L’affaire Terrasson

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Antoine Perraud – La Barbarie Journalistique

février 21, 2008 · Un commentaire

 « A chaque fois, les journalistes usent du terme « affaire », qui évoque autant un dossier judiciaire que le commerce qui s’ensuit : « Les affaires sont les affaires . » A cette légèreté lexicale s’ajoutent souvent une impéritie professionnelle et une défection déontologique, comme si le frémissement des ventes devait tout balayer, comme si l’effet de meute valait conclave, comme si le journaliste ne tenait plus qu’à un fil conducteur en forme de Zola dévoyé : j’accuse donc je suis ! »

Antoine Perraud – La Barbarie Journalistique

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Prologue

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Many a good newspaper story has been ruined by over verification” James G. Bennett

Le but de ce blog est de reconstituer, à partir des coupures de presse qui ont relaté les différents épisodes de l’affaire Terrasson, les éléments qui ont participé au lancement par le journal Sud-Ouest d’un procès médiatique, avec pour corollaire une mise à mort symbolique [condamnation flétrissante qui n'est pas sans évoquer la pratique, chez les florentins du quattrocento, de l'executio in effigie, qui consistait à placarder sur les murs de la ville les représentations grandeur nature des criminels désignés à la vindicte populaire] dirigé contre des « notables » bordelais, et ce, naturellement, avant même que la justice ait été rendue. Comme pour l’affaire Alègre, les médias se sont de nouveau emparés du contenu partial d’un dossier d’instruction qu’ils ont livré en pâture à l’opinion publique sans attendre que les éléments recueillis par la police dans le cadre de l’enquête préliminaire et de l’instruction ne viennent confirmer ou infirmer les charges retenues à l’encontre des mis en examen. Une fois de plus, un quotidien régional est pris en flagrant délit de comportement de prédateur à l’encontre de notables considérés jusque-là comme irréprochables. A l’instar de la Dépêche du Midi, Sud Ouest s’est jeté avec un appétit carnassier sur une histoire trop belle pour être vraie impliquant, cette fois, le tombeur de l’ex-président du club de foot des Girondins de Bordeaux, Claude Bez, une diseuse de bonne aventure, un énarque passé par le Lyonnais et une avocate-adjoint au Maire d’Alain Juppé… Pourtant, après les errements médiatiques dont furent victimes MM. Baudis et Bourragué à Toulouse en marge de l’affaire Alègre, cette même presse n’avait-elle pas juré qu’on ne l’y reprendrait plus ?

La double crise que connaissent aujourd’hui l’institution judiciaire et la presse écrite va t’elle continuer à enfanter régulièrement de nouveaux monstres judiciaires ? Les conclusions du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le procès d’Outreau ( création de pôles de l’instruction, enregistrement audiovisuel des gardes à vue) peuvent paraître à cet égard très timides. Seule une véritable réforme de la détention provisoire, trop souvent utilisée par les magistrats comme un moyen d’obtenir des aveux circonstanciés, et du secret de l’instruction peut aujourd’hui mettre un terme à ces graves dysfonctionnements.

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L’affaire Terrasson: les éléments du dossier

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le Figaro en fait le résumé pour ses lecteurs : « Le drame se noue dans la plus belle artère de la ville, le cours Xavier-Arnozan où les négociants ont englouti les fortunes amassées sur les quais. Jeanine Terrasson, 84 ans, y occupe un appartement de plus de cent mètres carrés.(…). Son patrimoine est coquet : des centaines de milliers d’euros sur des comptes suisses, plusieurs immeubles dans la région, un appartement parisien rue de la Boétie, de nombreux terrains et plus de 100 000 euros en meubles et bijoux. Ses voisins témoignent qu’à l’heure de la maladie, une femme la soutient. Nicole Dumont, la cinquantaine, habite et travaille à deux pas. Cette voyante connaît Jeanine depuis vingt-trois ans. Devant les policiers, une auxiliaire de vie évoque une relation « grand-mère/petite-fille ». Jeanine a deux neveux qu’elle voit peu.

