L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘le figaro’

La curée médiatique: de Libé au Figaro

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

mairiejpeg.jpg A quelques mois des élections présidentielle et législatives, la nouvelle de cette affaire visant des proches d’Alain Juppé ne tarde pas à être relayée par tous les médias nationaux. Martine Moulin-Boudard a même droit à sa photo au journal de 20h de TF1 et aux commentaires satyriques de l’équipe de Laurent Ruquier [connu, par ailleurs, pour ses hilarantes épitaphes ante mortem], lors de son émission « On a tout essayé ».  D’abord incrédule, Le Monde consacre un article à l’affaire le 03/02/2007 intitulé « l’argent de la vieille dame ». En manque d’inspiration L’Express titre le 01/02/2007 sur « la vieille dame, la voyante et les notables ». Tout aussi peu en verve, Libération titre le 25/01/2007 sur « la vieille dame riche, les notables et la cartomancienne », mais comme c’est le festival de la BD d’Angoulême, l’article est illustré par un dessin évocateur représentant quatre loups sur le point de dévorer l’octogénaire utilisée comme appât. C’est bien la métaphore de la bête carnassière qui est filée…Lorsque l’on a cela sous les yeux, on se demande ce qu’a bien pu voir, lire, comprendre l’avocat général Yves Lernout pour cautionner devant la chambre de l’instruction, le 20 décembre 2007, ces tombereaux de calomnies au nom de ”l’utilité du débat“.

En véritable orpailleur du fait divers scabreux, Le Parisien sait quant à lui exploiter le filon jusqu’à la dernière pépite. Les titres s’enchaînent à une cadence syncopée afin de tenir le lecteur en haleine : « La riche Bordelaise accuse les notables ; Le procureur veut incarcérer une adjointe d’Alain Juppé ; Les neveux de la victime veulent être entendus ; Comment les notables ont dépossédé la vieille dame riche ; Un notable bordelais et une voyante en détention ; Les biens de la vieille dame ont été éparpillés ; Le fabuleux trésor de la vieille dame spoliée ; Trois notables bordelais et une voyante en garde à vue ; Un directeur de la mairie de Bordeaux placé en détention ; Des écoutes « édifiantes » …

Claude Cabanes, dans son éditorial de l’Humanité du 27/01/07, danse à son tour sur l’air envoûtant du joueur de pipeau : ” Mais on peut imaginer que ces personnages investis de responsabilités publiques n’étaient pas, comme d’autres, économes de conseils de moralité vantant l’honnêteté, le respect, le mérité et l’esprit républicain. Donc, rien qu’un fait divers: et pourtant quel coup de projecteur sur la décomposition au travail sur les hauteurs de notre société ! Le proverbe est bien connu: le poisson pourrit par la tête…” Certes, Monsieur Cabannes, c’est bien à une inéxorable décomposition que nous sommes en train d’assister: celle d’une presse écrite intègre et indépendante, soucieuse de vérifier ses sources et de recouper les informations qu’elle donne à ses lecteurs, prônant le journalisme d’investigation plutôt que la collation de dépêches AFP mises à la sauce du jour et respectueuse de la présomption d’innocence due à tout justiciable.

Au final, l’ensemble de la presse écrite nationale et même francophone, va s’emparer de l’Affaire Terrasson, à l’exception notable de Marianne. Enfin, un bimensuel local, la Gazette du Pays, dont la parution semble aujourd’hui interrompue, s’intéresse également à l’affaire. Les deux articles signés de Nathalie Mayer alias Florence Mothe qu’il consacre à l’affaire Terrasson nous paraissent intéressants en ce qu’ils révèlent de façon très crue le niveau d’informations auquel pouvaient accéder les journalistes désireux de faire un papier sur le scandale bordelais. Les sources étaient de deux ordres : les enquêteurs et le poissonnier du cours Portal, Jean-Marie Trassy. 

Le meilleur pour la fin : le journaliste du Point, qui n’a manifestement pas compris grand chose à l’affaire Terrasson, écrit, sans crainte du ridicule, dans un article publié le 05/04/2007 : « L’affaire pourrait en cacher une autre. Alors que plusieurs personnalités bordelaises sont mises en examen et détenues sous le soupçon d’avoir abusé de la faiblesse de Jeanine Terrasson, riche octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, la vieille dame est à son tour montrée du doigt dans une autre procédure : l’enquête, ouverte depuis 2000, vise le détournement de l’héritage de Fernand Laporte, chirurgien girondin mort en 1999 et qui avait fait fortune dans l’immobilier sur le bassin d’Arcachon. Ce deuxième dossier fait apparaître que plusieurs proches se seraient concertés pour paralyser la mise sous curatelle du mandarin, qui entretenait des liens intimes avec Jeanine Terrasson. Plusieurs millions d’euros auraient été détournés par des méthodes allant du chèque au porteur aux circuits financiers offshore. La jonction des deux affaires pourrait dévoiler l’existence d’un réseau spécialisé dans la spoliation de riches retraités et dans l’évasion fiscale, puisque des capitaux semblent avoir été transférés en Suisse. » 

Et voilà notre quarteron de « notables » bordelais promu à la tête d’un réseau de grand banditisme recherché par Interpol et fiché par Tracfin, nouveau gang de détrousseurs de millionnaires cacochymes aux nombreuses ramifications internationales, à côté duquel les mafias russes et albanaises font l’effet d’amateurs aux petits pieds ! On en rirait volontiers si les conséquences n’étaient aussi graves… 

