- Time shall unfold what plighted cunning hides:
- Who cover faults, at last shame them derides.
WILLIAM SHAKESPEARE, Le Roi Lear
Dire qu’il a été secoué par l’affaire Terrasson serait un euphémisme. Avec l’incarcération de François-Xavier BORDEAUX, ce sont les dernières années de Jacques CHABAN-DELMAS à la Mairie de Bordeaux, les affaires du Club des Girondins et de son sulfureux président Claude BEZ, ou de la S.B.R.U. qui refont brutalement surface. Les témoins de cette époque siègent encore au Conseil Municipal : Hugues Martin n’était-il pas Maire de Bordeaux pendant l’intermède québécois d’Alain Juppé ?
Est-ce à lui que songe François-Xavier BORDEAUX lorsqu’il évoque un règlement de comptes orchestré par les anciens réseaux chabanistes ? Dans cette hypothèse on pourrait légitimement se demander quel intérêt l’actuel premier adjoint au Maire de Bordeaux aurait bien pu trouver à cette machination puisqu’il figurait de nouveau sur la liste d’Alain Juppé aux élections municipales de 2008, et que ce dernier semble bien être une victime collatérale de l’affaire Terrasson.
Le fait que François-Xavier BORDEAUX fût pressenti comme l’un des futurs adjoints au Maire dans la nouvelle équipe municipale, le désignait-il aux tirs de snipers embusqués ou bien, à travers lui, était-ce Alain Juppé que l’on cherchait à atteindre ?
Début avril 2008, Alain Pagès, rédacteur en chef de France Bleu Gironde, confie à la journaliste du Point : On avait l’info dès le 22 janvier 2007, le jour de leur arrestation par la police. Je n’en ai rien fait parce que je n’aime pas le “clé en main”. Mais je me suis dit que la cartomancienne, l’énarque, le banquier des pauvres et la belle avocate, cela avait tout pour exciter les policiers et les magistrats. Et c’est bien ce qui s’est produit.
Qui a bien pu souffler aux policiers de préparer, à destination des médias, le script détaillé et accablant pour les 4 personnes mises en cause, de ce scandale bordelais ?
On citera avec intérêt la gazette du pays du 22 février 2007 :« A la Mairie de Bordeaux, l’Affaire des Notables continue à faire des ravages. La tension est extrême entre la garde rapprochée d’Alain Juppé et le Directeur Départemental de la Sécurité Publique , M. Albert Doutre, qui devait pourtant sa nomination à Bordeaux en mars 2005 aux excellentes relations d’Hugues Martin avec le Ministre de l’Intérieur de l’époque, M. de Villepin. Bien que les résultats obtenus par M. Doutre soient exceptionnels aux dires du Préfet Francis Idrac, bien qu’après trois années de hausse, la criminalité ait enfin baissé, du moins selon les chiffres officiels, en faisant de la Gironde avec 54 800 crimes et délits un des départements les plus sûrs de France, bien qu’une reprise en main très sévère des personnels ait été opérée, le Directeur Départemental de la Sécurité Publique est accablé de tous les maux et de tous les mots. Il a , en effet, négligé d’avertir la Mairie de l’arrestation des trois notables, opérée pendant le voyage en Asie d’Alain Juppé. Le Palais Rohan ne devait découvrir les faits que dans l’après-midi, sentant s’ouvrir un véritable gouffre sous les pas du Maire fraîchement réélu.
Il est clair qu’apprenant la nouvelle, M. Juppé qui s’illusionnait encore sur ses chances de récupérer très rapidement un destin national, ait été plus que désenchanté de ce qu’il considère ainsi que ses amis comme un coup très bas relevant d’une honteuse manipulation.
En réalité, l’attitude de M. Doutre serait dictée par une prudente réserve et une sorte de carême politique. On murmure, en effet, qu’une autre affaire serait sur le point d’éclater, visant cette fois d’importantes personnalités politiques de l’opposition. »
Alain Juppé a confirmé qu’il avait découvert les faits au moment de la mise en garde à vue de son adjointe et de son directeur des affaires culturelles et on a tout lieu de le croire. Peut-on pour autant imaginer qu’une affaire de cette nature, mettant en cause les plus proches collaborateurs du Maire de Bordeaux, puisse ne pas faire l’objet, dès le stade de l’enquête préliminaire, d’un rapport détaillé à la Chancellerie par le parquet et d’un rapport tout aussi détaillé à la place Beauvau par le Préfet de police ?
Autrement dit, il est plus que vraisemblable que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, ou tout au moins son directeur de cabinet, avaient connaissance de ce qui était en train de se jouer à Bordeaux. Lorsque l’affaire éclate, fin janvier 2007, Alain Juppé est déjà présenté comme le destinataire d’un grand portefeuille au sein du gouvernement en cas de victoire du candidat de l’UMP. L’affaire Terrasson aurait-elle pu servir de chausse-trappe politique et faire perdre à Alain Juppé les quelques voix qui lui ont effectivement manqué pour reconquérir son siège de député et rester au gouvernement ? On se souvient de la réflexion prêtée à l’hôte de l’Elysée en apprenant la nouvelle de la défaite du Maire de Bordeaux aux législatives : « Juppé est mort [politiquement] ! ».
