titres de la presse sur l’affaire Terrasson, dans laquelle elle se retrouve mise en examen.

Commence alors un long chemin de croix dont elle n’a toujours pas vu la fin à ce jour. Le 29 janvier 2007, elle renonce à se rendre à la séance du conseil municipal où se sont donnés rendez-vous les journalistes et au cours de laquelle l’élu du front national dénoncera « la mairie de Bordeaux, annexe de la salle des pas-perdus du palais de justice ».

Pour qui n’a jamais été la cible d’un pilonnage médiatique, l’effet produit la toute première fois par le déferlement d’images et de commentaires évoque le cri de Dov, au milieu du fracas d’une attaque, dans le livre de Primo Levi « Maintenant ou Jamais » : « C’est le Front ! C’est le Front qui passe ! ». Les gros titres des journaux, la photo au journal de 20 heures, sur un bruit de fond des flashs d’actualités radiophoniques qui ressassent votre nom ad nauseam… Dans les premières semaines, rien ne semble pouvoir interrompre les tirs à répétition de la titraille : « La riche Bordelaise accuse les notables…Le procureur veut incarcérer une adjointe d’Alain Juppé…Les neveux de la victime veulent être entendus…Comment les notables ont dépossédé la vieille dame riche…Un notable bordelais et une voyante en détention…Les biens de la vieille dame ont été éparpillés…Le fabuleux trésor de la vieille dame spoliée…Trois notables bordelais et une voyante en garde à vue…Un directeur de la mairie de Bordeaux placé en détention…Des écoutes « édifiantes » 

Dans la surenchère sensationnelle, Le Point du 05/04/2007 coiffe tous ses confrères sur le poteau en annonçant “des révélations à venir sur l’existence d’un réseau spécialisé dans la spoliation de riches retraités et dans l’évasion fiscale, puisque des capitaux semblent avoir été transférés en Suisse.”

Au milieu de ce tapage assourdissant, les voix des défenseurs de Martine Moulin-Boudard restent inaudibles… Poursuivre la lecture

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Nicolas Sarkozy ou le Richard III revisité ou de l’assassinat politique considéré comme un des beaux arts – source: Mediapart 09.01.09

janvier 10, 2009 · Laisser un commentaire

sarko

 

 

 

 

 

 

 

 Propos liminaires

 
Richard III est l’une des pièces de Shakespeare les plus connues et les plus jouées de par le monde. L’histoire de ce roi contrefait, petit et cruel, mais d’une intelligence redoutable mise au service d’un féroce appétit de pouvoir est propre, en effet, à frapper les imaginations.
Shakespeare dédaigne la caricature historique du nabot laid et sournois, proche de la démence paranoïaque au point qu’il massacra presque toute sa famille, pour s’intéresser par-dessus tout à la perfidie de son personnage qui utilise tour à tour la peur, la flagornerie et la calomnie pour obtenir ce qu’il veut de ses adversaires et assouvir ses appétits de puissance comme ses plus bas instincts: il parvient à séduire et à épouser la princesse Anne dont il a pourtant fait tuer le mari et le père.
L’un des moments forts de la pièce est la rencontre avec Tyrrel à qui Richard confie le soin d’exécuter les deux fils de son frère, le défunt roi Edouard IV, emprisonnés dans la Tour de Londres parce qu’ils les considèrent comme des obstacles dans sa marche vers le trône d’Angleterre.
Quel parallèle peut-on établir entre la Cour de ce monarque rusé et sanguinaire et les coulisses de la scène politique occidentale contemporaine ?
Si l’on en juge par les méthodes jusque récemment employées par le cynique Karl Rove agissant dans l’ombre de Georges W. Bush aux Etats-Unis ou par Alastair Campbell dans celle de Tony Blair, deux spin doctors talentueux, orfèvres de la petite phrase assassine, experts du retournement d’opinion, on peut considérer que notre Richard III compte aujourd’hui de dignes héritiers.
Certes, le rôle déterminant que joue aujourd’hui le contrôle des médias dans une stratégie de conquête du pouvoir n’avait évidemment aucun équivalent au 15ème siècle, mais il ne faut pas perdre de vue le fait que le règne de Richard III en Angleterre précéda de peu celui de Laurent de Médicis à Florence. Et que Nicolas Machiavel, dans « Le Prince » retint de l’observation minutieuse qu’il fit des mœurs politiques de son époque que le vulgaire se prenait toujours aux apparences et ne jugeait que par l’évènement.
« Gouverner, c’est faire croire » : un précepte qui semble être suivi à la lettre aujourd’hui par les conseillers en communication des grands de ce monde.
Le persiflage, la désinformation, l’art du contre-feu constituent, en effet, autant d’armes dans le combat que se livrent aujourd’hui les politiques par médias interposés. Et tous les coups sont permis, même les plus bas : incursions dans la vie privée, menaces, fuites organisées sur les écarts sexuels en direction de la presse, utilisation de journalistes amis comme relais désignés des fuites, des faux scoops.
Comme souvent, le modèle nous vient des Etats-Unis : de James Baker qui avait mis au point « l’histoire du jour », événement majeur de la journée, selon la Maison-Blanche, parfois construit de toutes pièces, et diffusé par les quatre grandes chaînes de télé – dûment briefées – en ouverture du journal à James Carville, le conseiller médias de Bill Clinton, inventeur du concept de « war room » pendant la campagne présidentielle et inspirateur de la comédie hollywoodienne, baptisée « Wag the Dog » (« Des hommes d’influence »).
Convaincu de l’efficience de ces méthodes, Nicolas Sarkozy s’est à son tour entouré d’experts en communication pour les mettre en œuvre à son profit. A la fois pour promouvoir ses réformes, qu’il mène tambour battant, et pour détourner, au moment opportun, l’attention des médias des difficultés gouvernementales, le Président a choisi d’occuper à lui tout seul la scène politico-médiatique. A gauche, avec l’ouverture et le credo humaniste d’un Sarkozy honorant les cendres de Jean Jaurès et de Guy Môquet, comme à droite, faute de combattants.
Sur le volet des réformes, le mot d’ordre est l’omniprésence médiatique du Président (cf la récente polémique Montebourg/Apathie).
Sous l’ère Sarkozy, le nombre d’événements médiatisés s’est accru de 450 % par rapport à la présidence Chirac et les déplacements du chef de l’État sont passés de quatre par mois à quatre à cinq par semaine. François Hollande, entre deux siestes, avait d’ailleurs eu un bon mot pour juger cette méthode : il avait parlé de « coup d’éclat permanent » à propos de cette agitation perpétuelle.
Sur le volet, plus sombre, du dézinguage de ceux que la presse occidentale appelle communément, sous d’autres climats, les opposants au régime, il n’est que de reprendre la liste des enquêtes préliminaires ou des informations judiciaires qui ont visé ces derniers mois des personnalités politiques ou leur entourage immédiat.
Avec cette spécificité bien française de magistrats du parquet redevables au pouvoir en place de leur avancement, et soucieux de suivre, à cet effet, les instructions particulières de la Chancellerie, les règlements de comptes s’en trouvent facilités.
Un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme du 10 juillet 2008 ne vient-il pas de juger nos procureurs de la République inaptes à assurer le respect de la liberté individuelle et partant le plein exercice des fonctions judiciaires en raison de leur absence d’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif ?
 
