L’affaire Terrasson

Articles étiquettés ‘tutelle’

L’affaire Terrasson: les éléments du dossier

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le Figaro en fait le résumé pour ses lecteurs : « Le drame se noue dans la plus belle artère de la ville, le cours Xavier-Arnozan où les négociants ont englouti les fortunes amassées sur les quais. Jeanine Terrasson, 84 ans, y occupe un appartement de plus de cent mètres carrés.(…). Son patrimoine est coquet : des centaines de milliers d’euros sur des comptes suisses, plusieurs immeubles dans la région, un appartement parisien rue de la Boétie, de nombreux terrains et plus de 100 000 euros en meubles et bijoux. Ses voisins témoignent qu’à l’heure de la maladie, une femme la soutient. Nicole Dumont, la cinquantaine, habite et travaille à deux pas. Cette voyante connaît Jeanine depuis vingt-trois ans. Devant les policiers, une auxiliaire de vie évoque une relation « grand-mère/petite-fille ». Jeanine a deux neveux qu’elle voit peu.

En 2005, devant notaire elle fait de Nicole Dumont sa légataire universelle. Mais elle est également placée sous tutelle au grand soulagement de ses neveux. Le 10 octobre 2005, devant un juge, Jeanine Terrasson évoque Nicole : « Je ne pense pas [qu'elle] soit intéressée par mon argent. (…) Mes neveux n’attendent que ma mort… » Le 8 juin 2006, la justice la place sous un régime plus souple de curatelle renforcée et change le tuteur. Selon un témoin, ce dernier dénonce des difficultés à rencontrer sa protégée et à procéder à l’inventaire et à l’évaluation de ses biens. Le tuteur évincé porte plainte pour vol à l’été 2006. L’affaire est confiée à la division criminelle de la police judiciaire.

Écoutes téléphoniques
Fin novembre 2006, Nicole Dumont est placée sur écoutes. La mesure se prolonge jusqu’au lundi 22 janvier, date de l’interpellation des personnalités.
Au coeur de ces 80 pages : Nicole Dumont et François-Xavier Bordeaux, Jean-François Léréthé et Martine Moulin-Boudard apparaissent beaucoup moins. Jeanine intervient à l’occasion. Le 5 janvier 2007, la voyante demande à son amie si elle souhaite léguer son héritage à ses neveux. Réponse : « Ah, non, non, non ! » Les enquêteurs découvrent que des meubles sont vendus à des antiquaires, qu’un box est loué sous un nom d’emprunt pour y entreposer d’autres objets. Des meubles et tableaux seront retrouvés chez les notables. Des voyages en Suisse – au moins deux – sont réalisés par Nicole Dumont aidée par François-Xavier Bordeaux et, à une reprise semble-t-il, par Jean-François Lhérété, pour en rapporter un minimum de 60 000 euros.
Les mis en examen n’ont reconnu les voyages en Suisse qu’une fois confrontés aux éléments réunis par les policiers. Les écoutes restent ambiguës. « As-tu bien terrassonné ? » lance un jour une amie à Nicole Dumont. « Elle n’est pas pressée [de mourir] », déclare Bordeaux fin 2006. Le même un peu plus tard : « Dès que tu n’es plus là, elle [Jeanine] déconne. Elle parle aux neveux, elle dit qu’elle ne veut plus vendre [des biens lui appartenant.  » Pour le conseil de François-Xavier Bordeaux, Me Thomas de Beaumont, la concertation relève « du fantasme », et rien n’a été retrouvé chez son client qui ne s’est pas enrichi. L’avocat de Nicole Dumont, Me Fabrice Delavoye, souligne que l’octogénaire « a été aidée » par sa cliente et que celle-ci engageait des frais. Les retraits en Suisse, les meubles vendus servaient-ils à régler tout cela ? L’enquête doit se poursuivre en Suisse pour établir le montant exact des retraits des comptes et, en France, pour retrouver les biens disparus. »

A partir de là deux thèses s’opposent : celle de l’acte crapuleux commis par des notables cherchant à s’approprier de façon concertée le patrimoine d’une riche octogénaire ou bien une action légitime de protection d’une personne âgée placée sous tutelle à la demande de neveux qu’elle a perdu de vue depuis plus de 30 ans, volée par des proches et dont le tuteur désigné par la justice se désintéresse complètement après avoir pris soin, cependant, de faire bloquer tous ses comptes. C’est la première que privilégient d’emblée policiers, magistrats et journalistes, renforcés dans leurs convictions par les accusations répétées dirigées contre les notables par le poissonnier du Cours Portal, Jean-Marie TRASSY.

