Sud-Ouest – 2 octobre 2008 : La bande dessinée accrochée au balcon qui surmonte le Dauphin bleu, la poissonnerie du cours Portal, intrigue passants et clients. Des poissons y font des bulles qui délivrent des messages sibyllins, assez incompréhensibles pour le commun des mortels. Jean-Marie Trassy, le maître des lieux, peintre à ses heures, affirme qu’il s’agit là d’un moyen d’expression pour répondre aux accusations dont il aurait fait l’objet dans le cadre de l’affaire Terrasson. Les initiés pourront décoder….
Ils sont au nombre de deux : Jean-Christophe RALLION, le tuteur de Jeanine Terrasson qui, après avoir été écarté par le tribunal de grande instance de Bordeaux, dépose une plainte contre X pour vol et abus de faiblesse et Jean-Marie TRASSY, le poissonnier bordelais, ancien brocanteur.
1. Le tuteur *
Le journal Libération résume le rôle de Jean-Christophe RALLION dans ce dossier : « La vieille dame, «âgée mais pas débile» selon un proche, n’a pas d’héritiers directs si ce n’est deux neveux qui viennent de se réveiller subitement. Elle était en conflit avec son tuteur légal, chargé de gérer sa fortune, qui aurait tenté de la placer en maison de retraite » Sud-Ouest, dans un article signé de Christine Morice publié le 21 février 2007, revient sur le passé professionnel du tuteur Jean-Christophe Rallion et notamment sur ses démêlés devant le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux.« L’affaire Jeanine Terrasson qui défraie depuis quelques jours la chronique locale renvoie la famille Billou à de bien mauvais souvenirs. En effet, en avril 2002, Jean-Claude Billou poursuivait en justice Jean-Christophe Rallion, à qui le juge des tutelles avait confié différentes missions en tant que mandataire spécial, curateur puis tuteur de sa mère, alors âgée de 91 ans. Il s’agit du même Jean-Christophe Rallion qui, en tant que premier tuteur de Jeanine Terrasson, est à l’origine des poursuites judiciaires dont font aujourd’hui l’objet Nicole Dumont, François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété et Martine Moulin-Boudard. La plainte avec constitution de partie civile déposée auprès d’un juge d’instruction bordelais pour « abus de faiblesse et vols » émane en effet de celui qui n’assure plus aujourd’hui la protection juridique de la vieille dame. Les démarches entreprises en 2002 par Jean-Claude Billou avaient abouti à la condamnation de Jean-Christophe Rallion, le 22 juin 2004, devant la 1re chambre civile du tribunal de grande instance de Bordeaux. La justice estimait dans son jugement, qu’il avait « engagé sa responsabilité de mandataire par les fautes commises dans l’exécution des missions confiées par le juges des tutelles » et l’avait condamné à verser plus de 17 000 euros de dommages et intérêts à M. Billou. Jean-Christophe Rallion avait interjeté appel de cette décision, mais il a de nouveau été condamné le 9 janvier 2006 par la cour d’appel de Bordeaux. Les erreurs commises par le tuteur portent sur des « dépenses non justifiées », comme le souligne la cour d’appel. M. Rallion a, par exemple, versé des salaires bruts à l’employée de maison chargée de Mme Billou mère, à qui il a également remis des espèces. Selon l’expert judiciaire, il a touché des trop-perçus versés par la maison de retraite, souscrit une seconde mutuelle pour la vieille dame dont il avait la charge. Bref, il fut à l’origine de plusieurs « fautes de gestion » épinglées par la justice. Pour la famille Billou, c’était la fin d’un long et douloureux marathon judiciaire. « A l’époque, le compte rendu annuel qui mettait en évidence les dépenses personnelles de ma belle-mère avait suscité des interrogations de la part du greffier en chef du TGI, chargé de recevoir les comptes », souligne Mme Billou ».
