L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘détention provisoire’

La légataire: Nicole Dumont

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

voyante.jpg En avril 2005, Nicole Dumont devient la légataire de Jeanine Terrasson qu’elle connaît depuis de très nombreuses années et dont elle est devenue très proche. L’auxiliaire de vie de la vieille dame, interrogée par Le Figaro, évoque des relations « grand-mère/petite fille ». En octobre 2005, les neveux de l’octogénaire réagissent et obtiennent qu’elle soit mise sous tutelle. Le Monde 03/02/2007 : « A l’automne 2005, FXB s’emploie avec Me Moulin-Boudard à faire lever la tutelle de Mme Terrasson. Ils y parviennent : en juin 2006, elle passe sous le régime, moins contraignant, de la curatelle renforcée. Exit Christophe Raillon, le tuteur désigné par la justice en octobre 2005. Celui-ci a des doutes, et porte plainte en juillet pour vol, avec constitution de partie civile. »

Les médias vont s’intéresser à la personnalité de Nicole Dumont : l’attachement dont elle témoigne envers Jeanine Terrasson est-il sincère ou intéressé ? Le 17 février 2007, Sud-Ouest la présente ainsi : « Discrète, effacée, cultivée : beaucoup décrivent ainsi Nicole Dumont. Difficile de cerner le personnage. Nicole Dumont, 52 ans, cartomancienne, est de toute évidence une femme discrète, voire effacée. Ceux qui la connaissent ou l’ont simplement « consultée » la décrivent ainsi. Et beaucoup ajoutent : « Gentille, douce, cultivée, s’exprimant bien, très attentive. » Quelques-uns de ces témoins ont pignon sur rue – antiquaires, par exemple. Mais la plupart sont des Bordelais lambda qui, de temps à autre, consultent des voyantes. Autrefois à Caudéran, rue des Orangers, Nicole Dumont avait une bonne clientèle. Maintenant aussi, rue Ferrère. Il n’est pas exclu que des personnalités bordelaises fréquentent son cabinet. En revanche, contrairement aux rumeurs, il ne semble pas que Nicole Dumont soit elle-même une véritable personnalité de la scène locale. À tel point que certains ont l’air presque vexés en avouant tout ignorer d’elle. « Je n’en ai jamais entendu parler », s’étonne par exemple un Bordelais, lui-même en revanche très connu et qui fréquente depuis plus de trente ans les milieux politiques, entre autres. « Moi non plus », ajoute une autre qui de par sa profession, notamment, connaît beaucoup de monde à Bordeaux. »

Et L’Express du 01/02/07 : « Nicole Dumont, une cartomancienne d’une cinquantaine d’années, est bien connue en ville. Plusieurs dizaines de Bordelais aisés prennent volontiers le chemin de son cabinet de la rue Ferrer, à quelques pas du Jardin public. Chaque jour, son portable retentit des multiples appels de ses clients. Certains refusent paraît-il de prendre la moindre décision sans lui en référer! Vive, séduisante, donnée comme particulièrement intuitive et de bon conseil, elle fut, murmure-t-on, la voyante attitrée de «Chaban» lui-même. Une réputation qui n’a pas dû nuire à ses affaires dans le quartier cossu des Chartrons. » 