 

 

 

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Le banquier des pauvres: François-Xavier BORDEAUX

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

fxbjpeg.jpg L’Express du 01/02/2007 :  « Parmi elles, une personnalité de premier plan: François-Xavier Bordeaux, «FXB» pour les Bordelais. Cet homme de 58 ans, banquier de profession, est connu pour ses prises de position courageuses. Dans les années 1980, il a osé affronter le tout-puissant président du club de football local, les Girondins de Bordeaux, le sulfureux Claude Bez, pourtant soutenu par le maire de l’époque, Jacques Chaban-Delmas. Il lui est resté de ce combat une image de chevalier blanc, une réputation d’honnête homme, récemment confortées par son action en faveur de la mise en place d’une caisse destinée à aider à ceux qui ne peuvent obtenir de crédit. Le maire actuel, Alain Juppé, lui a même confié la création d’une sorte de laboratoire social dans la ville. Les policiers s’intéressent en fait à une autre facette des activités de «FXB». Depuis le printemps 2006, celui-ci ne cesse en effet de s’élever contre le système des tutelles, dont il dénonce le dysfonctionnement. Un nouveau combat qui, dit-il, lui a été inspiré par la détresse de Mme Terrasson, laissée à l’abandon, sans moyens financiers, alors qu’elle dispose de biens importants. A l’entendre, cette situation lui a été signalée par la confidente et amie de la vieille dame, Nicole Dumont. Et c’est ainsi qu’entre en scène un autre personnage de cette histoire: la voyante. »

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L’avocate Martine Moulin-Boudard

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

mmb.jpg Elle est l’avocate de Jeanine Terrasson. Ce n’est pourtant pas cette qualité qui intéresse les médias, qui voient d’abord en elle l’adjointe au Maire d’Alain Juppé. Son rôle principal dans le dossier, et qui lui a attiré l’ire de la justice, est d’avoir obtenu en juin 2006 la levée de la tutelle que Jeanine Terrasson s’était vue imposer à la demande de ses neveux, au profit d’une curatelle renforcée. Un mois plus tard, le tuteur évincé déposait plainte contre X pour “vol et abus de faiblesse”, plainte qui allait mettre en branle la machine judiciaire. Conseillère Municipale de la Ville de Bordeaux depuis 1977, elle est en charge, au moment où l’affaire Terrasson éclate, de la candidature de Bordeaux au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, dossier qui l’accapare depuis plusieurs mois.

Le 29 janvier 2007, alors qu’elle sort profondément choquée et atterrée de 48 heures de garde à vue, plus d’une dizaine d’heures au cours desquelles elle a bataillé avec ses avocats devant le juge des libertés pour échapper à l’infamie d’une mise sous écrou requise par le parquet [Marion Guillot, pour 20 Minutes, ira jusqu'à écrire que : "selon nos informations, Martine Moulin-Boudard aurait évité l'incarcération en s'engageant à démissionner de ses fonctions d'avocate et d'élue." assertion parfaitement inepte reflétant assez fidèlement le niveau des étudiants formés aujourd'hui par les IUT de journalisme], et tandis qu’elle prend peu à peu conscience de la catastrophe qui vient de s’abattre sur elle, Mme Moulin-Boudard renonce à se rendre à la séance du Conseil Municipal qui se tient ce jour là.

Au Palais Rohan, une foule de curieux, ameutés par les articles de Sud-Ouest parus la semaine précédente, se pressent dans les travées de la salle du conseil réservées au public, jouant du coude pour avoir la meilleure place au Barnum. Les médias sont évidemment également au rendez-vous. La déception est donc énorme lorsqu’on constate que le fauteuil de l’élue en charge de la valorisation du patrimoine, à l’extrêmité de la tribune réservée au Maire et à ses adjoints, est vide. Le spectacle annoncé d’une femme agonie d’opprobres par la férocité d’une presse avide de mettre en pièces son honneur et sa réputation, n’aura pas lieu. La populace aura tout de même droit à un interlude récréatif animé par l’élu de service du front national, intitulé « la-mairie-de-Bordeaux-annexe-de-la-salle-des-pas-perdus-du-palais-de-justice », sur l’air bien connu du « tous pourris » qui est le fonds de commerce depuis plus de soixante dix ans de cette droite xénophobe et anti-républicaine.

Dignement, Alain Juppé, après une suspension de séance au cours de laquelle il s’assure que la démarche de l’élu lepéniste reste isolée, fait la lecture de l’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :”Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées”.

Enfin, le silence du Barreau de Bordeaux est assourdissant.