Cet article est loin d’être anodin : pour la première fois, la presse s’intéresse à la personne du tuteur de Jeanine Terrasson, dont l’impéritie dénoncée par François-Xavier BORDEAUX a conduit ce dernier à créer son association de lutte contre les abus des tutelles à la dénomination éponyme. Pour François-Xavier BORDEAUX « Les magistrats ont ignoré les conditions désastreuses dans lesquelles vivait cette personne âgée. Le tuteur avait bloqué ses comptes, pas un centime ne lui avait été versé pendant dix-huit mois. Sans sa légataire universelle, qui payait la nourriture, le loyer et les soins, Jeanine Terrasson serait morte dans la misère et la déchéance. Dans ce dossier, le véritable scandale est là. La justice s’est désintéressée d’une personne qu’elle aurait dû, pourtant, protéger. Aujourd’hui, on me reproche d’avoir fait ce qu’elle aurait dû faire. » – L’Express du 14/02/2008.
Début avril 2008, Le Point ajoute un élément nouveau: “Il a fallu attendre le 7 février pour que soient ouverts les scellés provenant de l’étude du notaire de Jeannine Terrasson. Outre le testament de la vieille dame en faveur de Nicole Dumont, considéré comme valide, on y a retrouvé, entre autres, un courrier de l’ancien tuteur, écrit après la levée de tutelle, demandant des informations sur l’état du patrimoine Terrasson.”
Dans son interview à France 3, François-Xavier BORDEAUX explique que la seule dépense engagée par le tuteur avant qu’il ne soit écarté est de procéder à l’inventaire des biens de l’octogénaire qui, en dépit de son important patrimoine, se trouve tout à fait démunie. François-Xavier BORDEAUX – interview France 3 – 17/02/08 :-« En fait l’affaire Terrasson commence par une faillite de la tutelle. Une vieille dame avec un début de maladie d’Alzheimer est mise sous tutelle. Son tuteur pendant dix-huit mois ne lui verse pas un centime. Cette dame doit donc être prise en charge au niveau de sa nourriture, de ses soins, des gardes. On la fait déménager pour la mettre en sécurité au niveau du loyer. Le tuteur bloque les comptes, ne verse pas un sou ! Ce même tuteur, par contre, engage 40.000 euros de dépenses pour connaître le patrimoine de cette vieille dame. Pourquoi fait-il cela ? Parce que la seule chose qui compte dans cette affaire de tutelle, c’est de vendre des biens qui vont rapporter au tuteur. Parce que le tuteur est payé sur les biens qui sont vendus. Donc la justice qui devait protéger cette vieille dame ne l’a pas fait… »
* voir l’excellent article de l’Express du 04/10/2004 “Tutelles: les abus d’un pouvoir“ sur les errements du régime des tutelles en France : http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/tutelle/dossier.asp?ida=429665&p=1 auxquels remédiera, espère-t’on, la loi du 5 mars 2007.
2. Le poissonnier-brocanteur ou « Les enquêteurs mordent à l’hameçon » ou « Les flots de vésanie » ou « Le dauphin bleu était une torpille »
Laissons la Gazette du Pays présenter ce personnage ambigu, au risque d’écorcher au passage l’orthographe de son patronyme : « Il s’agit d’un ancien antiquaire qui possédait dans les années 75 un très joli magasin au coin de la rue Notre Dame et de la rue du Couvent, M. Tracy. Ayant longtemps partagé la vie d’un célèbre fourreur bordelais et biarrot, cet amateur d’art quitta la ville au décès de son compagnon. Le bruit courut même parmi les antiquaires qu’il était lui aussi décédé. Fort heureusement, il n’en était rien et M. Tracy revint dans le quartier Notre Dame où il ouvrit une poissonnerie. C’est ainsi qu’il retrouva Mme Terrasson avec laquelle il s’était lié au moment où celle-ci recherchait des oeuvres rares pour la riche clientèle suisse. » Un article précédent du même échotier nous apprend que Jeanine Terrasson, à la fin de son livre consacré aux « Hannong et leurs manufactures, Strasbourg et Frankenthal », ouvrage de référence sur les faïences des fabriques de l’Est publié à la Manufacture des Arts de Lausanne, adresse ses remerciements à Mme Pariente, qui n’est autre que la soeur de l’ancien ami de M.Trassy, pour le prêt qu’elle lui a consenti de certaines pièces de sa collection.