En 2005, devant notaire elle fait de Nicole Dumont sa légataire universelle. Mais elle est également placée sous tutelle au grand soulagement de ses neveux. Le 10 octobre 2005, devant un juge, Jeanine Terrasson évoque Nicole : « Je ne pense pas [qu'elle] soit intéressée par mon argent. (…) Mes neveux n’attendent que ma mort… » Le 8 juin 2006, la justice la place sous un régime plus souple de curatelle renforcée et change le tuteur. Selon un témoin, ce dernier dénonce des difficultés à rencontrer sa protégée et à procéder à l’inventaire et à l’évaluation de ses biens. Le tuteur évincé porte plainte pour vol à l’été 2006. L’affaire est confiée à la division criminelle de la police judiciaire.

Écoutes téléphoniques
Fin novembre 2006, Nicole Dumont est placée sur écoutes. La mesure se prolonge jusqu’au lundi 22 janvier, date de l’interpellation des personnalités.
Au coeur de ces 80 pages : Nicole Dumont et François-Xavier Bordeaux, Jean-François Léréthé et Martine Moulin-Boudard apparaissent beaucoup moins. Jeanine intervient à l’occasion. Le 5 janvier 2007, la voyante demande à son amie si elle souhaite léguer son héritage à ses neveux. Réponse : « Ah, non, non, non ! » Les enquêteurs découvrent que des meubles sont vendus à des antiquaires, qu’un box est loué sous un nom d’emprunt pour y entreposer d’autres objets. Des meubles et tableaux seront retrouvés chez les notables. Des voyages en Suisse – au moins deux – sont réalisés par Nicole Dumont aidée par François-Xavier Bordeaux et, à une reprise semble-t-il, par Jean-François Lhérété, pour en rapporter un minimum de 60 000 euros.
Les mis en examen n’ont reconnu les voyages en Suisse qu’une fois confrontés aux éléments réunis par les policiers. Les écoutes restent ambiguës. « As-tu bien terrassonné ? » lance un jour une amie à Nicole Dumont. « Elle n’est pas pressée [de mourir] », déclare Bordeaux fin 2006. Le même un peu plus tard : « Dès que tu n’es plus là, elle [Jeanine] déconne. Elle parle aux neveux, elle dit qu’elle ne veut plus vendre [des biens lui appartenant.  » Pour le conseil de François-Xavier Bordeaux, Me Thomas de Beaumont, la concertation relève « du fantasme », et rien n’a été retrouvé chez son client qui ne s’est pas enrichi. L’avocat de Nicole Dumont, Me Fabrice Delavoye, souligne que l’octogénaire « a été aidée » par sa cliente et que celle-ci engageait des frais. Les retraits en Suisse, les meubles vendus servaient-ils à régler tout cela ? L’enquête doit se poursuivre en Suisse pour établir le montant exact des retraits des comptes et, en France, pour retrouver les biens disparus. »

A partir de là deux thèses s’opposent : celle de l’acte crapuleux commis par des notables cherchant à s’approprier de façon concertée le patrimoine d’une riche octogénaire ou bien une action légitime de protection d’une personne âgée placée sous tutelle à la demande de neveux qu’elle a perdu de vue depuis plus de 30 ans, volée par des proches et dont le tuteur désigné par la justice se désintéresse complètement après avoir pris soin, cependant, de faire bloquer tous ses comptes. C’est la première que privilégient d’emblée policiers, magistrats et journalistes, renforcés dans leurs convictions par les accusations répétées dirigées contre les notables par le poissonnier du Cours Portal, Jean-Marie TRASSY.