Certes, les officines ne dataient pas d’hier et la période chiraquienne, avec Charles Pasqua au ministère de l’Intérieur, fut loin d’être d’une blancheur immaculée.
Mais jamais aucun gouvernement de la Vème République jusqu’à celui-ci n’avait eu recours de façon aussi systématique à l’orchestration et à la mise en scène d’enquêtes policières, à l’aide d’une complaisante couverture médiatique alimentée par des fuites policières ou, comme on dit dans le jargon journalistique, par des sources proches du dossier, à l’encontre de personnalités ou de simples citoyens victimes de véritables guet-apens judiciaires. Jamais le secret de l’instruction et les garanties constitutionnelles attachées au respect de la présomption d’innocence n’avaient été aussi ouvertement bafoués en France. La suppression annoncée du juge d’instruction, magistrat du siège indépendant, au bénéfice de magistrats du parquet inféodés au pouvoir exécutif est, de ce point de vue, particulièrement préoccupante.
Cette dérive inquiétante s’accompagne d’une perte de confiance inégalée des citoyens dans le fonctionnement démocratique des institutions de leur pays et d’un affaiblissement préoccupant de l’autorité de l’Etat aux yeux de l’opinion.
 
 La petite saynète ci-dessous est le seul fruit de l’imagination de l’auteur en cette période de fêtes, toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé serait purement fortuite.
 
 Du bon usage des médias ou les vertus redécouvertes de l’ORTF
 
Le Président s’approcha de la fenêtre de son bureau. Dehors, dans le jardin, 2 pies donnaient de féroces coups de becs dans la dépouille d’un mulot qu’elles venaient de mettre à mort sur la pelouse présidentielle. Il lança, goguenard : « Et une fois qu’ils m’auront voté le pouvoir de désigner et de révoquer ad nutum le président de France Télévisions et de Radio France, qui nommerai-je ? » Saussez, qui songeait déjà à lui-même, s’apprêtait, pour faire diversion, à lancer le nom d’un fat de sa connaissance, quand Guaino lâcha avec un air de chattemite « et pourquoi pas votre cheval ? » Le conseiller Guéant blêmit.Qu’entendait-il par là ? Sans doute une allusion aux courses hippiques sponsorisées par son ami Dominique Desseigne ? Le Président afficha un sourire entendu…
 
Sa cote de popularité était repartie à la baisse dans les sondages.
Le Président inspirait même la terreur dans les chaumières : la nuit venue, autour de l’âtre, la seule évocation de son nom provoquait immanquablement la stupeur et l’effroi. A la veille des fêtes de Noël, d’honnêtes pères de famille s’échangeaient même sous le manteau une poupée vaudou à l’effigie du Président qu’il convenait de percer de part en part à l’aide de petites aiguilles. L’exercice répété dix fois dans la journée avait la réputation d’éloigner le mauvais oeil.
 
Il devenait urgent de reprendre l’offensive médiatique. Les médias justement…L’un de ses prédécesseurs les avait stigmatisé en les traitant de chiens. Lui excellait au contraire dans l’art du dressage : il alternait subtilement sucres et coups de trique. Tantôt il obtenait la tête d’un directeur de rédaction d’un hebdomadaire mondain coupable à ses yeux d’un insupportable voyeurisme, ou encore celle du présentateur vedette du journal de 20h de TF1, tantôt il affectait au contraire de considérer certains de ces journalistes comme des intimes, et conviait les plus méritants d’entre eux, au cours de ses périples internationaux, à des réunions “off”.
L’exemple qu’il avait fait avec PPDA qui avait osé le comparer publiquement à un petit garçon avait servi à l’édification des médias. « Grand garçon », à la rigueur, le Président se serait montré magnanime mais « petit » condamnait irrémédiablement la star du 20 heures.
 
