L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘enquête’

La rumeur se propage dans le quartier des Chartrons

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

balcon.jpg Sur les pas des policiers qui conduisent leur enquête de voisinage dans le quartier des Chartrons, le journal Sud-Ouest, en la personne de Jacky Sanudo, part à la rencontre des commerçants, et plus particulièrement des antiquaires.Le 18 février 2007, le journaliste peint un tableau inquiétant de la rue Notre-Dame : « Depuis quelques semaines, il ne se passe pas un jour sans que « l’affaire » soit évoquée, rompant avec la quiétude qui sied à l’antiquité achetée, déposée ou vendue. L’ambiance aurait inspiré Honoré de Balzac, Georges Simenon, Claude Chabrol ou Luis Buñuel. Dans le chuchotement prudent des pas de porte ou derrière les vitrines d’un autre temps, les « incroyable » devancent les « terrifiant ». » et semble visiblement satisfait de l’effet produit par les révélations fracassantes faites par son journal.

A l’instar d’Edgar Morin s’intéressant à la « rumeur d’Orléans », le journaliste sonde le quidam afin de mesurer « l’onde de choc » produite par l’affaire Terrasson sur les habitants du quartier et noter, le cas échéant, les dérapages langagiers éventuels. Un ébéniste admet sans détour qu’il a bien restauré beaucoup des meubles de Jeanine Terrasson. « Que du beau, du signé, dit-il. Personne ne pourrait les acheter ici. C’est du niveau Louvre dépassant le prix de 1 million d’euros. Elle connaissait son métier et aimait les belles choses (NDLR : Jeanine Terrasson a exercé, entre autres professions, celle de courtier en objets d’art). Elle était incollable sur la faïencerie et le mobilier d’époque qu’elle a achetés pendant de nombreuses années. » Lui ne cache pas son écoeurement. « Elle n’était pas crédule et personne n’aurait touché au moindre de ses bibelots. Tout était chez elle et dans son appartement de Paris jusqu’à ce qu’ils la dévalisent. Ils attendaient qu’elle meure, mais finalement n’ont pas eu la patience d’attendre et ont tenté de profiter de sa maladie d’Alzheimer. Tout a été dispersé et même Mme Terrasson ne sait pas où sont ses biens. »  

L’ébéniste n’est pas le seul à parler…Dans le quartier des Chartrons, les langues se délient et chacun y va de sa version des faits sur les agissements dont aurait été victime la malheureuse Jeanine Terrasson. Quelques-uns vont même se livrer à l’exercice à cœur joie, dès lors qu’ils peuvent s’abriter derrière un anonymat propice à toutes les dénonciations et dont les élans évoquent un passé de triste mémoire. Toujours dans l’article de Sud-Ouest du 18 mars 2007 : « Rodolphe, lui, consent son prénom. « Nous jubilons et prendrions mal que l’affaire soit étouffée. Un meuble, ça ne disparaît pas comme ça, contrairement à un bijou ou à un tableau que l’on peut recevoir en cadeau sans qu’il entre dans les droits de succession. Cette fois, ce ne sont pas les antiquaires qui sont raillés ou montrés du doigt. C’est l’occasion rêvée d’aller contre les idées reçues et dire combien il y a de gens honnêtes dans notre profession.» Heureusement, le journaliste sait aussi faire preuve d’autodérision : « Les policiers interrogent à tout-va les commerçants. Tel celui-ci qui a pour particularité de posséder un chien de la même race que celui de Jeanine Terrasson. Voilà qui est suffisant pour ne pas échapper à un questionnement en règle. »