Osons le mot : le métier de poissonnier est purement alimentaire pour M. Trassy dont le violon d’Ingres reste l’univers des arts décoratifs. La grande vague d’Hokusai, célèbre estampe japonaise, est d’ailleurs peinte sur le volet en fer de son échoppe de mercati. Quel est son rôle exact dans l’affaire Terrasson ? L’article du nouvel observateur du 1er novembre 2007 nous le décrit plus en détail : « [Jeanine Terrasson] devient courtière en objets d’art spécialisée dans le style Marie-Antoinette et antiquaire ambulante. Elle a un associé qui chine pour elle, Jean-Marie Trassy, un «broc» qui court les foires et les chantiers de démolition (…) Un jour de décembre 2004, Nicole Dumont tombe par hasard sur Jeanine Terrasson. Elle est assise, le regard perdu, dans une poissonnerie du quai des Chartrons, le Dauphin bleu. Elle a bien changé. En septembre, les médecins ont reconnu chez elle les symptômes de l’Alzheimer. Derrière l’étal, Jean-Marie Trassy est en train de servir une cliente. Hé oui, le brocanteur s’est fait poissonnier ». Le journaliste du nouvel observateur poursuit : « [Nicole Dumont] s’aperçoit que Trassy, le poissonnier de fraîche date, s’est installé chez Mme Terrasson et y vit en terrain conquis. »
François-Xavier BORDEAUX et Nicole DUMONT vont même plus loin : pour eux, Jean-Marie Trassy, qui connaît parfaitement le milieu de la brocante aurait déjà écoulé très discrètement un certain nombre d’objets de valeur, à l’insu de Mme Terrasson, chez qui il a élu domicile. «J’ai constaté que des meubles avaient disparu [dixit FX Bordeaux in l'Express du 01-02-2007]. En bas, il n’y avait que des meubles en mauvais état et de qualité médiocre, non conformes au goût et au standing de la propriétaire. Je remarquais également, lors de mes premières visites rue de la Pomme-d’Or, début 2005, plusieurs dizaines d’écrins à bijoux vides, des caisses de porcelaine rare fracturées et en partie vidées, tout cela dénotait que des gens s’étaient servis.»François-Xavier Bordeaux décide de réagir et dépose, en mai 2005, une main courante au commissariat de son quartier. « Mais [dixit FX Bordeaux] cette plainte a été mystérieusement enterrée, alors même que le lieutenant qui l’a reçue m’a indiqué que cette affaire était suivie par le préfet de police. Cet élément important, comme tous les autres éléments à décharge, a été systématiquement repoussé par la justice. Ni la juge d’instruction ni le président de la chambre de l’instruction n’ont voulu les prendre en compte. »
La menace est toutefois suffisamment grave pour éloigner le poissonnier Trassy. Lorsqu’il apprend quelques mois plus tard que Jeanine Terrasson a rédigé un testament en faveur de Nicole Dumont faisant de celle-ci sa légataire universelle, l’écailler fulmine et se découvre des talents de sycophante : il envoie lettre de dénonciation sur lettre de dénonciation à la Préfecture de Police (certaines d’entre elles accusent non seulement les notables mais aussi certains membres de leur famille), et surtout effectue des recherches pour retrouver et alerter les neveux de Jeanine Terrasson.
L’affaire de la bague
Le 28 mars 2007, Sud-Ouest évoque de façon anecdotique l’existence d’un bijou que Mme Terrasson aurait remis à M.Trassy : «De même, le poissonnier du quartier des Chartrons, ancien antiquaire et confident de Jeanine Terrasson pendant de longues années, a lui aussi été longuement été entendu. Spontanément, il a remis aux policiers une bague que lui avait donnée l’octogénaire.» Le “spontanément” est cocasse…Or, le 1er février 2007, L’Express publiait cet extrait de la déposition de François-Xavier Bordeaux au cours de sa garde à vue: «Un jour, au début de 2005, Jeanine Terrasson m’a invité à venir dîner chez elle et a tenu à faire les courses. Elle portait au doigt une bague de chez Cartier. A son retour, elle n’avait plus la bague et j’imagine qu’à défaut de payer en liquide elle avait donné ce gage pour payer [...].»
Quoiqu’il en soit, à aucun moment Jean-Marie TRASSY, en dépit de la plainte déposée par François-Xavier BORDEAUX contre lui, ne se verra inquiété par la justice. Pour quelle étrange raison ?

