L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘moulin-boudard’

L’avocate Martine Moulin-Boudard

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

mmb.jpg Elle est l’avocate de Jeanine Terrasson. Ce n’est pourtant pas cette qualité qui intéresse les médias, qui voient d’abord en elle l’adjointe au Maire d’Alain Juppé. Son rôle principal dans le dossier, et qui lui a attiré l’ire de la justice, est d’avoir obtenu en juin 2006 la levée de la tutelle que Jeanine Terrasson s’était vue imposer à la demande de ses neveux, au profit d’une curatelle renforcée. Un mois plus tard, le tuteur évincé déposait plainte contre X pour “vol et abus de faiblesse”, plainte qui allait mettre en branle la machine judiciaire. Conseillère Municipale de la Ville de Bordeaux depuis 1977, elle est en charge, au moment où l’affaire Terrasson éclate, de la candidature de Bordeaux au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, dossier qui l’accapare depuis plusieurs mois.

Le 29 janvier 2007, alors qu’elle sort profondément choquée et atterrée de 48 heures de garde à vue, plus d’une dizaine d’heures au cours desquelles elle a bataillé avec ses avocats devant le juge des libertés pour échapper à l’infamie d’une mise sous écrou requise par le parquet [Marion Guillot, pour 20 Minutes, ira jusqu'à écrire que : "selon nos informations, Martine Moulin-Boudard aurait évité l'incarcération en s'engageant à démissionner de ses fonctions d'avocate et d'élue." assertion parfaitement inepte reflétant assez fidèlement le niveau des étudiants formés aujourd'hui par les IUT de journalisme], et tandis qu’elle prend peu à peu conscience de la catastrophe qui vient de s’abattre sur elle, Mme Moulin-Boudard renonce à se rendre à la séance du Conseil Municipal qui se tient ce jour là.

Au Palais Rohan, une foule de curieux, ameutés par les articles de Sud-Ouest parus la semaine précédente, se pressent dans les travées de la salle du conseil réservées au public, jouant du coude pour avoir la meilleure place au Barnum. Les médias sont évidemment également au rendez-vous. La déception est donc énorme lorsqu’on constate que le fauteuil de l’élue en charge de la valorisation du patrimoine, à l’extrêmité de la tribune réservée au Maire et à ses adjoints, est vide. Le spectacle annoncé d’une femme agonie d’opprobres par la férocité d’une presse avide de mettre en pièces son honneur et sa réputation, n’aura pas lieu. La populace aura tout de même droit à un interlude récréatif animé par l’élu de service du front national, intitulé « la-mairie-de-Bordeaux-annexe-de-la-salle-des-pas-perdus-du-palais-de-justice », sur l’air bien connu du « tous pourris » qui est le fonds de commerce depuis plus de soixante dix ans de cette droite xénophobe et anti-républicaine.

Dignement, Alain Juppé, après une suspension de séance au cours de laquelle il s’assure que la démarche de l’élu lepéniste reste isolée, fait la lecture de l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :”Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées”.

Enfin, le silence du Barreau de Bordeaux est assourdissant.

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La curée médiatique: de Libé au Figaro

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

mairiejpeg.jpg A quelques mois des élections présidentielle et législatives, la nouvelle de cette affaire visant des proches d’Alain Juppé ne tarde pas à être relayée par tous les médias nationaux. Martine Moulin-Boudard a même droit à sa photo au journal de 20h de TF1 et aux commentaires satyriques de l’équipe de Laurent Ruquier [connu, par ailleurs, pour ses hilarantes épitaphes ante mortem], lors de son émission « On a tout essayé ».  D’abord incrédule, Le Monde consacre un article à l’affaire le 03/02/2007 intitulé « l’argent de la vieille dame ». En manque d’inspiration L’Express titre le 01/02/2007 sur « la vieille dame, la voyante et les notables ». Tout aussi peu en verve, Libération titre le 25/01/2007 sur « la vieille dame riche, les notables et la cartomancienne », mais comme c’est le festival de la BD d’Angoulême, l’article est illustré par un dessin évocateur représentant quatre loups sur le point de dévorer l’octogénaire utilisée comme appât. C’est bien la métaphore de la bête carnassière qui est filée…Lorsque l’on a cela sous les yeux, on se demande ce qu’a bien pu voir, lire, comprendre l’avocat général Yves Lernout pour cautionner devant la chambre de l’instruction, le 20 décembre 2007, ces tombereaux de calomnies au nom de ”l’utilité du débat“.

En véritable orpailleur du fait divers scabreux, Le Parisien sait quant à lui exploiter le filon jusqu’à la dernière pépite. Les titres s’enchaînent à une cadence syncopée afin de tenir le lecteur en haleine : « La riche Bordelaise accuse les notables ; Le procureur veut incarcérer une adjointe d’Alain Juppé ; Les neveux de la victime veulent être entendus ; Comment les notables ont dépossédé la vieille dame riche ; Un notable bordelais et une voyante en détention ; Les biens de la vieille dame ont été éparpillés ; Le fabuleux trésor de la vieille dame spoliée ; Trois notables bordelais et une voyante en garde à vue ; Un directeur de la mairie de Bordeaux placé en détention ; Des écoutes « édifiantes » …

