Sur les pas des policiers qui conduisent leur enquête de voisinage dans le quartier des Chartrons, le journal Sud-Ouest, en la personne de Jacky Sanudo, part à la rencontre des commerçants, et plus particulièrement des antiquaires.Le 18 février 2007, le journaliste peint un tableau inquiétant de la rue Notre-Dame : « Depuis quelques semaines, il ne se passe pas un jour sans que « l’affaire » soit évoquée, rompant avec la quiétude qui sied à l’antiquité achetée, déposée ou vendue. L’ambiance aurait inspiré Honoré de Balzac, Georges Simenon, Claude Chabrol ou Luis Buñuel. Dans le chuchotement prudent des pas de porte ou derrière les vitrines d’un autre temps, les « incroyable » devancent les « terrifiant ». » et semble visiblement satisfait de l’effet produit par les révélations fracassantes faites par son journal.
A l’instar d’Edgar Morin s’intéressant à la « rumeur d’Orléans », le journaliste sonde le quidam afin de mesurer « l’onde de choc » produite par l’affaire Terrasson sur les habitants du quartier et noter, le cas échéant, les dérapages langagiers éventuels. Un ébéniste admet sans détour qu’il a bien restauré beaucoup des meubles de Jeanine Terrasson. « Que du beau, du signé, dit-il. Personne ne pourrait les acheter ici. C’est du niveau Louvre dépassant le prix de 1 million d’euros. Elle connaissait son métier et aimait les belles choses (NDLR : Jeanine Terrasson a exercé, entre autres professions, celle de courtier en objets d’art). Elle était incollable sur la faïencerie et le mobilier d’époque qu’elle a achetés pendant de nombreuses années. » Lui ne cache pas son écoeurement. « Elle n’était pas crédule et personne n’aurait touché au moindre de ses bibelots. Tout était chez elle et dans son appartement de Paris jusqu’à ce qu’ils la dévalisent. Ils attendaient qu’elle meure, mais finalement n’ont pas eu la patience d’attendre et ont tenté de profiter de sa maladie d’Alzheimer. Tout a été dispersé et même Mme Terrasson ne sait pas où sont ses biens. »
L’ébéniste n’est pas le seul à parler…Dans le quartier des Chartrons, les langues se délient et chacun y va de sa version des faits sur les agissements dont aurait été victime la malheureuse Jeanine Terrasson. Quelques-uns vont même se livrer à l’exercice à cœur joie, dès lors qu’ils peuvent s’abriter derrière un anonymat propice à toutes les dénonciations et dont les élans évoquent un passé de triste mémoire. Toujours dans l’article de Sud-Ouest du 18 mars 2007 : « Rodolphe, lui, consent son prénom. « Nous jubilons et prendrions mal que l’affaire soit étouffée. Un meuble, ça ne disparaît pas comme ça, contrairement à un bijou ou à un tableau que l’on peut recevoir en cadeau sans qu’il entre dans les droits de succession. Cette fois, ce ne sont pas les antiquaires qui sont raillés ou montrés du doigt. C’est l’occasion rêvée d’aller contre les idées reçues et dire combien il y a de gens honnêtes dans notre profession.» Heureusement, le journaliste sait aussi faire preuve d’autodérision : « Les policiers interrogent à tout-va les commerçants. Tel celui-ci qui a pour particularité de posséder un chien de la même race que celui de Jeanine Terrasson. Voilà qui est suffisant pour ne pas échapper à un questionnement en règle. »


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