En attendant, le bureau présidentiel ressemblait chaque semaine davantage à ces huttes Jivaro dont on ornait l’entrée de nouvelles têtes réduites prélevées sur le contingent des ennemis héréditaires de la tribu…
Cette attitude condescendante et autoritaire qu’il témoignait parfois envers le petit monde journalistique était d’ailleurs en train de faire des émules. Ainsi, par un beau jour de décembre, suite à un mandat d’amener délivré dans le cadre d’une procédure en diffamation, l’ancien directeur de la publication du journal Libération, Vittorio de Filippis, avait-il été transporté menotté, dès potron-minet, au dépôt du Palais de justice de Paris où il s’était vu demander par les policiers de baisser son slip, de se tourner puis de tousser trois fois avant d’être autorisé à faire ses civilités à la juge d’instruction qui avait manifesté son impatience de faire sa connaissance. 
 
 Les « spin doctors » du Président
Parmi l’aéropage de conseillers en communication qui entouraient le Président, deux d’entre eux occupaient une place à part. Le premier, Thierry Saussez, chef du service d’information gouvernementale, accompagnait Nicolas Sarkozy depuis de nombreuses années. Il avait participé à l’élaboration de la nouvelle campagne de communication entreprise par Nicolas Sarkozy depuis 2002. Il était l’un des principaux inspirateurs de cette stratégie prônant l’omniprésence du Président dans les médias.Le second, tout au contraire du premier, vivait dans la pénombre. Tout le monde l’appelait « Charon », surnom que lui avaient valu ses méthodes expéditives, en hommage au sinistre nocher qui faisait traverser aux âmes des morts l’Achéron, l’un des sept fleuves des Enfers. Il était l’âme damnée du Président, l’exécuteur des basses œuvres et inspirait une profonde terreur aux conseillers du Prince qui redoutaient plus que tout de croiser, en cours de réunion, ses petits yeux cruels enfoncés dans son visage replet. Aux maximes de La Bruyère, il préférait les répliques des « Tontons Flingueurs », c’est dire ! Son carnet d’adresses, où figuraient les numéros de téléphone de tout ce qui comptait dans le petit monde du show-biz de la capitale, l’avait rendu rapidement indispensable.
Avec Brice Hortefeux, c’était l’un des principaux pourvoyeurs de potins élyséens auprès du Canard Enchaîné. C’était commode, …on désignait tel ministre en disgrâce, tel parlementaire réfractaire à une réforme tenant à cœur au chef de l’Etat et l’intéressé finissait bientôt enfoncé jusqu’à la ceinture dans les minimares
Mais le marasme économique dans lequel la France était plongé en cette fin d’année 2008 avait subitement enrayé cette belle machine de guerre.
Partout le peuple grondait ! Partout la révolte sonnait et les fourches se dressaient aux côtés des banderoles renvoyant insolemment à l’envoyeur son « Casse toi pauv’con ! ». Sur internet, les pamphlets contre le Président provignaient. Guaino lui avait bien dit que cette profusion de blogs lui évoquait les tripots et les cafés de Paris au 18ème siècle où se réunissaient les esprits frondeurs pour y brocarder abondamment l’incompétence des Ministres ou l’âpreté aux gains des fermiers généraux. Jamais à court de conneries à dire ou à écrire Guaino…
 

Lorsque les effets d’annonce ne parvenaient plus à contenir la colère du petit peuple devant les atteintes quasi-quotidiennes à son pouvoir d’achat, on trouvait à lui offrir en pâture des victimes expiatoires. Les dernières en date, pour lesquelles on avait dressé les fourches patibulaires médiatiques, étaient neuf jeunes alter-mondialistes, de dangereux fanatiques saboteurs de voies de chemin de fer que les médias officiels avaient qualifié d’apprentis terroristes, redécouvrant un vocabulaire qu’on avait oublié en France depuis qu’avaient cessé d’y sévir les services de la propagandastaffel…La ferme du Goutailloux était donc devenue le repère de cette graine de « Brigades Rouges ». Le procureur en charge du dossier était même allé jusqu’à déclarer à la presse que le silence opposé par ces jeunes aux policiers au cours de leur garde à vue était un signe supplémentaire de leur « radicalisation politique ».

  L’élimination des rivaux politiques ou l’U.M.P. mise en coupe réglée
 
L’un des passe-temps favoris du Président consistait à tirer Villepin du réduit où il l’avait envoyé croupir depuis qu’on lui avait apporté la preuve de la compromission de l’ancien Premier ministre dans l’affaire Clearstream. Il le faisait conduire en son Palais élyséen, lui parlait de son avenir politique, des fiefs qui lui reviendraient bientôt en apanage. D’un geste de sa main, des huissiers ôtaient ses frusques à l’ancien rival naguère si puissant et lui passaient aussitôt de somptueuses étoffes. Galouzeau de Villepin, brusquement ramené à la lumière du jour, clignait des paupières et lui faisait alors publiquement le compliment sur sa politique devant la Cour et les médias. Puis, une fois que le spectacle cessait de divertir le Président, on reconduisait la haute et misérable silhouette à son galetas.
Les manœuvres judiciaires sont des fusils à deux coups. Si l’on rate le premier, le second est pour vous.
 
Villepin était maintenant à sa merci, quant à Alain Juppé, revenu d’un exil lointain, cela faisait plusieurs mois qu’il faisait antichambre. Avec l’ancien président de l’U.M.P., le Président avait réussi un coup de maître, un petit chef d’œuvre qui mériterait de figurer un jour dans les annales de la manipulation médiatique. A l’époque, c’est-à-dire il y a presque deux ans, les journaux avaient titré sur l’affaire Terrasson. C’était à se taper sur les cuisses !
 
Tout semblait avoir été réglé comme du papier à musique, à commencer par le déclenchement des arrestations des proches du Maire de Bordeaux, les instigateurs ayant mis à profit l’absence d’Alain Juppé, en déplacement en Asie, pour lancer leur opération « coup de poing » sur le Palais Rohan.
 
