Au cours du procès Terrasson qui s’est tenu à Bordeaux à la fin du printemps 2011, le journal Sud-Ouest, toujours aussi préoccupé par l’effacement des traces de sa sortie de route déontologique de janvier 2007, titrera dans son édition du 20 mai 2011, “François-Xavier Bordeaux fait parler Alain Juppé”. Avec l’intention explicite de discréditer la fantasmagorie du “complot”, à l’instar du vice-procureur Rocquigny du Fayel qui s’était empressé de conclure à l’absence de dimension politique de l’affaire dans son réquisitoire de l’été 2010.
Bien qu’il se soit bien gardé de la commenter en public, le maire de Bordeaux n’a pourtant jamais caché son opinion sur cette affaire et les procédés inavouables qui furent employés au cours du deuxième semestre 2006 pour lui donner corps.
Dans un livre paru en septembre 2011 aux éditions Flammarion, la journaliste Anna Cavada recueille ainsi ces propos d’Alain Juppé sur l’affaire Terrasson, dans un chapitre intitulé “Sarkozy me fait peur”:
“Regardez ce qui s’est passé à Bordeaux dans l’indifférence générale (…)”. “Ce ne peut être un hasard” si, le 22 janvier 2007, au début de la campagne présidentielle, huit jours seulement après le congrès d’intronisation de Sarkozy, quatre personnalités bordelaises, dont trois réputées proches de lui, sont interpellées puis mises en examen.
Le chapitre se poursuit ainsi : “le banquier François-Xavier Bordeaux, ancien chef de file de l’opposition socialiste locale sous Chaban-Delmas, sa maîtresse, la voyante Nicole Dumont, Jean-François Lhérété, directeur des affaires culturelles de la ville, et Martine Moulin-Boudard, avocate et adjointe au maire de Bordeaux, sont accusés d’avoir tenté de spolier une richissime octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer.”
“Juppé n’a pas de preuves, mais une suspicion – qui suffit à l’effrayer : “cette histoire est sortie pour me nuire, estimait-il à l’été 2007. Pourquoi sinon aurait-elle eu cet écho médiatique ? Et pourquoi a-t-on dit et redit que ces gens-là étaient proches de moi alors que ce n’est pas vrai ?” Un argument que reprendra François-Xavier Bordeaux devant le tribunal, presque quatre ans plus tard, le 20 mai 2011. “Ce dossier a été instrumentalisé arguera le banquier. “François-Xavier, c’est moi qui étais visé”, m’a dit le maire de Bordeaux.”
Et l’accusé de conclure : “Comme on a voulu se débarrasser de Villepin avec le croc de boucher, on a voulu se débarrasser de Juppé avec cette affaire pour les présidentielles.” “On.” Pour ne pas dire Nicolas Sarkozy. L’attaque de François-Xavier Bordeaux est transparente. Juppé, lui, nous déclarait à l’été 2007 “Les crocs de boucher, ils sont pour tout le monde”.(…) Un jour de la fin novembre 2009, il finit par lâcher : “Je connais le bonhomme. C’est un tueur sans foi ni loi. Je ne suis pas comme lui, moi, je ne suis pas prêt à tout. Je n’ai pas envie de tout sacrifier. Je ne veux pas exposer ma femme et mes enfants à une lutte sans merci.” Raclement de gorge. “Il me fait peur…”


