L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘trésor’

Mais qui est donc Jeanine Terrasson ?

février 21, 2008 · 3 commentaires

mamiejpeg.jpg Jeanine Terrasson est une vieille dame de 85 ans dont la vie est entourée de nombreux mystères. Elle vit dans le quartier des Chartrons et souffre de la maladie d’Alzheimer. Les deux personnes qui la connaissent le mieux sont encore Nicole Dumont, sa confidente, et Jean-Marie Trassy, son ancien associé. Au moment où l’affaire Terrasson va être jetée dans le « chaudron » médiatique, les journalistes en mal d’informations sur la biographie de la vieille dame se précipitent chez ce dernier pour tenter de reconstituer sa vie tumultueuse et secrète, et par-dessus tout, connaître l’origine de sa « fortune colossale » (d’après la pigiste de 20 minutes (25/01/07) qui a consulté le classement du magazine Forbes avant d’écrire son papier… selon des sources tout aussi sûres, Bill Gates lui aurait même emprunté des sous en 1997 pour faire construire sa villa high tech de Seattle).

Le journaliste de la Charente Libre qui s’intéresse lui aussi à l’affaire Terrasson rapporte, dans un article publié le 10/03/2007, ce que le poissonier-brocanteur Trassy a cru bon de lui révéler sur la vieille dame : « Après mes premières déclarations, on a dit n’importe quoi sur moi, et sur elle: le magistrat instructeur m’a conseillé de me taire», lâche un des plus proches confidents de la dame.

Sous couvert d’anonymat, il accepte cependant d’évoquer encore celle dont il est l’ami depuis plus de trente ans. Après avoir débuté dans la vie comme infirmière à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, la jeune femme doit quitter son métier après une série d’irradiations accidentelles en 1952-1953. Cette amoureuse du beau embrasse alors la profession de courtier en art. Si à Bordeaux, le nom de Jeannine Terrasson évoquait peu de choses, «à Paris, elle était très connue des commissaires-priseurs et des antiquaires. Dans les années 50, des gens aux fortunes plus ou moins licites achetaient des meubles à tour de bras pour bien paraître. Mais ils n’y connaissaient rien: ce fut l’âge d’or des courtiers en art!». Jeannine excelle: «Elle avait une grande connaissance de l’histoire de l’art et le don de reconnaître l’objet intéressant. Chez elle, je me souviens d’un parapluie, il avait une tête en ivoire très caractéristique: c’était le parapluie de Voltaire, visible sur des portraits du philosophe!».
Jeannine Terrasson acquiert alors quantités d’objets délaissés à l’époque, qui feront sa fortune. «Dans les années 50-60, les meubles Louis XVI, la porcelaine n’intéressaient pas les acheteurs. Un Gallé (verrier époque 1900, Art Nouveau), ça valait 3 francs six sous ; aujourd’hui, ça vaut de l’or!» Cette amatrice éclairée se choisit pour modèle une autre femme d’exception, la Pompadour: «Elle admirait la femme des Arts qui a fait connaître Boucher, Watteau, les grands peintres de l’époque et popularisé la porcelaine».

Jeannine se sent proche d’elle pour deux autres raisons: «Elle est légitimiste, royaliste si vous préférez». Et la Pompadour s’appelait Poisson, de son nom de jeune fille; or Jeannine Terrasson, férue d’astrologie, est justement du signe du Poisson. »

Et le plumitif libre-charentais de conclure : « Cette passion pour l’astrologie l’amènera à croiser, peut-être dès les années 70, une autre spécialiste des astres, voyante de surcroît, Nicole Dumont. Pour son malheur. » 