Pour commencer, deux aigrefins de l’espèce la plus commune avaient servi de rabatteurs aux limiers de la brigade de répression du banditisme. Une histoire crapuleuse à souhait de spoliation de vieille dame fortunée, dont le discernement émoussé par la maladie d’Alzheimer avait semble t’il excité l’appétit de son entourage. Il avait fallu accélérer quelque peu la fin de l’enquête préliminaire, en s’appuyant sur des extraits accablants d’écoutes téléphoniques, pour précipiter la chute d’une adjointe d’Alain Juppé, de son directeur des Affaires Culturelles et du Directeur de la Caisse sociale de développement local. Ensuite, tout s’était emballé. La presse locale, puis les médias nationaux avaient scrupuleusement repris le récit fabriqué à leur attention. L’histoire était trop belle pour en perdre une miette…
 
Avec Charon, ils avaient bu du petit lait…
 
Au début, ils s’étaient dits que l’embûche servirait à réfréner les appétits de l’ancien président de l’U.M.P. mais la manœuvre réussit, en réalité, au-delà de leurs espérances. Lorsqu’ils avaient découvert le soir des résultats des élections législatives, dans le poste de télévision du Salon d’angle, la face incrédule de François Hollande à l’annonce de la victoire de la challenger socialiste d’Alain Juppé, Charon et le Président étaient devenus hilares. Heureusement qu’il y avait de temps en temps dans la vie politique, faite habituellement d’ingratitude et de potions amères, des petites joies comme celle-ci où l’on assistait à la débâcle d’un adversaire longtemps honni. Après s’être assuré qu’il était bien le seul ministre en exercice à avoir été défait aux élections législatives, les juristes du palais ressortirent un vieux grimoire mangé aux mites où la main fatiguée d’un moine copiste avait inscrite une jurisprudence des Francs saliens selon laquelle un membre du gouvernement battu aux élections législatives devait présenter sa démission au Premier ministre.
 
Le plus cocasse, dans cette affaire, tenait à la part qu’y avait prise le Premier adjoint au Maire de Bordeaux, Hugues Martin, considéré comme le fidèle parmi les fidèles. Juppé lui avait confié les clés de la Mairie de Bordeaux pendant son exil québécois. A son retour, il songea tout de même à se choisir un premier adjoint moins vermoulu : François-Xavier Bordeaux, ancien conseiller municipal divers gauche lui offrait un profil d’ouverture bien dans l’air du temps. Ces intentions arrivèrent aux oreilles de Hugues Martin qui se prit alors à réfléchir aux mille et une façons d’occire celui qui briguait sa place.
 
De mauvaises langues insinuent aujourd’hui que le premier adjoint au Maire de Bordeaux avait été tenu informé par le menu des découvertes faites par les enquêteurs et connaissait même plusieurs jours à l’avance la date de l’arrestation des proches d’Alain Juppé. Les mêmes esprits chagrins laissent entendre que Hugues Martin aurait omis d’en avertir le Maire de Bordeaux, ce dernier ayant tout découvert de l’affaire le 22 janvier 2007, le jour de l’arrestation de ses collaborateurs et de son adjointe. La mise en scène de l’arrestation à l’Hôtel de Ville de Jean-François Lhérété, le directeur des affaires culturelles, en pleine réunion des services, avait d’ailleurs été particulièrement soignée et visait manifestement à braquer les projecteurs sur l’ancien Premier ministre et son entourage interlope.
 
Tout ceci devrait donc être médité par nous autres, pauvres mortels…On le voit, notre Richard III a incontestablement eu une postérité pléthorique. Mais il faut encore rappeler, en guise de conclusion, que toutes ses intrigues ne lui permirent de régner en tout et pour tout que 2 années, de 1483 à 1485, et qu’après sa défaite sur le champ de bataille de Bosworth, son successeur, Henri VII, mit à profit ses méthodes sanguinaires en se lançant dans une épuration bien plus sanglante encore.
 
On laissera le mot de la fin à Benjamin Constant : « Que de ruses, que de violences, que de parjures l’usurpation nécessite ! Comme il faut invoquer des principes qu’on se prépare à fouler aux pieds, prendre des engagements que l’on veut enfreindre, se jouer de la bonne foi des uns, profiter de la faiblesse des autres, éveiller l’avidité là où elle sommeille, enhardir l’injustice là où elle se cache, la dépravation là où elle est timide : mettre, en un mot, toutes les passions coupables comme en serre chaude, pour que la maturité soit plus rapide, et que la moisson soit plus abondante ! »
 
 Le vrai visage du sarkozysme n’est guère éloigné de cette description d’une politique usurpatrice. Saurons-nous, le jour venu, dans l’union de nos indignations et de nos refus, renvoyer ce portrait devenu terriblement actuel à un passé définitivement révolu ?
 