 

 

 

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La garde à vue et les mises en examen

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le 26 janvier 2007 Jean-François Lhérété, Martine Moulin-Boudard et François-Xavier Bordeaux ainsi que la voyante Nicole Dumont sont mis en examen pour “vols et abus de faiblesse en réunion avec circonstances aggravantes sur une personne particulièrement vulnérable”, ou “complicités de vols et abus de faiblesse”, “abus de confiance au préjudice d’une personne particulièrement vulnérable”, et “association de malfaiteurs”.Le procureur de la République, Bertrand de Loze de Plaisance, requiert la mise en détention de la voyante et des trois notables, selon Sud-Ouest : « il a certes «déploré la publicité hâtive donnée à cette affaire», puis a «rappelé qu’il est prématuré d’émettre un avis sur la culpabilité éventuelle des personnes mises en cause», mais quand même étalé sur la table les premiers éléments de l’enquête, après perquisitions et gardes à vue : «Au vu des résultats obtenus qui confirment et élargissent les suspicions, il apparaît qu’à la faveur d’une détérioration caractérisée de l’état de santé de madame Terrasson, son important patrimoine a été l’objet d’opérations concertées tendant à son appropriation par des tiers.»  François-Xavier Bordeaux et Nicole Dumont sont aussitôt placés en détention provisoire. 

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La légataire: Nicole Dumont

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

voyante.jpg En avril 2005, Nicole Dumont devient la légataire de Jeanine Terrasson qu’elle connaît depuis de très nombreuses années et dont elle est devenue très proche. L’auxiliaire de vie de la vieille dame, interrogée par Le Figaro, évoque des relations « grand-mère/petite fille ». En octobre 2005, les neveux de l’octogénaire réagissent et obtiennent qu’elle soit mise sous tutelle. Le Monde 03/02/2007 : « A l’automne 2005, FXB s’emploie avec Me Moulin-Boudard à faire lever la tutelle de Mme Terrasson. Ils y parviennent : en juin 2006, elle passe sous le régime, moins contraignant, de la curatelle renforcée. Exit Christophe Raillon, le tuteur désigné par la justice en octobre 2005. Celui-ci a des doutes, et porte plainte en juillet pour vol, avec constitution de partie civile. »

Les médias vont s’intéresser à la personnalité de Nicole Dumont : l’attachement dont elle témoigne envers Jeanine Terrasson est-il sincère ou intéressé ? Le 17 février 2007, Sud-Ouest la présente ainsi : « Discrète, effacée, cultivée : beaucoup décrivent ainsi Nicole Dumont. Difficile de cerner le personnage. Nicole Dumont, 52 ans, cartomancienne, est de toute évidence une femme discrète, voire effacée. Ceux qui la connaissent ou l’ont simplement « consultée » la décrivent ainsi. Et beaucoup ajoutent : « Gentille, douce, cultivée, s’exprimant bien, très attentive. » Quelques-uns de ces témoins ont pignon sur rue – antiquaires, par exemple. Mais la plupart sont des Bordelais lambda qui, de temps à autre, consultent des voyantes. Autrefois à Caudéran, rue des Orangers, Nicole Dumont avait une bonne clientèle. Maintenant aussi, rue Ferrère. Il n’est pas exclu que des personnalités bordelaises fréquentent son cabinet. En revanche, contrairement aux rumeurs, il ne semble pas que Nicole Dumont soit elle-même une véritable personnalité de la scène locale. À tel point que certains ont l’air presque vexés en avouant tout ignorer d’elle. « Je n’en ai jamais entendu parler », s’étonne par exemple un Bordelais, lui-même en revanche très connu et qui fréquente depuis plus de trente ans les milieux politiques, entre autres. « Moi non plus », ajoute une autre qui de par sa profession, notamment, connaît beaucoup de monde à Bordeaux. »

Et L’Express du 01/02/07 : « Nicole Dumont, une cartomancienne d’une cinquantaine d’années, est bien connue en ville. Plusieurs dizaines de Bordelais aisés prennent volontiers le chemin de son cabinet de la rue Ferrer, à quelques pas du Jardin public. Chaque jour, son portable retentit des multiples appels de ses clients. Certains refusent paraît-il de prendre la moindre décision sans lui en référer! Vive, séduisante, donnée comme particulièrement intuitive et de bon conseil, elle fut, murmure-t-on, la voyante attitrée de «Chaban» lui-même. Une réputation qui n’a pas dû nuire à ses affaires dans le quartier cossu des Chartrons. » 