Beaucoup plus romancée, la version de Florence Mothe * dans la Gazette du Pays du 22 février pimente encore le portrait de la collectionneuse d’arts en y raccrochant une activité d’agent infiltré auprès des Allemands dans le Bordeaux de l’Occupation pour le compte des réseaux de la Résistance. « Des questions de plus en plus nombreuses commencent à se poser sur l’itinéraire personnel de Mme Terrasson ; C’est ainsi par exemple que l’on a pu apprendre qu’elle était brouillée avec sa sœur depuis…1940. Les raisons de cette brouille étaient, en effet, très valables. Mme Terrasson affirme qu’elle a fait de la Résistance et qu’elle a eu pour mission, tant qu’elle a résidé à Bordeaux, d’infiltrer les troupes allemandes qui occupaient la ville. C’est ainsi qu’elle aurait été amenée à entrer dans l’intimité de plusieurs officiers pour leurs tirer des renseignements, n’hésitant pas à s’afficher à leur bras dans les rues de la ville. Qui dit Résistance dit secret, Mme Terrasson aurait négligé d’indiquer à sa sœur quelle était sa mission et celle-ci, la voyant se promener au bras d’un bel officier, se serait méprise et une brouille définitive s’en serait suivie.Nous avons cherché à vérifier l’appartenance de Mme Terrasson aux principaux réseaux répertoriés à Bordeaux et n’avons pas trouvé sa trace. Les évènements dont il est fait mention s’étant déroulés selon nos sources entre 1941 et 1942, on peut imaginer que ces réseaux aient été détruits durant les grandes arrestations consécutives l’Affaire Grandclément et que les documents aient disparu. Ce sont, sans doute, ces évènements spécialement dans les maquis du Vercors qui nargua l’occupant jusqu’en juillet 1944. Le Vercors avait été transformé en enclave avec approbation du Général de Gaulle en 1942. Cette stratégie de camp retranché ” une fausse bonne idée ” selon Henri Amouroux, se terminera en massacre, car le Vercors accueillit au moment du débarquement près de quatre mille combattants. Qui furent impitoyablement réduits par l’assaut déclenché par le Général Karl Pflaum et trois bataillons venus du Front de l’Est, le 21 juillet 1944. Mme Terrasson aurait exercé sa profession d’infirmière dans ces lieux et dans ces circonstances, échappant miraculeusement à la mort, ce qui lui aurait permis de rejoindre, toujours en tant qu’infirmière l’armée du Général Leclerc, jusqu’à sa percée en Allemagne.
Ce n’est que postérieurement à ces évènements dramatiques que Mme Terrasson se serait intéressée aux objets d’art, puisant dans cette activité des revenus suffisants pour constituer la belle collection qui est l’objet de l’Affaire des Notables.
Selon certaines sources, ses revenus ne serait pas entièrement en provenance de ces activités artistiques, mais auraient été confortés par des activités de passeuse de devises à la frontière suisse. Exacte ou inventée, cette précision apportée par plusieurs témoins éclaire d’un jour nouveau la personnalité de la vieille dame. Sa vie aventureuse ou héroïque explique, en tout cas, l’aversion qu’elle portait à sa famille d’origine, et, partant, probablement à ses neveux.” 

Ultime clin d’oeil, le 26 mai 2008, un exemplaire de Faux résistants et vrais coquins“ signé et dédicacé: “pour madame Jeannine Terrasson, cette plongée dans l’imposture, meilleur hommage” et de “La Croix de Lorraine qui tue signé et dédicacé: “Pour madame Jeannine Terrasson écrasons l’infâme“, par André Figueiras, ancien résistant devenu anti-gaulliste et proche des milieux d’extrême-droite, sont vendus sur ebay à “mickyfleurbleue”.

* Florence Mothe, ancienne critique musicale au journal Sud-Ouest, est aussi romancière, botaniste et présente, en sa chartreuse de Mongenan, une remarquable collection de faïences de Samadet.