  

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Antoine Perraud – La Barbarie Journalistique

février 21, 2008 · Un commentaire

 « A chaque fois, les journalistes usent du terme « affaire », qui évoque autant un dossier judiciaire que le commerce qui s’ensuit : « Les affaires sont les affaires . » A cette légèreté lexicale s’ajoutent souvent une impéritie professionnelle et une défection déontologique, comme si le frémissement des ventes devait tout balayer, comme si l’effet de meute valait conclave, comme si le journaliste ne tenait plus qu’à un fil conducteur en forme de Zola dévoyé : j’accuse donc je suis ! »

Antoine Perraud – La Barbarie Journalistique

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Prologue

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Many a good newspaper story has been ruined by over verification” James G. Bennett

Le but de ce blog est de reconstituer, à partir des coupures de presse qui ont relaté les différents épisodes de l’affaire Terrasson, les éléments qui ont participé au lancement par le journal Sud-Ouest d’un procès médiatique, avec pour corollaire une mise à mort symbolique [condamnation flétrissante qui n'est pas sans évoquer la pratique, chez les florentins du quattrocento, de l'executio in effigie, qui consistait à placarder sur les murs de la ville les représentations grandeur nature des criminels désignés à la vindicte populaire] dirigé contre des « notables » bordelais, et ce, naturellement, avant même que la justice ait été rendue. Comme pour l’affaire Alègre, les médias se sont de nouveau emparés du contenu partial d’un dossier d’instruction qu’ils ont livré en pâture à l’opinion publique sans attendre que les éléments recueillis par la police dans le cadre de l’enquête préliminaire et de l’instruction ne viennent confirmer ou infirmer les charges retenues à l’encontre des mis en examen. Une fois de plus, un quotidien régional est pris en flagrant délit de comportement de prédateur à l’encontre de notables considérés jusque-là comme irréprochables. A l’instar de la Dépêche du Midi, Sud Ouest s’est jeté avec un appétit carnassier sur une histoire trop belle pour être vraie impliquant, cette fois, le tombeur de l’ex-président du club de foot des Girondins de Bordeaux, Claude Bez, une diseuse de bonne aventure, un énarque passé par le Lyonnais et une avocate-adjoint au Maire d’Alain Juppé… Pourtant, après les errements médiatiques dont furent victimes MM. Baudis et Bourragué à Toulouse en marge de l’affaire Alègre, cette même presse n’avait-elle pas juré qu’on ne l’y reprendrait plus ?

La double crise que connaissent aujourd’hui l’institution judiciaire et la presse écrite va t’elle continuer à enfanter régulièrement de nouveaux monstres judiciaires ? Les conclusions du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le procès d’Outreau ( création de pôles de l’instruction, enregistrement audiovisuel des gardes à vue) peuvent paraître à cet égard très timides. Seule une véritable réforme de la détention provisoire, trop souvent utilisée par les magistrats comme un moyen d’obtenir des aveux circonstanciés, et du secret de l’instruction peut aujourd’hui mettre un terme à ces graves dysfonctionnements.

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L’affaire Terrasson: les éléments du dossier

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le Figaro en fait le résumé pour ses lecteurs : « Le drame se noue dans la plus belle artère de la ville, le cours Xavier-Arnozan où les négociants ont englouti les fortunes amassées sur les quais. Jeanine Terrasson, 84 ans, y occupe un appartement de plus de cent mètres carrés.(…). Son patrimoine est coquet : des centaines de milliers d’euros sur des comptes suisses, plusieurs immeubles dans la région, un appartement parisien rue de la Boétie, de nombreux terrains et plus de 100 000 euros en meubles et bijoux. Ses voisins témoignent qu’à l’heure de la maladie, une femme la soutient. Nicole Dumont, la cinquantaine, habite et travaille à deux pas. Cette voyante connaît Jeanine depuis vingt-trois ans. Devant les policiers, une auxiliaire de vie évoque une relation « grand-mère/petite-fille ». Jeanine a deux neveux qu’elle voit peu.

En 2005, devant notaire elle fait de Nicole Dumont sa légataire universelle. Mais elle est également placée sous tutelle au grand soulagement de ses neveux. Le 10 octobre 2005, devant un juge, Jeanine Terrasson évoque Nicole : « Je ne pense pas [qu'elle] soit intéressée par mon argent. (…) Mes neveux n’attendent que ma mort… » Le 8 juin 2006, la justice la place sous un régime plus souple de curatelle renforcée et change le tuteur. Selon un témoin, ce dernier dénonce des difficultés à rencontrer sa protégée et à procéder à l’inventaire et à l’évaluation de ses biens. Le tuteur évincé porte plainte pour vol à l’été 2006. L’affaire est confiée à la division criminelle de la police judiciaire.

Écoutes téléphoniques
Fin novembre 2006, Nicole Dumont est placée sur écoutes. La mesure se prolonge jusqu’au lundi 22 janvier, date de l’interpellation des personnalités.
Au coeur de ces 80 pages : Nicole Dumont et François-Xavier Bordeaux, Jean-François Léréthé et Martine Moulin-Boudard apparaissent beaucoup moins. Jeanine intervient à l’occasion. Le 5 janvier 2007, la voyante demande à son amie si elle souhaite léguer son héritage à ses neveux. Réponse : « Ah, non, non, non ! » Les enquêteurs découvrent que des meubles sont vendus à des antiquaires, qu’un box est loué sous un nom d’emprunt pour y entreposer d’autres objets. Des meubles et tableaux seront retrouvés chez les notables. Des voyages en Suisse – au moins deux – sont réalisés par Nicole Dumont aidée par François-Xavier Bordeaux et, à une reprise semble-t-il, par Jean-François Lhérété, pour en rapporter un minimum de 60 000 euros.
Les mis en examen n’ont reconnu les voyages en Suisse qu’une fois confrontés aux éléments réunis par les policiers. Les écoutes restent ambiguës. « As-tu bien terrassonné ? » lance un jour une amie à Nicole Dumont. « Elle n’est pas pressée [de mourir] », déclare Bordeaux fin 2006. Le même un peu plus tard : « Dès que tu n’es plus là, elle [Jeanine] déconne. Elle parle aux neveux, elle dit qu’elle ne veut plus vendre [des biens lui appartenant.  » Pour le conseil de François-Xavier Bordeaux, Me Thomas de Beaumont, la concertation relève « du fantasme », et rien n’a été retrouvé chez son client qui ne s’est pas enrichi. L’avocat de Nicole Dumont, Me Fabrice Delavoye, souligne que l’octogénaire « a été aidée » par sa cliente et que celle-ci engageait des frais. Les retraits en Suisse, les meubles vendus servaient-ils à régler tout cela ? L’enquête doit se poursuivre en Suisse pour établir le montant exact des retraits des comptes et, en France, pour retrouver les biens disparus. »

