L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘cartomancienne’

L’affaire Terrasson: les éléments du dossier

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le Figaro en fait le résumé pour ses lecteurs : « Le drame se noue dans la plus belle artère de la ville, le cours Xavier-Arnozan où les négociants ont englouti les fortunes amassées sur les quais. Jeanine Terrasson, 84 ans, y occupe un appartement de plus de cent mètres carrés.(…). Son patrimoine est coquet : des centaines de milliers d’euros sur des comptes suisses, plusieurs immeubles dans la région, un appartement parisien rue de la Boétie, de nombreux terrains et plus de 100 000 euros en meubles et bijoux. Ses voisins témoignent qu’à l’heure de la maladie, une femme la soutient. Nicole Dumont, la cinquantaine, habite et travaille à deux pas. Cette voyante connaît Jeanine depuis vingt-trois ans. Devant les policiers, une auxiliaire de vie évoque une relation « grand-mère/petite-fille ». Jeanine a deux neveux qu’elle voit peu.

En 2005, devant notaire elle fait de Nicole Dumont sa légataire universelle. Mais elle est également placée sous tutelle au grand soulagement de ses neveux. Le 10 octobre 2005, devant un juge, Jeanine Terrasson évoque Nicole : « Je ne pense pas [qu'elle] soit intéressée par mon argent. (…) Mes neveux n’attendent que ma mort… » Le 8 juin 2006, la justice la place sous un régime plus souple de curatelle renforcée et change le tuteur. Selon un témoin, ce dernier dénonce des difficultés à rencontrer sa protégée et à procéder à l’inventaire et à l’évaluation de ses biens. Le tuteur évincé porte plainte pour vol à l’été 2006. L’affaire est confiée à la division criminelle de la police judiciaire.

Écoutes téléphoniques
Fin novembre 2006, Nicole Dumont est placée sur écoutes. La mesure se prolonge jusqu’au lundi 22 janvier, date de l’interpellation des personnalités.
Au coeur de ces 80 pages : Nicole Dumont et François-Xavier Bordeaux, Jean-François Léréthé et Martine Moulin-Boudard apparaissent beaucoup moins. Jeanine intervient à l’occasion. Le 5 janvier 2007, la voyante demande à son amie si elle souhaite léguer son héritage à ses neveux. Réponse : « Ah, non, non, non ! » Les enquêteurs découvrent que des meubles sont vendus à des antiquaires, qu’un box est loué sous un nom d’emprunt pour y entreposer d’autres objets. Des meubles et tableaux seront retrouvés chez les notables. Des voyages en Suisse – au moins deux – sont réalisés par Nicole Dumont aidée par François-Xavier Bordeaux et, à une reprise semble-t-il, par Jean-François Lhérété, pour en rapporter un minimum de 60 000 euros.
Les mis en examen n’ont reconnu les voyages en Suisse qu’une fois confrontés aux éléments réunis par les policiers. Les écoutes restent ambiguës. « As-tu bien terrassonné ? » lance un jour une amie à Nicole Dumont. « Elle n’est pas pressée [de mourir] », déclare Bordeaux fin 2006. Le même un peu plus tard : « Dès que tu n’es plus là, elle [Jeanine] déconne. Elle parle aux neveux, elle dit qu’elle ne veut plus vendre [des biens lui appartenant.  » Pour le conseil de François-Xavier Bordeaux, Me Thomas de Beaumont, la concertation relève « du fantasme », et rien n’a été retrouvé chez son client qui ne s’est pas enrichi. L’avocat de Nicole Dumont, Me Fabrice Delavoye, souligne que l’octogénaire « a été aidée » par sa cliente et que celle-ci engageait des frais. Les retraits en Suisse, les meubles vendus servaient-ils à régler tout cela ? L’enquête doit se poursuivre en Suisse pour établir le montant exact des retraits des comptes et, en France, pour retrouver les biens disparus. »

A partir de là deux thèses s’opposent : celle de l’acte crapuleux commis par des notables cherchant à s’approprier de façon concertée le patrimoine d’une riche octogénaire ou bien une action légitime de protection d’une personne âgée placée sous tutelle à la demande de neveux qu’elle a perdu de vue depuis plus de 30 ans, volée par des proches et dont le tuteur désigné par la justice se désintéresse complètement après avoir pris soin, cependant, de faire bloquer tous ses comptes. C’est la première que privilégient d’emblée policiers, magistrats et journalistes, renforcés dans leurs convictions par les accusations répétées dirigées contre les notables par le poissonnier du Cours Portal, Jean-Marie TRASSY.