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Les premiers doutes

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Ils commencent à prendre corps dans l’esprit des chroniqueurs de l’affaire Terrasson avec la parution d’un article du Figaro publié le 29 mars 2007 intitulé : « Affaire Terrasson : la vieille dame accusée de spoliation » : « L’AFFAIRE des notables bordelais », impliquant des personnalités politiques locales, se transformera-t-elle en une histoire d’arroseur arrosé ? Au coeur du dossier, Jeanine Terrasson, 84 ans, atteinte par la maladie d’Alzheimer et victime d’une spoliation présumée, s’est vue accuser d’avoir elle-même abusé de la générosité d’un proche. En 2000, Sylviane Laporte, fille d’un médecin bordelais, porte plainte contre X pour détournement d’hé-ritage. Elle dénonce une obstruction à la tutelle de son père, mort en 1999. La cible de la plainte n’est autre que Jeanine Terrasson. Selon la plaignante, défendue par Me Thibault de Montbrial, elle aurait entretenu une relation intime avec le Dr Laporte pendant plusieurs décennies. Au fil des ans, l’affaire a connu de multiples vicissitudes : nomination de plusieurs magistrats instructeurs, non-lieu contesté et attaqué par la plaignante.  Au-delà du contentieux familial, l’anecdote n’est peut-être pas sans intérêt pour « l’affaire des notables » et pour les mis en examen, François-Xavier Bordeaux, Nicole Dumont, Jean-François Lhérété et Martine Moulin-Boudard. Elle pose la question des origines de la fortune de l’octogénaire et de sa personnalité. Son avocate n’a pas souhaité répondre aux questions du Figaro. Ironique, une source proche du dossier va jusqu’à affirmer que « si les magistrats avaient fait leur travail en 2000, il n’y aurait jamais eu d’enjeu financier à l’affaire Terrasson de 2007 ». 

Autre histoire d’arroseur arrosé, le même article ajoute que « Les mis en cause s’efforcent par tous les moyens de salir les personnes qui les accusent, comme Mme Terrasson », déplore-t-on de source proche de l’enquête. » On se frotte les yeux pour s’assurer qu’on a bien lu : les notables sont cette fois accusés par les enquêteurs de vouloir salir les personnes qui les accusent, en y mêlant d’ailleurs abusivement Jeanine Terrasson, alors qu’ils sont incarcérés et que leurs défenseurs tentent de dénoncer les incohérences des charges sur la base desquelles ils sont poursuivis ! 

Une curieuse audition : Le voyeurisme journalistique atteint son acmé avec la publication dans la presse d’extraits de la déposition de la vieille dame. Sud-Ouest, le 28 mars 2007, nous rapporte en effet que la juge d’instruction a entendu Jeanine Terrasson afin de lui présenter le testament faisant de Nicole Dumont sa légataire universelle : « Jeanine Terrasson a, quant à elle, été auditionnée par le magistrat instructeur, à son domicile, en présence de son tuteur et de son avocate. Atteinte par la maladie d’Alzheimer depuis 2004, ses déclarations sont sujettes à caution. Ainsi, à la question : « En quelle année sommes-nous? », la vielle dame a répondu : « En 1982 ». Quand la juge lui a présenté un exemplaire du testament, elle s’est emportée et l’a aussitôt déchiré. » Pour une fois, Sud-Ouest fait preuve de mesure en comparaison du journal Le Monde qui se laisse aller aux citations suivantes dans l’article du 15/03/2007 qu’il consacre à l’affaire : « S’il y a des testaments, c’est pas moi qui les ai rédigés. S’il y a ma signature, elle est contrefaite”, s’est-elle emportée en déchirant la copie que la juge lui a présentée. Accusant Nicole Dumont d’être” une voleuse et une menteuse” – “c’est une horreur cette femme, je demande qu’on la foute en taule”, s’énerve-t’elle dans sa déposition-, Mme Terrasson se souvient que Mme Moulin-Boudard est son avocate “depuis deux mois”, mais ne sait pas si elle l’a choisie ou si quelqu’un l’a fait pour elle. Un mois auparavant, le 26 janvier, Mme Terrasson avait été auditionnée par la juge des tutelles Anne-Marie Pouch. Elle s’en était alors prise à ses neveux – Mme Terrasson n’a pas d’enfant – auxquels elle reproche de n’en vouloir qu’à ses biens. “Je ne veux jamais les revoir. Ils sont intéressés par ce que j’ai dans les mains et que j’ai gagné toute seule” avait-elle lancé.» On ne peut que s’interroger sur l’intérêt de ce spectacle impudique.