A partir de là deux thèses s’opposent : celle de l’acte crapuleux commis par des notables cherchant à s’approprier de façon concertée le patrimoine d’une riche octogénaire ou bien une action légitime de protection d’une personne âgée placée sous tutelle à la demande de neveux qu’elle a perdu de vue depuis plus de 30 ans, volée par des proches et dont le tuteur désigné par la justice se désintéresse complètement après avoir pris soin, cependant, de faire bloquer tous ses comptes. C’est la première que privilégient d’emblée policiers, magistrats et journalistes, renforcés dans leurs convictions par les accusations répétées dirigées contre les notables par le poissonnier du Cours Portal, Jean-Marie TRASSY.

 

 

 

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La garde à vue et les mises en examen

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le 26 janvier 2007 Jean-François Lhérété, Martine Moulin-Boudard et François-Xavier Bordeaux ainsi que la voyante Nicole Dumont sont mis en examen pour “vols et abus de faiblesse en réunion avec circonstances aggravantes sur une personne particulièrement vulnérable”, ou “complicités de vols et abus de faiblesse”, “abus de confiance au préjudice d’une personne particulièrement vulnérable”, et “association de malfaiteurs”.Le procureur de la République, Bertrand de Loze de Plaisance, requiert la mise en détention de la voyante et des trois notables, selon Sud-Ouest : « il a certes «déploré la publicité hâtive donnée à cette affaire», puis a «rappelé qu’il est prématuré d’émettre un avis sur la culpabilité éventuelle des personnes mises en cause», mais quand même étalé sur la table les premiers éléments de l’enquête, après perquisitions et gardes à vue : «Au vu des résultats obtenus qui confirment et élargissent les suspicions, il apparaît qu’à la faveur d’une détérioration caractérisée de l’état de santé de madame Terrasson, son important patrimoine a été l’objet d’opérations concertées tendant à son appropriation par des tiers.»  François-Xavier Bordeaux et Nicole Dumont sont aussitôt placés en détention provisoire. 

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Mais qui est donc Jeanine Terrasson ?

février 21, 2008 · 3 commentaires

mamiejpeg.jpg Jeanine Terrasson est une vieille dame de 85 ans dont la vie est entourée de nombreux mystères. Elle vit dans le quartier des Chartrons et souffre de la maladie d’Alzheimer. Les deux personnes qui la connaissent le mieux sont encore Nicole Dumont, sa confidente, et Jean-Marie Trassy, son ancien associé. Au moment où l’affaire Terrasson va être jetée dans le « chaudron » médiatique, les journalistes en mal d’informations sur la biographie de la vieille dame se précipitent chez ce dernier pour tenter de reconstituer sa vie tumultueuse et secrète, et par-dessus tout, connaître l’origine de sa « fortune colossale » (d’après la pigiste de 20 minutes (25/01/07) qui a consulté le classement du magazine Forbes avant d’écrire son papier… selon des sources tout aussi sûres, Bill Gates lui aurait même emprunté des sous en 1997 pour faire construire sa villa high tech de Seattle).

Le journaliste de la Charente Libre qui s’intéresse lui aussi à l’affaire Terrasson rapporte, dans un article publié le 10/03/2007, ce que le poissonier-brocanteur Trassy a cru bon de lui révéler sur la vieille dame : « Après mes premières déclarations, on a dit n’importe quoi sur moi, et sur elle: le magistrat instructeur m’a conseillé de me taire», lâche un des plus proches confidents de la dame.

Sous couvert d’anonymat, il accepte cependant d’évoquer encore celle dont il est l’ami depuis plus de trente ans. Après avoir débuté dans la vie comme infirmière à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, la jeune femme doit quitter son métier après une série d’irradiations accidentelles en 1952-1953. Cette amoureuse du beau embrasse alors la profession de courtier en art. Si à Bordeaux, le nom de Jeannine Terrasson évoquait peu de choses, «à Paris, elle était très connue des commissaires-priseurs et des antiquaires. Dans les années 50, des gens aux fortunes plus ou moins licites achetaient des meubles à tour de bras pour bien paraître. Mais ils n’y connaissaient rien: ce fut l’âge d’or des courtiers en art!». Jeannine excelle: «Elle avait une grande connaissance de l’histoire de l’art et le don de reconnaître l’objet intéressant. Chez elle, je me souviens d’un parapluie, il avait une tête en ivoire très caractéristique: c’était le parapluie de Voltaire, visible sur des portraits du philosophe!».
Jeannine Terrasson acquiert alors quantités d’objets délaissés à l’époque, qui feront sa fortune. «Dans les années 50-60, les meubles Louis XVI, la porcelaine n’intéressaient pas les acheteurs. Un Gallé (verrier époque 1900, Art Nouveau), ça valait 3 francs six sous ; aujourd’hui, ça vaut de l’or!» Cette amatrice éclairée se choisit pour modèle une autre femme d’exception, la Pompadour: «Elle admirait la femme des Arts qui a fait connaître Boucher, Watteau, les grands peintres de l’époque et popularisé la porcelaine».