Nicole Dumont est cartomancienne, autant dire que, dans l’esprit des journalistes de Sud-Ouest qui pensent tenir entre leurs mains le scandale de la décennie, c’est la sorcière de l’affaire Terrasson. Dans l’imaginaire collectif, il n’y a pas loin entre les réunions secrètes de notables et les messes noires et autres danses de Sabbat. Si les affaires d’Outreau ou Allègre nous renvoyaient à l’image terrifiante de Gilles de Rais, avec l’affaire Terrasson on est plus proche de la figure de Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, sage-femme de profession et accessoirement avorteuse initiée à la magie noire qui vécut au XVIIème siècle. Il se dit à l’époque que dans le jardin de sa maison, rue Beauregard à Paris, elle fit édifier un four pour y brûler 2 000 foetus et nouveau-nés sacrifiés lors de messes noires ; qu’elle fabriquait des aphrodisiaques et, surtout, que nombre de nobles dames venaient lui acheter ces poudres pour se faire aimer… ou ‘ pour éternuer une dernière fois… ‘ De fait, les noms cités lors de son procès figurent au gotha du Paris de l’époque : la duchesse de Bouillon, la duchesse de Vivonne, la comtesse de Soissons, la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, la maréchale de La Ferté. Mais surtout, comble du scandale : Mlle Desoeillets, demoiselle de compagnie de la Montespan, l’ancienne favorite du roi remplacée un temps par Mlle de Fontange, morte dans d’étranges circonstances… Aussitôt, le tribunal fait suspendre les séances publiques et la Voisin est envoyée au bûcher en 1680.

Le même sort attend-il Nicole Dumont ?

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Le Directeur des Affaires Culturelles: Jean-François Lhérété

février 21, 2008 · 4 commentaires

jflh3.jpg Enarque, agrégé d’histoire, magistrat à la cour des comptes, ancien directeur du Crédit Lyonnais à Bordeaux, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La France en Recomposition ». Au moment où l’affaire éclate, il travaille sur le dossier de candidature de la Ville de Bordeaux au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui amènera Sud-Ouest à s’interroger sur les répercussions éventuellement néfastes de l’affaire Terrasson sur les chances de la ville. Les policiers de la DIPJ viendront l’interpeller à la Mairie de Bordeaux, le 22 janvier, pour sa mise garde à vue. La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux décide de le placer sous mandat de dépôt le 6 février 2007. Il sera remis en liberté le 15 mai 2007.

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Le banquier des pauvres: François-Xavier BORDEAUX

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

fxbjpeg.jpg L’Express du 01/02/2007 :  « Parmi elles, une personnalité de premier plan: François-Xavier Bordeaux, «FXB» pour les Bordelais. Cet homme de 58 ans, banquier de profession, est connu pour ses prises de position courageuses. Dans les années 1980, il a osé affronter le tout-puissant président du club de football local, les Girondins de Bordeaux, le sulfureux Claude Bez, pourtant soutenu par le maire de l’époque, Jacques Chaban-Delmas. Il lui est resté de ce combat une image de chevalier blanc, une réputation d’honnête homme, récemment confortées par son action en faveur de la mise en place d’une caisse destinée à aider à ceux qui ne peuvent obtenir de crédit. Le maire actuel, Alain Juppé, lui a même confié la création d’une sorte de laboratoire social dans la ville. Les policiers s’intéressent en fait à une autre facette des activités de «FXB». Depuis le printemps 2006, celui-ci ne cesse en effet de s’élever contre le système des tutelles, dont il dénonce le dysfonctionnement. Un nouveau combat qui, dit-il, lui a été inspiré par la détresse de Mme Terrasson, laissée à l’abandon, sans moyens financiers, alors qu’elle dispose de biens importants. A l’entendre, cette situation lui a été signalée par la confidente et amie de la vieille dame, Nicole Dumont. Et c’est ainsi qu’entre en scène un autre personnage de cette histoire: la voyante. »

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Les juges d’instruction et le parquet

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

palais.jpg D’abord seule, Sophie Pétriat est rejointe par un second juge d’instruction Jean-Louis Crozier. La magistrate semble convaincue par la thèse de l’action concertée de la part des notables pour s’approprier le patrimoine de Mme Terrasson. Elle demandera, avec l’appui du parquet, leur placement en détention provisoire.Me Martine Moulin-Boudard, inscrite au barreau de Bordeaux depuis 1971, élue depuis 1977, avocate de Jeanine Terrasson, échappe de peu à l’incarcération, contrairement à Nicole Dumont, François-Xavier Bordeaux, puis Jean-François Lhérété, contre versement d’une caution de 150.000 € et l’interdiction de quitter le territoire. Les conditions de leur détention à la maison d’arrêt de Gradignan sont particulièrement sévères : les notables sont mis à l’isolement et n’ont pas le droit de voir leur famille. 