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , ,

Les premiers doutes

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Ils commencent à prendre corps dans l’esprit des chroniqueurs de l’affaire Terrasson avec la parution d’un article du Figaro publié le 29 mars 2007 intitulé : « Affaire Terrasson : la vieille dame accusée de spoliation » : « L’AFFAIRE des notables bordelais », impliquant des personnalités politiques locales, se transformera-t-elle en une histoire d’arroseur arrosé ? Au coeur du dossier, Jeanine Terrasson, 84 ans, atteinte par la maladie d’Alzheimer et victime d’une spoliation présumée, s’est vue accuser d’avoir elle-même abusé de la générosité d’un proche. En 2000, Sylviane Laporte, fille d’un médecin bordelais, porte plainte contre X pour détournement d’hé-ritage. Elle dénonce une obstruction à la tutelle de son père, mort en 1999. La cible de la plainte n’est autre que Jeanine Terrasson. Selon la plaignante, défendue par Me Thibault de Montbrial, elle aurait entretenu une relation intime avec le Dr Laporte pendant plusieurs décennies. Au fil des ans, l’affaire a connu de multiples vicissitudes : nomination de plusieurs magistrats instructeurs, non-lieu contesté et attaqué par la plaignante.  Au-delà du contentieux familial, l’anecdote n’est peut-être pas sans intérêt pour « l’affaire des notables » et pour les mis en examen, François-Xavier Bordeaux, Nicole Dumont, Jean-François Lhérété et Martine Moulin-Boudard. Elle pose la question des origines de la fortune de l’octogénaire et de sa personnalité. Son avocate n’a pas souhaité répondre aux questions du Figaro. Ironique, une source proche du dossier va jusqu’à affirmer que « si les magistrats avaient fait leur travail en 2000, il n’y aurait jamais eu d’enjeu financier à l’affaire Terrasson de 2007 ». 

Autre histoire d’arroseur arrosé, le même article ajoute que « Les mis en cause s’efforcent par tous les moyens de salir les personnes qui les accusent, comme Mme Terrasson », déplore-t-on de source proche de l’enquête. » On se frotte les yeux pour s’assurer qu’on a bien lu : les notables sont cette fois accusés par les enquêteurs de vouloir salir les personnes qui les accusent, en y mêlant d’ailleurs abusivement Jeanine Terrasson, alors qu’ils sont incarcérés et que leurs défenseurs tentent de dénoncer les incohérences des charges sur la base desquelles ils sont poursuivis ! 

Une curieuse audition : Le voyeurisme journalistique atteint son acmé avec la publication dans la presse d’extraits de la déposition de la vieille dame. Sud-Ouest, le 28 mars 2007, nous rapporte en effet que la juge d’instruction a entendu Jeanine Terrasson afin de lui présenter le testament faisant de Nicole Dumont sa légataire universelle : « Jeanine Terrasson a, quant à elle, été auditionnée par le magistrat instructeur, à son domicile, en présence de son tuteur et de son avocate. Atteinte par la maladie d’Alzheimer depuis 2004, ses déclarations sont sujettes à caution. Ainsi, à la question : « En quelle année sommes-nous? », la vielle dame a répondu : « En 1982 ». Quand la juge lui a présenté un exemplaire du testament, elle s’est emportée et l’a aussitôt déchiré. » Pour une fois, Sud-Ouest fait preuve de mesure en comparaison du journal Le Monde qui se laisse aller aux citations suivantes dans l’article du 15/03/2007 qu’il consacre à l’affaire : « S’il y a des testaments, c’est pas moi qui les ai rédigés. S’il y a ma signature, elle est contrefaite”, s’est-elle emportée en déchirant la copie que la juge lui a présentée. Accusant Nicole Dumont d’être” une voleuse et une menteuse” – “c’est une horreur cette femme, je demande qu’on la foute en taule”, s’énerve-t’elle dans sa déposition-, Mme Terrasson se souvient que Mme Moulin-Boudard est son avocate “depuis deux mois”, mais ne sait pas si elle l’a choisie ou si quelqu’un l’a fait pour elle. Un mois auparavant, le 26 janvier, Mme Terrasson avait été auditionnée par la juge des tutelles Anne-Marie Pouch. Elle s’en était alors prise à ses neveux – Mme Terrasson n’a pas d’enfant – auxquels elle reproche de n’en vouloir qu’à ses biens. “Je ne veux jamais les revoir. Ils sont intéressés par ce que j’ai dans les mains et que j’ai gagné toute seule” avait-elle lancé.» On ne peut que s’interroger sur l’intérêt de ce spectacle impudique.

Les doutes s’épaississent autour de la culpabilité présumée des notables. Mais l’enquête n’est pas terminée et doit encore nourrir pour plusieurs mois les pages « faits divers » du journal Sud-Ouest. Les enquêteurs fondent désormais leurs espoirs sur les investigations qu’ils doivent mener en Suisse, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires et où les mis en examen se seraient rendus à plusieurs reprises. 

Sud-Ouest du 28 mars 2007 : « Dans les semaines à venir, vraisemblablement fin avril, les enquêteurs vont se rendre à Genève, où Mme Terrasson dispose de plusieurs comptes bancaires. Ils vont procéder à diverses vérifications avec l’assistance de policiers suisses dans le cadre d’une commission rogatoire internationale. Les mis en examen sont en effet soupçonnés d’avoir effectué deux ou trois retraits. » 

D’après El Périodico Catalan du 21 février 2007 : « La vident i el seu amant viatgen també a Suïssa, acompanyats per Jean-François Lhérété, director d’assumptes culturals de l’ajuntament i un dels amics a casa del qual han anat a parar mobles de la dona. Dels comptes de Suïssa retiren almenys 100.000 euros per finançar, segons la seva versió, les despeses de l’apartament i d’una infermera de Jeanine. » 

Catégories : Uncategorized
Tagué : , , , ,