Jeannine se sent proche d’elle pour deux autres raisons: «Elle est légitimiste, royaliste si vous préférez». Et la Pompadour s’appelait Poisson, de son nom de jeune fille; or Jeannine Terrasson, férue d’astrologie, est justement du signe du Poisson. »

Et le plumitif libre-charentais de conclure : « Cette passion pour l’astrologie l’amènera à croiser, peut-être dès les années 70, une autre spécialiste des astres, voyante de surcroît, Nicole Dumont. Pour son malheur. » 

Beaucoup plus romancée, la version de Florence Mothe * dans la Gazette du Pays du 22 février pimente encore le portrait de la collectionneuse d’arts en y raccrochant une activité d’agent infiltré auprès des Allemands dans le Bordeaux de l’Occupation pour le compte des réseaux de la Résistance. « Des questions de plus en plus nombreuses commencent à se poser sur l’itinéraire personnel de Mme Terrasson ; C’est ainsi par exemple que l’on a pu apprendre qu’elle était brouillée avec sa sœur depuis…1940. Les raisons de cette brouille étaient, en effet, très valables. Mme Terrasson affirme qu’elle a fait de la Résistance et qu’elle a eu pour mission, tant qu’elle a résidé à Bordeaux, d’infiltrer les troupes allemandes qui occupaient la ville. C’est ainsi qu’elle aurait été amenée à entrer dans l’intimité de plusieurs officiers pour leurs tirer des renseignements, n’hésitant pas à s’afficher à leur bras dans les rues de la ville. Qui dit Résistance dit secret, Mme Terrasson aurait négligé d’indiquer à sa sœur quelle était sa mission et celle-ci, la voyant se promener au bras d’un bel officier, se serait méprise et une brouille définitive s’en serait suivie.Nous avons cherché à vérifier l’appartenance de Mme Terrasson aux principaux réseaux répertoriés à Bordeaux et n’avons pas trouvé sa trace. Les évènements dont il est fait mention s’étant déroulés selon nos sources entre 1941 et 1942, on peut imaginer que ces réseaux aient été détruits durant les grandes arrestations consécutives l’Affaire Grandclément et que les documents aient disparu. Ce sont, sans doute, ces évènements spécialement dans les maquis du Vercors qui nargua l’occupant jusqu’en juillet 1944. Le Vercors avait été transformé en enclave avec approbation du Général de Gaulle en 1942. Cette stratégie de camp retranché ” une fausse bonne idée ” selon Henri Amouroux, se terminera en massacre, car le Vercors accueillit au moment du débarquement près de quatre mille combattants. Qui furent impitoyablement réduits par l’assaut déclenché par le Général Karl Pflaum et trois bataillons venus du Front de l’Est, le 21 juillet 1944. Mme Terrasson aurait exercé sa profession d’infirmière dans ces lieux et dans ces circonstances, échappant miraculeusement à la mort, ce qui lui aurait permis de rejoindre, toujours en tant qu’infirmière l’armée du Général Leclerc, jusqu’à sa percée en Allemagne.
Ce n’est que postérieurement à ces évènements dramatiques que Mme Terrasson se serait intéressée aux objets d’art, puisant dans cette activité des revenus suffisants pour constituer la belle collection qui est l’objet de l’Affaire des Notables.
Selon certaines sources, ses revenus ne serait pas entièrement en provenance de ces activités artistiques, mais auraient été confortés par des activités de passeuse de devises à la frontière suisse. Exacte ou inventée, cette précision apportée par plusieurs témoins éclaire d’un jour nouveau la personnalité de la vieille dame. Sa vie aventureuse ou héroïque explique, en tout cas, l’aversion qu’elle portait à sa famille d’origine, et, partant, probablement à ses neveux.” 

Ultime clin d’oeil, le 26 mai 2008, un exemplaire de Faux résistants et vrais coquins“ signé et dédicacé: “pour madame Jeannine Terrasson, cette plongée dans l’imposture, meilleur hommage” et de “La Croix de Lorraine qui tue signé et dédicacé: “Pour madame Jeannine Terrasson écrasons l’infâme“, par André Figueiras, ancien résistant devenu anti-gaulliste et proche des milieux d’extrême-droite, sont vendus sur ebay à “mickyfleurbleue”.

* Florence Mothe, ancienne critique musicale au journal Sud-Ouest, est aussi romancière, botaniste et présente, en sa chartreuse de Mongenan, une remarquable collection de faïences de Samadet.

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La légataire: Nicole Dumont

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

voyante.jpg En avril 2005, Nicole Dumont devient la légataire de Jeanine Terrasson qu’elle connaît depuis de très nombreuses années et dont elle est devenue très proche. L’auxiliaire de vie de la vieille dame, interrogée par Le Figaro, évoque des relations « grand-mère/petite fille ». En octobre 2005, les neveux de l’octogénaire réagissent et obtiennent qu’elle soit mise sous tutelle. Le Monde 03/02/2007 : « A l’automne 2005, FXB s’emploie avec Me Moulin-Boudard à faire lever la tutelle de Mme Terrasson. Ils y parviennent : en juin 2006, elle passe sous le régime, moins contraignant, de la curatelle renforcée. Exit Christophe Raillon, le tuteur désigné par la justice en octobre 2005. Celui-ci a des doutes, et porte plainte en juillet pour vol, avec constitution de partie civile. »