Catégories : la vieille dame
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Le lancement de l’affaire par Sud-Ouest

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le journal Sud-Ouest, dans son pilonnage quasi quotidien, s’affranchit du devoir d’informer pour se consacrer à ses réquisitoires, ordonnances et sentences. Le fait divers n’est plus dès lors qu’un clou auquel on accroche ses idées fixes ou ses idées reçues. Dans son édition du mardi 23 janvier 2007, Sud-Ouest révèle les tenants de ce qui devient à ce moment précis l’affaire Terrasson et le placement en garde à vue des notables et de la cartomancienne.

L’article est accompagné d’une illustration intitulée « le dessous des cartes » qui représente un jeu de cartes à l’effigie des quatre prévenus, référence explicite à la cartomancienne Nicole Dumont qui évoque également les reportages de CNN sur l’entourage de Saddam Hussein au moment de l’invasion de l’Irak :Dame de cœur : la voyante Nicole Dumont- Roi de carreau : le haut-fonctionnaire Jean-François Lhérété- Dame de trèfle : l’élue Martine Moulin-Boudard - Roi de pique : le banquier François-Xavier Bordeaux. Au centre se trouve Jeanine Terrasson, 84 ans, victime présumée.

Dans son édition du mardi 23 janvier, le journal Sud-Ouest relègue au second plan la disparition de l’abbé Pierre pour titrer en première page sur une sordide et édifiante affaire de spoliation d’une personne âgée par une cartomancienne assistée de 3 notables indélicats : l’affaire Terrasson est lancée ! Nous sommes le mardi 23 janvier et les personnes interpellées par la police sont encore en garde à vue, leurs avocats n’ont pas eu le temps de prendre connaissance de toutes les pièces de la procédure et surtout elles n’ont pas encore été mises en examen par le juge d’instruction. Mais le procès médiatique lui a bel et bien commencé… 

« Les perquisitions effectuées en début de semaine par les policiers de la division criminelle ont prouvé que des objets d’art et des pièces importantes avaient disparu. Certains d’entre eux ont été retrouvés aux domiciles de Nicole Dumont et de Jean-François Lhérété. D’autres étaient stockés dans un local. D’autres encore auraient été écoulés auprès d’antiquaires. Il semble aussi que François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété et Nicole Dumont ont effectué plusieurs voyages en Suisse dans le but d’opérer des ponctions» « Une voyante discrète et séductrice » Sud-Ouest.

kkkjpeg.jpg Nouvelle révélation édifiante de Sud-Ouest, le quatuor ou le quarteron, selon qu’on préfère la musique de chambre au pronunciamento, appartenait à un obscur et conspirationniste ”Cercle du Jardin Public“.

A mi-chemin, dans l’esprit des journalistes du quotidien régional, entre l’ordre du Temple solaire et la loge P2, le cercle du jardin public réunissait les décideurs et éminences grises bordelais pour des séances de magie noire au cours desquelles ils fomentaient dans le plus grand secret la propagation de la peste noire, le rapt d’enfants, l’empoisonnement des puits et la famine du petit peuple. Repoussant à une distance rarement atteinte les limites de ce qu’autorise la déontologie de sa profession, Catherine Darfay, pour Sud-Ouest, désigne à ses lecteurs “l’Homme en Noir” alias Jean-François Lhérété comme le Grand-Maître de cette confrérie secrète.

Le Point du 03/04/2008 révèle ce qu’était la réalité de ce “cercle”: «Jean-François Lhérété avait créé, sur la suggestion de FXB, Le Cercle du jardin public, un club de réflexion qui s’intéressait à des sujets aussi subversifs que l’avenir de la Sécurité sociale et accueillait aussi, outre Martine Moulin-Boudard, le directeur de la Caisse d’épargne, le patron de l’école de commerce, celui de l’hôpital ou encore le libraire Denis Mollat. De ces rencontres est né un livre signé de Jean-François Lhérété, « La France en recomposition », paru aux éditions Gallimard fin novembre 2006. « J’étais invité à plusieurs émissions de télé et de radio pour mon livre, mais je n’ai pas pu y aller : j’étais en prison », soupire Jean-François Lhérété».