 

 

 

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Mais qui est donc Jeanine Terrasson ?

février 21, 2008 · 3 commentaires

mamiejpeg.jpg Jeanine Terrasson est une vieille dame de 85 ans dont la vie est entourée de nombreux mystères. Elle vit dans le quartier des Chartrons et souffre de la maladie d’Alzheimer. Les deux personnes qui la connaissent le mieux sont encore Nicole Dumont, sa confidente, et Jean-Marie Trassy, son ancien associé. Au moment où l’affaire Terrasson va être jetée dans le « chaudron » médiatique, les journalistes en mal d’informations sur la biographie de la vieille dame se précipitent chez ce dernier pour tenter de reconstituer sa vie tumultueuse et secrète, et par-dessus tout, connaître l’origine de sa « fortune colossale » (d’après la pigiste de 20 minutes (25/01/07) qui a consulté le classement du magazine Forbes avant d’écrire son papier… selon des sources tout aussi sûres, Bill Gates lui aurait même emprunté des sous en 1997 pour faire construire sa villa high tech de Seattle).

Le journaliste de la Charente Libre qui s’intéresse lui aussi à l’affaire Terrasson rapporte, dans un article publié le 10/03/2007, ce que le poissonier-brocanteur Trassy a cru bon de lui révéler sur la vieille dame : « Après mes premières déclarations, on a dit n’importe quoi sur moi, et sur elle: le magistrat instructeur m’a conseillé de me taire», lâche un des plus proches confidents de la dame.

Sous couvert d’anonymat, il accepte cependant d’évoquer encore celle dont il est l’ami depuis plus de trente ans. Après avoir débuté dans la vie comme infirmière à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, la jeune femme doit quitter son métier après une série d’irradiations accidentelles en 1952-1953. Cette amoureuse du beau embrasse alors la profession de courtier en art. Si à Bordeaux, le nom de Jeannine Terrasson évoquait peu de choses, «à Paris, elle était très connue des commissaires-priseurs et des antiquaires. Dans les années 50, des gens aux fortunes plus ou moins licites achetaient des meubles à tour de bras pour bien paraître. Mais ils n’y connaissaient rien: ce fut l’âge d’or des courtiers en art!». Jeannine excelle: «Elle avait une grande connaissance de l’histoire de l’art et le don de reconnaître l’objet intéressant. Chez elle, je me souviens d’un parapluie, il avait une tête en ivoire très caractéristique: c’était le parapluie de Voltaire, visible sur des portraits du philosophe!».
Jeannine Terrasson acquiert alors quantités d’objets délaissés à l’époque, qui feront sa fortune. «Dans les années 50-60, les meubles Louis XVI, la porcelaine n’intéressaient pas les acheteurs. Un Gallé (verrier époque 1900, Art Nouveau), ça valait 3 francs six sous ; aujourd’hui, ça vaut de l’or!» Cette amatrice éclairée se choisit pour modèle une autre femme d’exception, la Pompadour: «Elle admirait la femme des Arts qui a fait connaître Boucher, Watteau, les grands peintres de l’époque et popularisé la porcelaine».

Jeannine se sent proche d’elle pour deux autres raisons: «Elle est légitimiste, royaliste si vous préférez». Et la Pompadour s’appelait Poisson, de son nom de jeune fille; or Jeannine Terrasson, férue d’astrologie, est justement du signe du Poisson. »

Et le plumitif libre-charentais de conclure : « Cette passion pour l’astrologie l’amènera à croiser, peut-être dès les années 70, une autre spécialiste des astres, voyante de surcroît, Nicole Dumont. Pour son malheur. » 