Nicole Dumont est cartomancienne, autant dire que, dans l’esprit des journalistes de Sud-Ouest qui pensent tenir entre leurs mains le scandale de la décennie, c’est la sorcière de l’affaire Terrasson. Dans l’imaginaire collectif, il n’y a pas loin entre les réunions secrètes de notables et les messes noires et autres danses de Sabbat. Si les affaires d’Outreau ou Allègre nous renvoyaient à l’image terrifiante de Gilles de Rais, avec l’affaire Terrasson on est plus proche de la figure de Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, sage-femme de profession et accessoirement avorteuse initiée à la magie noire qui vécut au XVIIème siècle. Il se dit à l’époque que dans le jardin de sa maison, rue Beauregard à Paris, elle fit édifier un four pour y brûler 2 000 foetus et nouveau-nés sacrifiés lors de messes noires ; qu’elle fabriquait des aphrodisiaques et, surtout, que nombre de nobles dames venaient lui acheter ces poudres pour se faire aimer… ou ‘ pour éternuer une dernière fois… ‘ De fait, les noms cités lors de son procès figurent au gotha du Paris de l’époque : la duchesse de Bouillon, la duchesse de Vivonne, la comtesse de Soissons, la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, la maréchale de La Ferté. Mais surtout, comble du scandale : Mlle Desoeillets, demoiselle de compagnie de la Montespan, l’ancienne favorite du roi remplacée un temps par Mlle de Fontange, morte dans d’étranges circonstances… Aussitôt, le tribunal fait suspendre les séances publiques et la Voisin est envoyée au bûcher en 1680.

Le même sort attend-il Nicole Dumont ?

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Le Directeur des Affaires Culturelles: Jean-François Lhérété

février 21, 2008 · 4 commentaires

jflh3.jpg Enarque, agrégé d’histoire, magistrat à la cour des comptes, ancien directeur du Crédit Lyonnais à Bordeaux, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La France en Recomposition ». Au moment où l’affaire éclate, il travaille sur le dossier de candidature de la Ville de Bordeaux au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui amènera Sud-Ouest à s’interroger sur les répercussions éventuellement néfastes de l’affaire Terrasson sur les chances de la ville. Les policiers de la DIPJ viendront l’interpeller à la Mairie de Bordeaux, le 22 janvier, pour sa mise garde à vue. La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux décide de le placer sous mandat de dépôt le 6 février 2007. Il sera remis en liberté le 15 mai 2007.

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Le banquier des pauvres: François-Xavier BORDEAUX

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

fxbjpeg.jpg L’Express du 01/02/2007 :  « Parmi elles, une personnalité de premier plan: François-Xavier Bordeaux, «FXB» pour les Bordelais. Cet homme de 58 ans, banquier de profession, est connu pour ses prises de position courageuses. Dans les années 1980, il a osé affronter le tout-puissant président du club de football local, les Girondins de Bordeaux, le sulfureux Claude Bez, pourtant soutenu par le maire de l’époque, Jacques Chaban-Delmas. Il lui est resté de ce combat une image de chevalier blanc, une réputation d’honnête homme, récemment confortées par son action en faveur de la mise en place d’une caisse destinée à aider à ceux qui ne peuvent obtenir de crédit. Le maire actuel, Alain Juppé, lui a même confié la création d’une sorte de laboratoire social dans la ville. Les policiers s’intéressent en fait à une autre facette des activités de «FXB». Depuis le printemps 2006, celui-ci ne cesse en effet de s’élever contre le système des tutelles, dont il dénonce le dysfonctionnement. Un nouveau combat qui, dit-il, lui a été inspiré par la détresse de Mme Terrasson, laissée à l’abandon, sans moyens financiers, alors qu’elle dispose de biens importants. A l’entendre, cette situation lui a été signalée par la confidente et amie de la vieille dame, Nicole Dumont. Et c’est ainsi qu’entre en scène un autre personnage de cette histoire: la voyante. »

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La curée médiatique: de Libé au Figaro