Laurent Chabrun, dans l’Express du 26/04/2007, a interrogé l’épouse de François-Xavier Bordeaux qui dénonce l’acharnement dont fait alors l’objet son mari : «Je comprends qu’on cherche à démêler cette affaire, mais les moyens employés sont disproportionnés. Mon époux reste en détention alors que les cinq perquisitions menées dans nos domiciles de Paris et de Bordeaux, dans son bureau et dans un garage ont montré qu’il ne détenait ni meubles ni bijoux appartenant à Jeanine Terrasson. De plus, l’examen détaillé de nos comptes bancaires démontre qu’il n’a pas récupéré le moindre centime. Et puis, s’insurge-t-elle, pourquoi le maintenir à l’isolement et m’avoir interdite de visite pendant un mois ?»

François-Xavier Bordeaux, lui aussi, est particulièrement remonté. Il déclare sur France 3 le 17/02/2008 : - « Nicole Dumont (…) déclenche un cancer foudroyant en prison. La juge ne lui permet pas de se soigner. Elle est présumée innocente quand même ! On l’enferme en hôpital-prison…Il n’y a pas plus épouvantable comme régime ! Elle sort de prison, toujours présumée innocente. On lui interdit de rentrer chez elle et donc de reprendre son travail. Elle est assignée à résidence à 80 km de Bordeaux. Mais qu’est-ce que c’est que cette justice !? » 

Sur l’exigence de la fonction de magistrat instructeur, on se reportera au discours de Monsieur Renaud CHAZAL de MAURIAC (1), ancien Premier Président de la Cour d’appel de Paris, prononcé à l’occasion de la rentrée solennelle, le 23 novembre 2004 : « On attend beaucoup du juge d’instruction. Il doit rester un véritable investigateur et tenter d’apporter une réelle plus-value au dossier par rapport au travail réalisé par la police ou la gendarmerie. Il doit instruire à charge comme à décharge, ce qui n’est pas une démarche schizophrénique comme certains l’ont affirmé, mais simplement le respect de son obligation d’impartialité. Il doit respecter les droits de la défense et appliquer scrupuleusement les dispositions du code de procédure pénale. Aujourd’hui, une juste appréciation du coût économique des mesures qu’il ordonne lui est également demandée. Le délai de traitement des procédures est l’une des préoccupations majeures des victimes qui n’hésitent plus à le lui rappeler. Enfin, la discrétion et le respect du secret de l’instruction s’imposent à lui. C’est donc un métier particulièrement exigeant. Perçoit-on suffisamment le contexte psychologique dans lequel il doit parfois oeuvrer face à une pression qui, par médias interposés, s’exerce, selon le moment, dans le sens de la plus grande indulgence ou dans celui de l’extrême sévérité ? »

 

(1) Le même dans un entretien sur Mediapart, daté du 21/09/09, à propos du rapport de la commission Léger déclarait: 

«Il faut savoir que les chefs régionaux du parquet, c’est-à-dire les procureurs généraux, informent en permanence les services du ministre de la justice de l’évolution des affaires « signalées ». Au delà de la transmission de rapports, cela donne lieu, selon la nature des affaires et la personnalité du procureur général, à des échanges verbaux avec un chef de service de la « direction des affaires criminelles », le directeur lui-même ou un membre du cabinet du ministre. Cette osmose permanente entre le centre de décision local du parquet et les représentants de l’exécutif est la porte ouverte à d’éventuelles dérives. Cela ne signifie pas que celles-ci soient fréquentes. Souvent les échanges se limitent à des préoccupations techniques. Cependant, le seul fait que le  risque d’un dévoiement de tels échanges existe impose une véritable vigilance démocratique. 

Si la plupart des professionnels respectent une éthique, il reste indispensable de concevoir des institutions et des règles de procédure de nature à empêcher les risques de dérapage».

Catégories : justice
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