Les doutes s’épaississent autour de la culpabilité présumée des notables. Mais l’enquête n’est pas terminée et doit encore nourrir pour plusieurs mois les pages « faits divers » du journal Sud-Ouest. Les enquêteurs fondent désormais leurs espoirs sur les investigations qu’ils doivent mener en Suisse, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires et où les mis en examen se seraient rendus à plusieurs reprises. 

Sud-Ouest du 28 mars 2007 : « Dans les semaines à venir, vraisemblablement fin avril, les enquêteurs vont se rendre à Genève, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires. Ils vont procéder à diverses vérifications avec l’assistance de policiers suisses dans le cadre d’une commission rogatoire internationale. Les mis en examen sont en effet soupçonnés d’avoir effectué deux ou trois retraits. » 

D’après El Périodico Catalan du 21 février 2007 : « La vident i el seu amant viatgen també a Suïssa, acompanyats per Jean-François Lhérété, director d’assumptes culturals de l’ajuntament i un dels amics a casa del qual han anat a parar mobles de la dona. Dels comptes de Suïssa retiren almenys 100.000 euros per finançar, segons la seva versió, les despeses de l’apartament i d’una infermera de Jeanine. » 

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Les enquêteurs

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

ecoutesjpeg.jpg Ils sont tenus au secret de l’enquête et de l’instruction : article 11 du nouveau code de procédure pénale. « Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction est secrète.Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines des articles 226-13 et 226-14 du Code pénal. » Or les prévenus ont tous été surpris de constater que, au cours des 48 heures de leur garde à vue, le téléphone sonnait toutes les demi-heures : les journaux appelaient régulièrement afin d’être tenus informés des éventuelles révélations faites par les « notables », tantôt interrogés par les enquêteurs, tantôt s’accordant un peu de repos sur les bas-flans des locaux de la DIPJ. Le nombre d’enquêteurs mobilisés sur cette affaire est particulièrement important : François-Xavier BORDEAUX parle d’une quinzaine de policiers et évoque des moyens habituellement affectés à la lutte contre le grand banditisme. 3.622 communications téléphoniques vont être interceptées entre novembre 2006 et janvier 2007, et de nombreuses filatures seront conduites. Pourquoi une telle mobilisation autour de ce qui n’est pas encore l’affaire Terrasson ? 

On citera la Gazette du Pays du 22 février 2007 : « La tension est extrême entre la garde rapprochée d’Alain Juppé et le Directeur Départemental de la Sécurité Publique , M. Albert Doutre, qui devait pourtant sa nomination à Bordeaux en mars 2005 aux excellentes relations d’Hugues Martin avec le Ministre de l’Intérieur de l’époque, M. de Villepin. »

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La piste suisse

février 21, 2008 · Un commentaire

copie-de-suisse.jpg En fin d’année 2007, le journal Sud-Ouest fait paraître un article intitulé « Le Magot Suisse de Tonton Bistouri ». On est donc passé irrésistiblement, dans le domaine de la titraille racoleuse, du registre de Chabrol à celui d’Audiard. Il y est de nouveau question de l’origine présumée de la fortune de Mme Terrasson. Mais surtout il y est fait allusion, pour la première fois dans le détail, à l’affaire de faux en écriture dont s’était emparée Me Moulin-Boudard en 2005 à la demande de sa cliente, Jeanine Terrasson. Un faux en écriture grâce auquel une employée de la banque suisse où Mme Terrasson avait placé son argent, Florence Costa, serait parvenue à détourner à son profit plus d’un million d’euros. 

Florence Costa est donc, à son tour, placée en garde à vue afin de s’expliquer sur ces mouvements de fonds.