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

mairiejpeg.jpg A quelques mois des élections présidentielle et législatives, la nouvelle de cette affaire visant des proches d’Alain Juppé ne tarde pas à être relayée par tous les médias nationaux. Martine Moulin-Boudard a même droit à sa photo au journal de 20h de TF1 et aux commentaires satyriques de l’équipe de Laurent Ruquier [connu, par ailleurs, pour ses hilarantes épitaphes ante mortem], lors de son émission « On a tout essayé ».  D’abord incrédule, Le Monde consacre un article à l’affaire le 03/02/2007 intitulé « l’argent de la vieille dame ». En manque d’inspiration L’Express titre le 01/02/2007 sur « la vieille dame, la voyante et les notables ». Tout aussi peu en verve, Libération titre le 25/01/2007 sur « la vieille dame riche, les notables et la cartomancienne », mais comme c’est le festival de la BD d’Angoulême, l’article est illustré par un dessin évocateur représentant quatre loups sur le point de dévorer l’octogénaire utilisée comme appât. C’est bien la métaphore de la bête carnassière qui est filée…Lorsque l’on a cela sous les yeux, on se demande ce qu’a bien pu voir, lire, comprendre l’avocat général Yves Lernout pour cautionner devant la chambre de l’instruction, le 20 décembre 2007, ces tombereaux de calomnies au nom de ”l’utilité du débat“.

En véritable orpailleur du fait divers scabreux, Le Parisien sait quant à lui exploiter le filon jusqu’à la dernière pépite. Les titres s’enchaînent à une cadence syncopée afin de tenir le lecteur en haleine : « La riche Bordelaise accuse les notables ; Le procureur veut incarcérer une adjointe d’Alain Juppé ; Les neveux de la victime veulent être entendus ; Comment les notables ont dépossédé la vieille dame riche ; Un notable bordelais et une voyante en détention ; Les biens de la vieille dame ont été éparpillés ; Le fabuleux trésor de la vieille dame spoliée ; Trois notables bordelais et une voyante en garde à vue ; Un directeur de la mairie de Bordeaux placé en détention ; Des écoutes « édifiantes » …

Claude Cabanes, dans son éditorial de l’Humanité du 27/01/07, danse à son tour sur l’air envoûtant du joueur de pipeau : ” Mais on peut imaginer que ces personnages investis de responsabilités publiques n’étaient pas, comme d’autres, économes de conseils de moralité vantant l’honnêteté, le respect, le mérité et l’esprit républicain. Donc, rien qu’un fait divers: et pourtant quel coup de projecteur sur la décomposition au travail sur les hauteurs de notre société ! Le proverbe est bien connu: le poisson pourrit par la tête…” Certes, Monsieur Cabannes, c’est bien à une inéxorable décomposition que nous sommes en train d’assister: celle d’une presse écrite intègre et indépendante, soucieuse de vérifier ses sources et de recouper les informations qu’elle donne à ses lecteurs, prônant le journalisme d’investigation plutôt que la collation de dépêches AFP mises à la sauce du jour et respectueuse de la présomption d’innocence due à tout justiciable.

Au final, l’ensemble de la presse écrite nationale et même francophone, va s’emparer de l’Affaire Terrasson, à l’exception notable de Marianne. Enfin, un bimensuel local, la Gazette du Pays, dont la parution semble aujourd’hui interrompue, s’intéresse également à l’affaire. Les deux articles signés de Nathalie Mayer alias Florence Mothe qu’il consacre à l’affaire Terrasson nous paraissent intéressants en ce qu’ils révèlent de façon très crue le niveau d’informations auquel pouvaient accéder les journalistes désireux de faire un papier sur le scandale bordelais. Les sources étaient de deux ordres : les enquêteurs et le poissonnier du cours Portal, Jean-Marie Trassy. 