Beaucoup plus romancée, la version de Florence Mothe * dans la Gazette du Pays du 22 février pimente encore le portrait de la collectionneuse d’arts en y raccrochant une activité d’agent infiltré auprès des Allemands dans le Bordeaux de l’Occupation pour le compte des réseaux de la Résistance. « Des questions de plus en plus nombreuses commencent à se poser sur l’itinéraire personnel de Mme Terrasson ; C’est ainsi par exemple que l’on a pu apprendre qu’elle était brouillée avec sa sœur depuis…1940. Les raisons de cette brouille étaient, en effet, très valables. Mme Terrasson affirme qu’elle a fait de la Résistance et qu’elle a eu pour mission, tant qu’elle a résidé à Bordeaux, d’infiltrer les troupes allemandes qui occupaient la ville. C’est ainsi qu’elle aurait été amenée à entrer dans l’intimité de plusieurs officiers pour leurs tirer des renseignements, n’hésitant pas à s’afficher à leur bras dans les rues de la ville. Qui dit Résistance dit secret, Mme Terrasson aurait négligé d’indiquer à sa sœur quelle était sa mission et celle-ci, la voyant se promener au bras d’un bel officier, se serait méprise et une brouille définitive s’en serait suivie.Nous avons cherché à vérifier l’appartenance de Mme Terrasson aux principaux réseaux répertoriés à Bordeaux et n’avons pas trouvé sa trace. Les évènements dont il est fait mention s’étant déroulés selon nos sources entre 1941 et 1942, on peut imaginer que ces réseaux aient été détruits durant les grandes arrestations consécutives l’Affaire Grandclément et que les documents aient disparu. Ce sont, sans doute, ces évènements spécialement dans les maquis du Vercors qui nargua l’occupant jusqu’en juillet 1944. Le Vercors avait été transformé en enclave avec approbation du Général de Gaulle en 1942. Cette stratégie de camp retranché ” une fausse bonne idée ” selon Henri Amouroux, se terminera en massacre, car le Vercors accueillit au moment du débarquement près de quatre mille combattants. Qui furent impitoyablement réduits par l’assaut déclenché par le Général Karl Pflaum et trois bataillons venus du Front de l’Est, le 21 juillet 1944. Mme Terrasson aurait exercé sa profession d’infirmière dans ces lieux et dans ces circonstances, échappant miraculeusement à la mort, ce qui lui aurait permis de rejoindre, toujours en tant qu’infirmière l’armée du Général Leclerc, jusqu’à sa percée en Allemagne.
Ce n’est que postérieurement à ces évènements dramatiques que Mme Terrasson se serait intéressée aux objets d’art, puisant dans cette activité des revenus suffisants pour constituer la belle collection qui est l’objet de l’Affaire des Notables.
Selon certaines sources, ses revenus ne serait pas entièrement en provenance de ces activités artistiques, mais auraient été confortés par des activités de passeuse de devises à la frontière suisse. Exacte ou inventée, cette précision apportée par plusieurs témoins éclaire d’un jour nouveau la personnalité de la vieille dame. Sa vie aventureuse ou héroïque explique, en tout cas, l’aversion qu’elle portait à sa famille d’origine, et, partant, probablement à ses neveux.” 

Ultime clin d’oeil, le 26 mai 2008, un exemplaire de Faux résistants et vrais coquins“ signé et dédicacé: “pour madame Jeannine Terrasson, cette plongée dans l’imposture, meilleur hommage” et de “La Croix de Lorraine qui tue signé et dédicacé: “Pour madame Jeannine Terrasson écrasons l’infâme“, par André Figueiras, ancien résistant devenu anti-gaulliste et proche des milieux d’extrême-droite, sont vendus sur ebay à “mickyfleurbleue”.

* Florence Mothe, ancienne critique musicale au journal Sud-Ouest, est aussi romancière, botaniste et présente, en sa chartreuse de Mongenan, une remarquable collection de faïences de Samadet.