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Les accusateurs

février 21, 2008 · 3 commentaires

Le Dauphin Bleu 23/09/08

Le Dauphin Bleu 23/09/08

Sud-Ouest – 2 octobre 2008 : La bande dessinée accrochée au balcon qui surmonte le Dauphin bleu, la poissonnerie du cours Portal, intrigue passants et clients. Des poissons y font des bulles qui délivrent des messages sibyllins, assez incompréhensibles pour le commun des mortels. Jean-Marie Trassy, le maître des lieux, peintre à ses heures, affirme qu’il s’agit là d’un moyen d’expression pour répondre aux accusations dont il aurait fait l’objet dans le cadre de l’affaire Terrasson. Les initiés pourront décoder….

Ils sont au nombre de deux : Jean-Christophe RALLION, le tuteur de Jeanine Terrasson qui, après avoir été écarté par le tribunal de grande instance de Bordeaux, dépose une plainte contre X pour vol et abus de faiblesse et Jean-Marie TRASSY, le poissonnier bordelais, ancien brocanteur.  

1. Le tuteur *

Le journal Libération résume le rôle de Jean-Christophe RALLION dans ce dossier : « La vieille dame, «âgée mais pas débile» selon un proche, n’a pas d’héritiers directs si ce n’est deux neveux qui viennent de se réveiller subitement. Elle était en conflit avec son tuteur légal, chargé de gérer sa fortune, qui aurait tenté de la placer en maison de retraite » Sud-Ouest, dans un article signé de Christine Morice publié le 21 février 2007, revient sur le passé professionnel du tuteur Jean-Christophe Rallion et notamment sur ses démêlés devant le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux.« L’affaire Jeanine Terrasson qui défraie depuis quelques jours la chronique locale renvoie la famille Billou à de bien mauvais souvenirs. En effet, en avril 2002, Jean-Claude Billou poursuivait en justice Jean-Christophe Rallion, à qui le juge des tutelles avait confié différentes missions en tant que mandataire spécial, curateur puis tuteur de sa mère, alors âgée de 91 ans. Il s’agit du même Jean-Christophe Rallion qui, en tant que premier tuteur de Jeanine Terrasson, est à l’origine des poursuites judiciaires dont font aujourd’hui l’objet Nicole Dumont, François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété et Martine Moulin-Boudard. La plainte avec constitution de partie civile déposée auprès d’un juge d’instruction bordelais pour « abus de faiblesse et vols » émane en effet de celui qui n’assure plus aujourd’hui la protection juridique de la vieille dame. Les démarches entreprises en 2002 par Jean-Claude Billou avaient abouti à la condamnation de Jean-Christophe Rallion, le 22 juin 2004, devant la 1re chambre civile du tribunal de grande instance de Bordeaux. La justice estimait dans son jugement, qu’il avait « engagé sa responsabilité de mandataire par les fautes commises dans l’exécution des missions confiées par le juges des tutelles » et l’avait condamné à verser plus de 17 000 euros de dommages et intérêts à M. Billou. Jean-Christophe Rallion avait interjeté appel de cette décision, mais il a de nouveau été condamné le 9 janvier 2006 par la cour d’appel de Bordeaux. Les erreurs commises par le tuteur portent sur des « dépenses non justifiées », comme le souligne la cour d’appel. M. Rallion a, par exemple, versé des salaires bruts à l’employée de maison chargée de Mme Billou mère, à qui il a également remis des espèces. Selon l’expert judiciaire, il a touché des trop-perçus versés par la maison de retraite, souscrit une seconde mutuelle pour la vieille dame dont il avait la charge. Bref, il fut à l’origine de plusieurs « fautes de gestion » épinglées par la justice. Pour la famille Billou, c’était la fin d’un long et douloureux marathon judiciaire. « A l’époque, le compte rendu annuel qui mettait en évidence les dépenses personnelles de ma belle-mère avait suscité des interrogations de la part du greffier en chef du TGI, chargé de recevoir les comptes », souligne Mme Billou ».

Cet article est loin d’être anodin : pour la première fois, la presse s’intéresse à la personne du tuteur de Jeanine Terrasson, dont l’impéritie dénoncée par François-Xavier BORDEAUX a conduit ce dernier à créer son association de lutte contre les abus des tutelles à la dénomination éponyme. Pour François-Xavier BORDEAUX « Les magistrats ont ignoré les conditions désastreuses dans lesquelles vivait cette personne âgée. Le tuteur avait bloqué ses comptes, pas un centime ne lui avait été versé pendant dix-huit mois. Sans sa légataire universelle, qui payait la nourriture, le loyer et les soins, Jeanine Terrasson serait morte dans la misère et la déchéance. Dans ce dossier, le véritable scandale est là. La justice s’est désintéressée d’une personne qu’elle aurait dû, pourtant, protéger. Aujourd’hui, on me reproche d’avoir fait ce qu’elle aurait dû faire. » – L’Express du 14/02/2008.