Les médias vont s’intéresser à la personnalité de Nicole Dumont : l’attachement dont elle témoigne envers Jeanine Terrasson est-il sincère ou intéressé ? Le 17 février 2007, Sud-Ouest la présente ainsi : « Discrète, effacée, cultivée : beaucoup décrivent ainsi Nicole Dumont. Difficile de cerner le personnage. Nicole Dumont, 52 ans, cartomancienne, est de toute évidence une femme discrète, voire effacée. Ceux qui la connaissent ou l’ont simplement « consultée » la décrivent ainsi. Et beaucoup ajoutent : « Gentille, douce, cultivée, s’exprimant bien, très attentive. » Quelques-uns de ces témoins ont pignon sur rue – antiquaires, par exemple. Mais la plupart sont des Bordelais lambda qui, de temps à autre, consultent des voyantes. Autrefois à Caudéran, rue des Orangers, Nicole Dumont avait une bonne clientèle. Maintenant aussi, rue Ferrère. Il n’est pas exclu que des personnalités bordelaises fréquentent son cabinet. En revanche, contrairement aux rumeurs, il ne semble pas que Nicole Dumont soit elle-même une véritable personnalité de la scène locale. À tel point que certains ont l’air presque vexés en avouant tout ignorer d’elle. « Je n’en ai jamais entendu parler », s’étonne par exemple un Bordelais, lui-même en revanche très connu et qui fréquente depuis plus de trente ans les milieux politiques, entre autres. « Moi non plus », ajoute une autre qui de par sa profession, notamment, connaît beaucoup de monde à Bordeaux. »

Et L’Express du 01/02/07 : « Nicole Dumont, une cartomancienne d’une cinquantaine d’années, est bien connue en ville. Plusieurs dizaines de Bordelais aisés prennent volontiers le chemin de son cabinet de la rue Ferrer, à quelques pas du Jardin public. Chaque jour, son portable retentit des multiples appels de ses clients. Certains refusent paraît-il de prendre la moindre décision sans lui en référer! Vive, séduisante, donnée comme particulièrement intuitive et de bon conseil, elle fut, murmure-t-on, la voyante attitrée de «Chaban» lui-même. Une réputation qui n’a pas dû nuire à ses affaires dans le quartier cossu des Chartrons. » 

Nicole Dumont est cartomancienne, autant dire que, dans l’esprit des journalistes de Sud-Ouest qui pensent tenir entre leurs mains le scandale de la décennie, c’est la sorcière de l’affaire Terrasson. Dans l’imaginaire collectif, il n’y a pas loin entre les réunions secrètes de notables et les messes noires et autres danses de Sabbat. Si les affaires d’Outreau ou Allègre nous renvoyaient à l’image terrifiante de Gilles de Rais, avec l’affaire Terrasson on est plus proche de la figure de Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, sage-femme de profession et accessoirement avorteuse initiée à la magie noire qui vécut au XVIIème siècle. Il se dit à l’époque que dans le jardin de sa maison, rue Beauregard à Paris, elle fit édifier un four pour y brûler 2 000 foetus et nouveau-nés sacrifiés lors de messes noires ; qu’elle fabriquait des aphrodisiaques et, surtout, que nombre de nobles dames venaient lui acheter ces poudres pour se faire aimer… ou ‘ pour éternuer une dernière fois… ‘ De fait, les noms cités lors de son procès figurent au gotha du Paris de l’époque : la duchesse de Bouillon, la duchesse de Vivonne, la comtesse de Soissons, la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, la maréchale de La Ferté. Mais surtout, comble du scandale : Mlle Desoeillets, demoiselle de compagnie de la Montespan, l’ancienne favorite du roi remplacée un temps par Mlle de Fontange, morte dans d’étranges circonstances… Aussitôt, le tribunal fait suspendre les séances publiques et la Voisin est envoyée au bûcher en 1680.

Le même sort attend-il Nicole Dumont ?

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Le Directeur des Affaires Culturelles: Jean-François Lhérété

février 21, 2008 · 4 commentaires

jflh3.jpg Enarque, agrégé d’histoire, magistrat à la cour des comptes, ancien directeur du Crédit Lyonnais à Bordeaux, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La France en Recomposition ». Au moment où l’affaire éclate, il travaille sur le dossier de candidature de la Ville de Bordeaux au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui amènera Sud-Ouest à s’interroger sur les répercussions éventuellement néfastes de l’affaire Terrasson sur les chances de la ville. Les policiers de la DIPJ viendront l’interpeller à la Mairie de Bordeaux, le 22 janvier, pour sa mise garde à vue. La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux décide de le placer sous mandat de dépôt le 6 février 2007. Il sera remis en liberté le 15 mai 2007.

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Le banquier des pauvres: François-Xavier BORDEAUX

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

fxbjpeg.jpg L’Express du 01/02/2007 :  « Parmi elles, une personnalité de premier plan: François-Xavier Bordeaux, «FXB» pour les Bordelais. Cet homme de 58 ans, banquier de profession, est connu pour ses prises de position courageuses. Dans les années 1980, il a osé affronter le tout-puissant président du club de football local, les Girondins de Bordeaux, le sulfureux Claude Bez, pourtant soutenu par le maire de l’époque, Jacques Chaban-Delmas. Il lui est resté de ce combat une image de chevalier blanc, une réputation d’honnête homme, récemment confortées par son action en faveur de la mise en place d’une caisse destinée à aider à ceux qui ne peuvent obtenir de crédit. Le maire actuel, Alain Juppé, lui a même confié la création d’une sorte de laboratoire social dans la ville. Les policiers s’intéressent en fait à une autre facette des activités de «FXB». Depuis le printemps 2006, celui-ci ne cesse en effet de s’élever contre le système des tutelles, dont il dénonce le dysfonctionnement. Un nouveau combat qui, dit-il, lui a été inspiré par la détresse de Mme Terrasson, laissée à l’abandon, sans moyens financiers, alors qu’elle dispose de biens importants. A l’entendre, cette situation lui a été signalée par la confidente et amie de la vieille dame, Nicole Dumont. Et c’est ainsi qu’entre en scène un autre personnage de cette histoire: la voyante. »

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