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La légataire: Nicole Dumont

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

voyante.jpg En avril 2005, Nicole Dumont devient la légataire de Jeanine Terrasson qu’elle connaît depuis de très nombreuses années et dont elle est devenue très proche. L’auxiliaire de vie de la vieille dame, interrogée par Le Figaro, évoque des relations « grand-mère/petite fille ». En octobre 2005, les neveux de l’octogénaire réagissent et obtiennent qu’elle soit mise sous tutelle. Le Monde 03/02/2007 : « A l’automne 2005, FXB s’emploie avec Me Moulin-Boudard à faire lever la tutelle de Mme Terrasson. Ils y parviennent : en juin 2006, elle passe sous le régime, moins contraignant, de la curatelle renforcée. Exit Christophe Raillon, le tuteur désigné par la justice en octobre 2005. Celui-ci a des doutes, et porte plainte en juillet pour vol, avec constitution de partie civile. »

Les médias vont s’intéresser à la personnalité de Nicole Dumont : l’attachement dont elle témoigne envers Jeanine Terrasson est-il sincère ou intéressé ? Le 17 février 2007, Sud-Ouest la présente ainsi : « Discrète, effacée, cultivée : beaucoup décrivent ainsi Nicole Dumont. Difficile de cerner le personnage. Nicole Dumont, 52 ans, cartomancienne, est de toute évidence une femme discrète, voire effacée. Ceux qui la connaissent ou l’ont simplement « consultée » la décrivent ainsi. Et beaucoup ajoutent : « Gentille, douce, cultivée, s’exprimant bien, très attentive. » Quelques-uns de ces témoins ont pignon sur rue – antiquaires, par exemple. Mais la plupart sont des Bordelais lambda qui, de temps à autre, consultent des voyantes. Autrefois à Caudéran, rue des Orangers, Nicole Dumont avait une bonne clientèle. Maintenant aussi, rue Ferrère. Il n’est pas exclu que des personnalités bordelaises fréquentent son cabinet. En revanche, contrairement aux rumeurs, il ne semble pas que Nicole Dumont soit elle-même une véritable personnalité de la scène locale. À tel point que certains ont l’air presque vexés en avouant tout ignorer d’elle. « Je n’en ai jamais entendu parler », s’étonne par exemple un Bordelais, lui-même en revanche très connu et qui fréquente depuis plus de trente ans les milieux politiques, entre autres. « Moi non plus », ajoute une autre qui de par sa profession, notamment, connaît beaucoup de monde à Bordeaux. »

Et L’Express du 01/02/07 : « Nicole Dumont, une cartomancienne d’une cinquantaine d’années, est bien connue en ville. Plusieurs dizaines de Bordelais aisés prennent volontiers le chemin de son cabinet de la rue Ferrer, à quelques pas du Jardin public. Chaque jour, son portable retentit des multiples appels de ses clients. Certains refusent paraît-il de prendre la moindre décision sans lui en référer! Vive, séduisante, donnée comme particulièrement intuitive et de bon conseil, elle fut, murmure-t-on, la voyante attitrée de «Chaban» lui-même. Une réputation qui n’a pas dû nuire à ses affaires dans le quartier cossu des Chartrons. » 

Nicole Dumont est cartomancienne, autant dire que, dans l’esprit des journalistes de Sud-Ouest qui pensent tenir entre leurs mains le scandale de la décennie, c’est la sorcière de l’affaire Terrasson. Dans l’imaginaire collectif, il n’y a pas loin entre les réunions secrètes de notables et les messes noires et autres danses de Sabbat. Si les affaires d’Outreau ou Allègre nous renvoyaient à l’image terrifiante de Gilles de Rais, avec l’affaire Terrasson on est plus proche de la figure de Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, sage-femme de profession et accessoirement avorteuse initiée à la magie noire qui vécut au XVIIème siècle. Il se dit à l’époque que dans le jardin de sa maison, rue Beauregard à Paris, elle fit édifier un four pour y brûler 2 000 foetus et nouveau-nés sacrifiés lors de messes noires ; qu’elle fabriquait des aphrodisiaques et, surtout, que nombre de nobles dames venaient lui acheter ces poudres pour se faire aimer… ou ‘ pour éternuer une dernière fois… ‘ De fait, les noms cités lors de son procès figurent au gotha du Paris de l’époque : la duchesse de Bouillon, la duchesse de Vivonne, la comtesse de Soissons, la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, la maréchale de La Ferté. Mais surtout, comble du scandale : Mlle Desoeillets, demoiselle de compagnie de la Montespan, l’ancienne favorite du roi remplacée un temps par Mlle de Fontange, morte dans d’étranges circonstances… Aussitôt, le tribunal fait suspendre les séances publiques et la Voisin est envoyée au bûcher en 1680.

Le même sort attend-il Nicole Dumont ?

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