Aussitôt, Sud-Ouest croit utile de rassurer ses lecteurs : à présent que les principaux dirigeants de ce Cercle ont été arrêtés et mis à la question, la bonne société bordelaise va pouvoir retrouver la sérénité à laquelle légitimement elle aspire, dans l’attente que l’hérésie soit définitivement extirpée de Guyenne. Sud-Ouest du 25.01.07 : « Le Cercle du Jardin public – En révélant cette affaire dans notre édition de mardi, nous avons évoqué comment François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété, Martine Moulin-Boudard et même Nicole Dumont fréquentaient le même groupe de réflexion intitulé Cercle du Jardin Public. Une information qui n’a pas manqué de faire fantasmer certains d’inquiéter les autres éminents membres du Cercle, qui n’ont évidemment rien à voir avec cette affaire ».

On notera au passage le « et même Nicole Dumont » qui renforce l’idée selon laquelle Nicole Dumont n’est pas une notable à l’instar des trois autres. Dans l’esprit des journalistes, elle occupe une place bien à part, entre la conseillère occulte et Delphine de Nucingen. Sud-Ouest fait ici l’aveu que ses informations sont de nature à faire fantasmer ou à inquiéter. C’est à dessein ! Et qui dit fantasme, dit trésor.

tresorjpeg.jpg Car la chasse aux sorcières se double ici d’une chasse au trésor !

On le croyait enfoui dans les ruines de Gisors ou quelque part sous la lande écossaise. Les historiens peuvent interrompre toutes affaires cessantes leurs recherches, Sud-Ouest a retrouvé le trésor des Templiers : « [Les enquêteurs] se sont intéressés à un expert bordelais chez qui le passage d’un meuble de prix avait été signalé. Ils ont surtout découvert un véritable trésor dans une maison du quartier du Jardin public. Il y a deux ans, Nicole Dumont avait transféré chez un couple de ses amis une commode et une valise. La première, protégée par un drap, avait été poussée contre un mur dans un garage; la seconde, entreposée au grenier. Des montres, des colliers de perles, des brillants, des broches, des pierres, des bracelets, des médaillons, des bagues, des boucles d’oreilles… Ces bijoux en grand nombre étaient rangés dans des étuis ou disposés dans des boîtiers, placés dans des écrins ou réunis dans des coffrets. Tout ce qui brille n’est pas d’or. Mais au regard du goût sûr de Jeanine Terrasson en la matière, il est vraisemblable que certaines de ces pièces soient de grande valeur. Comme ce camée en agathe représentant la déesse Athena, qui daterait du Ve siècle ! » Et encore Sud-Ouest, au sujet de l’inventaire des biens auquel il avait été procédé à la demande du tuteur : « De quoi impressionner cependant le commissaire-priseur Jean-Daniel Toledano, chargé de dresser l’inventaire des biens de Mme Terrasson. Il affirmait récemment à la presse : « De toute ma carrière, je n’ai jamais vu de mobilier d’une telle qualité. »  

On le voit, tous les ingrédients sont réunis pour que les lecteurs du journal Sud-Ouest puissent se repaître de cette savoureuse histoire de notables corrompus. Sur TV7, l’inénarrable Benoît Lasserre, journaliste du grand quotidien régional, se pourlèche déjà les babines : “Ca fait longtemps que Bordeaux n’avait pas vécu un scandale aussi croustillant (…). Ca fait 10 ans qu’on n’avait pas vu ça, nous la presse ! Faut reconnaître que c’est [Le journaliste de TV7 l'interrompt: c'est génial !]…du pain béniAssumons notre cynisme!”  http://www.tv7bordeaux.fr/index.php?id_video=522&id_fiche=495.

Le menu est, en tous les cas, suffisamment appétissant pour inciter les confrères, par l’odeur alléchés, à se joindre au raout.

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : sud-ouest
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