Le meilleur pour la fin : le journaliste du Point, qui n’a manifestement pas compris grand chose à l’affaire Terrasson, écrit, sans crainte du ridicule, dans un article publié le 05/04/2007 : « L’affaire pourrait en cacher une autre. Alors que plusieurs personnalités bordelaises sont mises en examen et détenues sous le soupçon d’avoir abusé de la faiblesse de Jeanine Terrasson, riche octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, la vieille dame est à son tour montrée du doigt dans une autre procédure : l’enquête, ouverte depuis 2000, vise le détournement de l’héritage de Fernand Laporte, chirurgien girondin mort en 1999 et qui avait fait fortune dans l’immobilier sur le bassin d’Arcachon. Ce deuxième dossier fait apparaître que plusieurs proches se seraient concertés pour paralyser la mise sous curatelle du mandarin, qui entretenait des liens intimes avec Jeanine Terrasson. Plusieurs millions d’euros auraient été détournés par des méthodes allant du chèque au porteur aux circuits financiers offshore. La jonction des deux affaires pourrait dévoiler l’existence d’un réseau spécialisé dans la spoliation de riches retraités et dans l’évasion fiscale, puisque des capitaux semblent avoir été transférés en Suisse. » 

Et voilà notre quarteron de « notables » bordelais promu à la tête d’un réseau de grand banditisme recherché par Interpol et fiché par Tracfin, nouveau gang de détrousseurs de millionnaires cacochymes aux nombreuses ramifications internationales, à côté duquel les mafias russes et albanaises font l’effet d’amateurs aux petits pieds ! On en rirait volontiers si les conséquences n’étaient aussi graves… 

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Les premiers doutes

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Ils commencent à prendre corps dans l’esprit des chroniqueurs de l’affaire Terrasson avec la parution d’un article du Figaro publié le 29 mars 2007 intitulé : « Affaire Terrasson : la vieille dame accusée de spoliation » : « L’AFFAIRE des notables bordelais », impliquant des personnalités politiques locales, se transformera-t-elle en une histoire d’arroseur arrosé ? Au coeur du dossier, Jeanine Terrasson, 84 ans, atteinte par la maladie d’Alzheimer et victime d’une spoliation présumée, s’est vue accuser d’avoir elle-même abusé de la générosité d’un proche. En 2000, Sylviane Laporte, fille d’un médecin bordelais, porte plainte contre X pour détournement d’hé-ritage. Elle dénonce une obstruction à la tutelle de son père, mort en 1999. La cible de la plainte n’est autre que Jeanine Terrasson. Selon la plaignante, défendue par Me Thibault de Montbrial, elle aurait entretenu une relation intime avec le Dr Laporte pendant plusieurs décennies. Au fil des ans, l’affaire a connu de multiples vicissitudes : nomination de plusieurs magistrats instructeurs, non-lieu contesté et attaqué par la plaignante.  Au-delà du contentieux familial, l’anecdote n’est peut-être pas sans intérêt pour « l’affaire des notables » et pour les mis en examen, François-Xavier Bordeaux, Nicole Dumont, Jean-François Lhérété et Martine Moulin-Boudard. Elle pose la question des origines de la fortune de l’octogénaire et de sa personnalité. Son avocate n’a pas souhaité répondre aux questions du Figaro. Ironique, une source proche du dossier va jusqu’à affirmer que « si les magistrats avaient fait leur travail en 2000, il n’y aurait jamais eu d’enjeu financier à l’affaire Terrasson de 2007 ». 

Autre histoire d’arroseur arrosé, le même article ajoute que « Les mis en cause s’efforcent par tous les moyens de salir les personnes qui les accusent, comme Mme Terrasson », déplore-t-on de source proche de l’enquête. » On se frotte les yeux pour s’assurer qu’on a bien lu : les notables sont cette fois accusés par les enquêteurs de vouloir salir les personnes qui les accusent, en y mêlant d’ailleurs abusivement Jeanine Terrasson, alors qu’ils sont incarcérés et que leurs défenseurs tentent de dénoncer les incohérences des charges sur la base desquelles ils sont poursuivis ! 