Le journal Sud-Ouest a bénéficié en avant-première du résultat des auditions conduites par les policiers à Annecy en juin 2007. En voici le contenu, toujours sous le couvert du secret de l’instruction puisqu’il s’agit du résumé des procès-verbaux de la police judiciaire :

 « Au milieu des années 80, lors d’un séjour à Genève, Jeanine Terrasson avait fait la connaissance d’un couple de commerçants : les époux Costa. Ils tenaient une bijouterie et un magasin de linge de maison. Progressivement, ils avaient sympathisé. Au point de se fréquenter et nouer des relations d’amitié.À la fin des années 90, sentant le poids des ans, Jeanine Terrasson avait recruté l’époux comme chauffeur. Elle le rémunérait à la course. Il l’accompagnait dans ses nombreux voyages en Charente, à Biarritz et au Pays Basque. À cette époque aussi, Jeanine Terrasson s’était rapprochée de leur fille, Florence, employée dans une banque genevoise. Selon la famille Costa, la vieille dame lui avait promis de lui donner son appartement parisien.

Mouvements de fonds. La police judiciaire a longuement entendu les différents membres de la famille Costa. Tous ont été interrogés sur cette somme d’un million d’euros qui a rebondi de compte en compte et de banque en banque, effectuant même un curieux détour par le paradis fiscal des Bahamas.
Initialement placé sur un compte détenu par Jeanine Terrasson, elle a été ensuite virée sur un compte ouvert aux noms de la vieille dame et de Florence Costa. Avant de filer vers l’Union des banques suisses mais, cette fois-ci, sur un compte propriété de la seule Florence Costa.
Cette dernière, lors de son audition par les enquêteurs, a expliqué qu’il s’agissait d’un legs bien qu’il n’ait pas été officiellement enregistré par un notaire.

Consentement ou non. Selon Florence Costa, Jeanine Terrasson aurait agi de la sorte de façon à ce que cet argent ne puisse profiter à ses deux neveux, ses seuls héritiers, avec qui elle était brouillée. En 2003, c’est un écrit rédigé par Florence Costa et signé par Jeanine Terrasson qui a permis à la première de devenir l’unique ayant droit de ce fameux million. Les parents de Florence Costa, ont bénéficié ensuite d’une partie de ces fonds qui ont notamment servi à l’acquisition d’une résidence secondaire dans l’Hérault. « Mon mari m’avait dit avoir récupéré 500 000 euros de Florence. Ils étaient destinés à compenser les services rendus à la vieille dame et les morsures de son chien », a d’ailleurs expliqué, sans autre forme de procès, Catherine Costa aux policiers bordelais.
Les relations entre Jeanine Terrasson et les Costa ont cessé peu après le « legs ». Lors de leurs auditions, les membres de la famille ont décrit leur bienfaitrice comme « une manipulatrice » qui promettait « monts et merveilles » mais ne pensait « qu’à les utiliser ». À leurs dires, la rupture des relations s’expliquerait par leur refus de l’emmener en vacances avec eux au Maroc, Jeanine Terrasson l’ayant fort mal pris.

Atteinte de la maladie d’Alzheimer, Jeanine Terrasson, aujourd’hui âgée de 84 ans, n’est plus en mesure de donner son sentiment. Il appartient désormais à la justice d’apprécier si la vieille dame a donné, à l’époque, ce million d’euros en pleine connaissance de cause ou si sa confiance a été abusée. » 

Détail hallucinant : après avoir avoué aux policiers, au cours de sa garde à vue, qu’elle avait reçu de Jeanine Terrasson la somme de 1.000.000 euros, dans des conditions plus que douteuses, Florence COSTA est remise en liberté et ne fait l’objet d’aucune poursuite. 

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Une affaire qui fait pschiiiiit ?

janvier 8, 2008 · Laisser un commentaire

copie-de-prison.jpg L’instruction est, rappelons-le, toujours en cours. Les découvertes faites par les enquêteurs s’étant systématiquement retrouvées à très brève échéance dans les pages de Sud-Ouest, la très grande parcimonie avec laquelle ce quotidien a fait paraître ces huit derniers mois des articles sur l’affaire Terrasson laisse à penser que l’enquête n’a pas beaucoup progressé. Les découvertes attendues des investigations policières en Suisse afin de vérifier si les comptes en banques de Mme Terrasson ont fait l’objet ou non de prélèvements par Nicole Dumont, qui avait reçu procuration de la vieille dame, ont-elles été au rendez-vous ? La presse locale, habituellement informée des avancées des enquêteurs ne s’en est, jusqu’à présent, pas fait l’écho. 

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