L’affaire Terrasson

Epilogue

janvier 5, 2008 · Laisser un commentaire

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L’essai de Me Thierry Lévy – Eloge de la barbarie judiciaire – auquel renvoie le titre choisi par Antoine Perraud pour son ouvrage– La barbarie journalistique – mettait clairement en évidence certains aspects iniques du système judiciaire français, en particulier son côté rouleau compresseur, critique qu’on retrouve, par ailleurs, dans le film de Raymond Depardon 10e Chambre, instants d’audience.

Me Thierry Lévy entendait montrer que l’actuelle procédure pénale est injuste en ce qu’elle ne respecte pas le principe fondamental de l’égalité des parties : “Qu’elle soit suivie ou pas d’une incarcération, la mise en accusation place la personne poursuivie pour un délit ou pour un crime dans une position d’infériorité dont elle ne se relèvera pas.” Il dénonce, par exemple, le fait que le dossier servant à l’accusation est « fabriqué » par deux personnages – enquêteur et juge d’instruction – qui n’en font qu’un, tandis que l’accusé est le grand absent des phases d’élaboration de ce dossier.

C’est encore plus vrai s’agissant du procès médiatique qui fait de tout prévenu un présumé coupable, ce qu’intègre d’ailleurs parfaitement l’opinion publique lorsqu’elle invoque l’adage : « il n’y a pas de fumée sans feu » quand un délinquant sexuel ou financier est interpellé par la police ou la gendarmerie. Principe au nom duquel, bien peu de mères de famille accepteraient encore aujourd’hui de confier la garde de leurs enfants à l’un des treize acquittés d’Outreau. 

Le procès médiatique s’affranchissant en outre, à la différence du procès judiciaire, du respect du contradictoire et des droits de la défense, le journaliste est beaucoup plus libre que le ministère public de dresser ses propres réquisitoires et d’appeler à un juste châtiment à l’encontre de ceux qu’il désigne à ses lecteurs comme les vrais coupables. 

Ayant depuis déjà belle lurette abandonné le journalisme d’investigation, jugé trop lent et onéreux, la presse quotidienne régionale s’en remet entièrement à l’enquête judiciaire, et ce d’autant plus volontiers qu’elle en obtient facilement les résultats au fur et à mesure que des éléments nouveaux viennent étayer les charges sur lesquelles reposent les poursuites engagées. 

Et si la sacro-sainte information se révèle par la suite inexacte, elle pourra toujours faire l’objet d’un rectificatif inséré discrètement dans les colonnes du journal. La justice a-t’elle eu la main un peu lourde ? C’est encore mieux : les rotatives tourneront de plus belle afin de laver publiquement l’honneur flétri des personnes indûment suspectées et fustiger l’inconséquence ou la sévérité des magistrats… 

A ce petit jeu, les médias sortent toujours gagnants. L’heure, paraît-il, est à la facilité. Comme l’écrivait Nicolas Machiavel : « le vulgaire se prend toujours aux apparences, et ne juge que par l’évènement, et le vulgaire ne gouverne t’il pas le monde ? »

Quant au journal Sud-Ouest, l’héritage légué celui-là par Jean-François Lemoine, fondé sur l’éthique et la rigueur professionnelle, paraît aujourd’hui en bien triste déshérence. Gageons que le quotidien pourrait un jour finir par succomber à la pauvreté d’une ligne éditoriale dont les recettes de fabrique sont, à bien des égards, empruntées à celles des tabloïds britanniques. Si l’on songe alors à lui construire un mausolée, celui-ci méritera, sans nul doute, cette épitaphe :

Ci-gît un fameux quotidien régional
 Qui fit plus de mal que de bien
  Le bien qu’il fit, il le fit mal
  Le mal qu’il fit, il le fit bien

 

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