Une curieuse audition : Le voyeurisme journalistique atteint son acmé avec la publication dans la presse d’extraits de la déposition de la vieille dame. Sud-Ouest, le 28 mars 2007, nous rapporte en effet que la juge d’instruction a entendu Jeanine Terrasson afin de lui présenter le testament faisant de Nicole Dumont sa légataire universelle : « Jeanine Terrasson a, quant à elle, été auditionnée par le magistrat instructeur, à son domicile, en présence de son tuteur et de son avocate. Atteinte par la maladie d’Alzheimer depuis 2004, ses déclarations sont sujettes à caution. Ainsi, à la question : « En quelle année sommes-nous? », la vielle dame a répondu : « En 1982 ». Quand la juge lui a présenté un exemplaire du testament, elle s’est emportée et l’a aussitôt déchiré. » Pour une fois, Sud-Ouest fait preuve de mesure en comparaison du journal Le Monde qui se laisse aller aux citations suivantes dans l’article du 15/03/2007 qu’il consacre à l’affaire : « S’il y a des testaments, c’est pas moi qui les ai rédigés. S’il y a ma signature, elle est contrefaite”, s’est-elle emportée en déchirant la copie que la juge lui a présentée. Accusant Nicole Dumont d’être” une voleuse et une menteuse” – “c’est une horreur cette femme, je demande qu’on la foute en taule”, s’énerve-t’elle dans sa déposition-, Mme Terrasson se souvient que Mme Moulin-Boudard est son avocate “depuis deux mois”, mais ne sait pas si elle l’a choisie ou si quelqu’un l’a fait pour elle. Un mois auparavant, le 26 janvier, Mme Terrasson avait été auditionnée par la juge des tutelles Anne-Marie Pouch. Elle s’en était alors prise à ses neveux – Mme Terrasson n’a pas d’enfant – auxquels elle reproche de n’en vouloir qu’à ses biens. “Je ne veux jamais les revoir. Ils sont intéressés par ce que j’ai dans les mains et que j’ai gagné toute seule” avait-elle lancé.» On ne peut que s’interroger sur l’intérêt de ce spectacle impudique.

Les doutes s’épaississent autour de la culpabilité présumée des notables. Mais l’enquête n’est pas terminée et doit encore nourrir pour plusieurs mois les pages « faits divers » du journal Sud-Ouest. Les enquêteurs fondent désormais leurs espoirs sur les investigations qu’ils doivent mener en Suisse, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires et où les mis en examen se seraient rendus à plusieurs reprises. 

Sud-Ouest du 28 mars 2007 : « Dans les semaines à venir, vraisemblablement fin avril, les enquêteurs vont se rendre à Genève, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires. Ils vont procéder à diverses vérifications avec l’assistance de policiers suisses dans le cadre d’une commission rogatoire internationale. Les mis en examen sont en effet soupçonnés d’avoir effectué deux ou trois retraits. » 

D’après El Périodico Catalan du 21 février 2007 : « La vident i el seu amant viatgen també a Suïssa, acompanyats per Jean-François Lhérété, director d’assumptes culturals de l’ajuntament i un dels amics a casa del qual han anat a parar mobles de la dona. Dels comptes de Suïssa retiren almenys 100.000 euros per finançar, segons la seva versió, les despeses de l’apartament i d’una infermera de Jeanine. » 

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Les neveux

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Il s’agit, selon la « Gazette du Pays » de Jean et Philippe FAURE. Jeanine Terrasson ne voulait pas qu’ils héritent d’elle à sa mort. Cette version des faits est confirmée par de multiples protagonistes à plusieurs reprises au cours de l’enquête : Sud-Ouest : – « Selon Florence Costa, Jeanine Terrasson aurait agi de la sorte de façon à ce que cet argent ne puisse profiter à ses deux neveux, ses seuls héritiers, avec qui elle était brouillée ». La Gazette du Pays :- « Sa vie aventureuse ou héroïque explique, en tout cas, l’aversion qu’elle portait à sa famille d’origine, et, partant, probablement à ses neveux. ». La Charente Libre : – « Entre-temps les deux neveux héritiers directs de la vieille dame portaient plainte à leur tour; il semblerait que Jeannine Terrasson, qui ne s’entendait pas du tout avec leur mère, c’est-à-dire sa sœur, les auraient déshérités au profit de Nicole Dumont devenue sa «légataire universelle ».