Claude Cabanes, dans son éditorial de l’Humanité du 27/01/07, danse à son tour sur l’air envoûtant du joueur de pipeau : ” Mais on peut imaginer que ces personnages investis de responsabilités publiques n’étaient pas, comme d’autres, économes de conseils de moralité vantant l’honnêteté, le respect, le mérité et l’esprit républicain. Donc, rien qu’un fait divers: et pourtant quel coup de projecteur sur la décomposition au travail sur les hauteurs de notre société ! Le proverbe est bien connu: le poisson pourrit par la tête…” Certes, Monsieur Cabannes, c’est bien à une inéxorable décomposition que nous sommes en train d’assister: celle d’une presse écrite intègre et indépendante, soucieuse de vérifier ses sources et de recouper les informations qu’elle donne à ses lecteurs, prônant le journalisme d’investigation plutôt que la collation de dépêches AFP mises à la sauce du jour et respectueuse de la présomption d’innocence due à tout justiciable.

Au final, l’ensemble de la presse écrite nationale et même francophone, va s’emparer de l’Affaire Terrasson, à l’exception notable de Marianne. Enfin, un bimensuel local, la Gazette du Pays, dont la parution semble aujourd’hui interrompue, s’intéresse également à l’affaire. Les deux articles signés de Nathalie Mayer alias Florence Mothe qu’il consacre à l’affaire Terrasson nous paraissent intéressants en ce qu’ils révèlent de façon très crue le niveau d’informations auquel pouvaient accéder les journalistes désireux de faire un papier sur le scandale bordelais. Les sources étaient de deux ordres : les enquêteurs et le poissonnier du cours Portal, Jean-Marie Trassy. 

Le meilleur pour la fin : le journaliste du Point, qui n’a manifestement pas compris grand chose à l’affaire Terrasson, écrit, sans crainte du ridicule, dans un article publié le 05/04/2007 : « L’affaire pourrait en cacher une autre. Alors que plusieurs personnalités bordelaises sont mises en examen et détenues sous le soupçon d’avoir abusé de la faiblesse de Jeanine Terrasson, riche octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, la vieille dame est à son tour montrée du doigt dans une autre procédure : l’enquête, ouverte depuis 2000, vise le détournement de l’héritage de Fernand Laporte, chirurgien girondin mort en 1999 et qui avait fait fortune dans l’immobilier sur le bassin d’Arcachon. Ce deuxième dossier fait apparaître que plusieurs proches se seraient concertés pour paralyser la mise sous curatelle du mandarin, qui entretenait des liens intimes avec Jeanine Terrasson. Plusieurs millions d’euros auraient été détournés par des méthodes allant du chèque au porteur aux circuits financiers offshore. La jonction des deux affaires pourrait dévoiler l’existence d’un réseau spécialisé dans la spoliation de riches retraités et dans l’évasion fiscale, puisque des capitaux semblent avoir été transférés en Suisse. » 

Et voilà notre quarteron de « notables » bordelais promu à la tête d’un réseau de grand banditisme recherché par Interpol et fiché par Tracfin, nouveau gang de détrousseurs de millionnaires cacochymes aux nombreuses ramifications internationales, à côté duquel les mafias russes et albanaises font l’effet d’amateurs aux petits pieds ! On en rirait volontiers si les conséquences n’étaient aussi graves… 

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La contre-attaque des notables

janvier 7, 2008 · Laisser un commentaire

 Le jeudi 20 décembre, les avocats des mis en examen demandent à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Bordeaux l’annulation de toute la procédure pour violation du secret de l’instruction qui a vicié la procédure et porté atteinte à la présomption d’annonce en pointant du doigt les enquêteurs de la Direction Interrégionale de la Police Judiciaire. La décision est mise en délibéré au 20 mars 2008. Le journal 20 Minutes du 21 décembre 2007 réussit ce très osé « retour à l’envoyeur » en titrant : « Un bouc émissaire dans l’affaire Terrasson. Les avocats des notables veulent annuler la procédure qu’ils jugent viciée par l’écho médiatique. » Là encore, on doit relire à haute voix l’accroche de ce brûlot pour s’assurer qu’on a bien compris. Les boucs émissaires de l’affaire Terrasson, selon 20 Minutes, ce sont donc les médias eux-mêmes ! Le procès médiatique orchestré dans l’affaire Terrasson comme ce fut le cas dans l’affaire Alègre à l’encontre de Dominique Baudis est à ce point entré dans les mœurs journalistiques que 20 minutes peut désigner les médias, sans craindre l’indécence, comme les victimes des notables…

Puis, en début d’année 2008, se fondant sur la nouvelle règle du code de procédure pénale prévue à l’article 80-1-1 les avocats de Maître Martine Moulin-Boudard demandent sa démise en examen, ce qui revient à solliciter auprès du juge de l’instruction de lui octroyer le statut de témoin assisté.  Enfin dans l’Express du 14/02/2008, François-Xavier BORDEAUX déclare avoir fait l’objet d’un règlement de comptes politique qui lui ont valu quatre mois de détention provisoire et un lynchage médiatique dont le but était de le « tuer » socialement et politiquement.

Mais aucun argument ne semble pouvoir ébranler les certitudes du président de la chambre de l’instruction Christian Pers.

L’ensemble des recours formés par les avocats des notables devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux sont rejetés en mars 2008.

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