Jean-Marie Trassy croit tenir sa vengeance en prévenant ces derniers que leur tante vient de léguer l’intégralité de ses biens à Nicole Dumont, et ce, rappelons-le, alors qu’il sait pertinemment que Mme Terrasson ne souhaite pas entrer en contact avec eux. Ses neveux, qui ne la connaissent pour ainsi dire pas ou très peu, vont alors demander et obtenir sa mise sous tutelle en octobre 2005, les symptômes de la maladie d’Alzheimer dont est atteinte la vieille dame étant diagnostiqués à ce moment là. Dès lors, Jeanine Terrasson se retrouve dans l’impossibilité d’effectuer le moindre acte de gestion courante lui permettant de subvenir à ses besoins. La vieille dame fortunée en est réduite à demander de l’aide à son amie Nicole Dumont et à son avocate afin d’obtenir la levée de cette tutelle. 

Le 29 mars 2007, le journal Sud-Ouest rapporte une information d’une importance capitale pour l’instruction : « La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux a infirmé hier l’ordonnance rendue au début du mois de mars par la juge d’instruction Sophie Pétriat et rejeté la constitution de partie civile des deux neveux de Jeanine Terrasson. Au motif qu’il n’existait pas de lien entre le préjudice qu’ils alléguaient et les infractions poursuivies. A savoir l’abus de faiblesse et de confiance, l’association de malfaiteurs et les vols reprochés à des degrés divers à la voyante Nicole Dumont, à son ami le conseiller financier François-Xavier Bordeaux, au directeur des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux Jean François Lhérété et à l’avocate Me Martine Moulin Boudard.
Quelques semaines plus tôt, Sophie Pétriat, la magistrate en charge du dossier, avait pourtant estimé que les deux hommes avaient intérêt et qualité pour agir. A ses yeux, rien ne s’opposait juridiquement à ce qu’ils puissent prendre connaissance des circonstances, des faits et des conditions dans lesquelles Nicole Dumont avait été désignée comme légatrice universelle par la vieille dame, aujourd’hui âgée de 84 ans. L’acte passé devant notaire était intervenu en février 2005. Quelques jours avant que les deux neveux de Jeanine Terrasson, alertés par un commerçant des Chartrons, ne saisissent le juge des tutelles pour obtenir le placement de leur tante sous protection judiciaire. « Logique ». « C’est une décision logique au regard du droit. L’acceptation initiale de cette constitution de partie civile était surprenante », relèvent Me Fabrice Delavoye et Me Stéphane Guitard, les avocats de Nicole Dumont, à l’origine de la saisine de la chambre de l’instruction. N’étant pas héritiers réservataires, comme le sont des enfants ou un conjoint, les deux neveux ne disposaient d’aucun droit patrimonial. Jeanine Terrasson a en effet légué la totalité de sa fortune à Nicole Dumont par un testament qui n’est pas invalidé même s’il est aujourd’hui critiqué par certains membres de la famille Terrasson »

La décision de la chambre d’instruction constitue bel et bien une victoire importante pour la défense : c’est un démenti cinglant qui est opposé à la logique inquisitrice contre laquelle doivent se battre les mis en examen selon laquelle ils auraient détourné à leur profit un héritage qui revenait légitimement aux neveux de Jeanine Terrasson. La manœuvre de M.Trassy ne réussit donc qu’à moitié : les neveux de Jeanine Terrasson obtiennent, certes, la mise sous tutelle de leur tante, mais le testament par lequel la vieille dame a fait, devant notaire, de Nicole Dumont sa légataire universelle reste parfaitement légal. La plainte avec demande de constitution de partie civile déposée par les neveux de la vieille dame n’est donc qu’une tentative avortée de leur part pour reprendre l’initiative dans ce dossier.

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