Début avril 2008, Le Point ajoute un élément nouveau: “Il a fallu attendre le 7 février pour que soient ouverts les scellés provenant de l’étude du notaire de Jeannine Terrasson. Outre le testament de la vieille dame en faveur de Nicole Dumont, considéré comme valide, on y a retrouvé, entre autres, un courrier de l’ancien tuteur, écrit après la levée de tutelle, demandant des informations sur l’état du patrimoine Terrasson.”

Dans son interview à France 3, François-Xavier BORDEAUX explique que la seule dépense engagée par le tuteur avant qu’il ne soit écarté est de procéder à l’inventaire des biens de l’octogénaire qui, en dépit de son important patrimoine, se trouve tout à fait démunie. François-Xavier BORDEAUX – interview France 3 – 17/02/08 :-« En fait l’affaire Terrasson commence par une faillite de la tutelle. Une vieille dame avec un début de maladie d’Alzheimer est mise sous tutelle. Son tuteur pendant dix-huit mois ne lui verse pas un centime. Cette dame doit donc être prise en charge au niveau de sa nourriture, de ses soins, des gardes. On la fait déménager pour la mettre en sécurité au niveau du loyer. Le tuteur bloque les comptes, ne verse pas un sou ! Ce même tuteur, par contre, engage 40.000 euros de dépenses pour connaître le patrimoine de cette vieille dame. Pourquoi fait-il cela ? Parce que la seule chose qui compte dans cette affaire de tutelle, c’est de vendre des biens qui vont rapporter au tuteur. Parce que le tuteur est payé sur les biens qui sont vendus. Donc la justice qui devait protéger cette vieille dame ne l’a pas fait… » 

* voir l’excellent article de l’Express du 04/10/2004 “Tutelles: les abus d’un pouvoir“ sur les errements du régime des tutelles en France : http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/tutelle/dossier.asp?ida=429665&p=1 auxquels remédiera, espère-t’on, la loi du 5 mars 2007.

2. Le poissonnier-brocanteur ou « Les enquêteurs mordent à l’hameçon » ou « Les flots de vésanie » ou « Le dauphin bleu était une torpille »

Laissons la Gazette du Pays présenter ce personnage ambigu, au risque d’écorcher au passage l’orthographe de son patronyme : «  Il s’agit d’un ancien antiquaire qui possédait dans les années 75 un très joli magasin au coin de la rue Notre Dame et de la rue du Couvent, M. Tracy. Ayant longtemps partagé la vie d’un célèbre fourreur bordelais et biarrot, cet amateur d’art quitta la ville au décès de son compagnon. Le bruit courut même parmi les antiquaires qu’il était lui aussi décédé. Fort heureusement, il n’en était rien et M. Tracy revint dans le quartier Notre Dame où il ouvrit une poissonnerie. C’est ainsi qu’il retrouva Mme Terrasson avec laquelle il s’était lié au moment où celle-ci recherchait des oeuvres rares pour la riche clientèle suisse. » Un article précédent du même échotier nous apprend que Jeanine Terrasson, à la fin de son livre consacré aux « Hannong et leurs manufactures, Strasbourg et Frankenthal », ouvrage de référence sur les faïences des fabriques de l’Est publié à la Manufacture des Arts de Lausanne, adresse ses remerciements à Mme Pariente, qui n’est autre que la soeur de l’ancien ami de M.Trassy, pour le prêt qu’elle lui a consenti de certaines pièces de sa collection.

Osons le mot : le métier de poissonnier est purement alimentaire pour M. Trassy dont le violon d’Ingres reste l’univers des arts décoratifs. La grande vague d’Hokusai, célèbre estampe japonaise, est d’ailleurs peinte sur le volet en fer de son échoppe de mercati. Quel est son rôle exact dans l’affaire Terrasson ? L’article du nouvel observateur du 1er novembre 2007 nous le décrit plus en détail : « [Jeanine Terrasson] devient courtière en objets d’art spécialisée dans le style Marie-Antoinette et antiquaire ambulante. Elle a un associé qui chine pour elle, Jean-Marie Trassy, un «broc» qui court les foires et les chantiers de démolition (…) Un jour de décembre 2004, Nicole Dumont tombe par hasard sur Jeanine Terrasson. Elle est assise, le regard perdu, dans une poissonnerie du quai des Chartrons, le Dauphin bleu. Elle a bien changé. En septembre, les médecins ont reconnu chez elle les symptômes de l’Alzheimer. Derrière l’étal, Jean-Marie Trassy est en train de servir une cliente. Hé oui, le brocanteur s’est fait poissonnier ». Le journaliste du nouvel observateur poursuit : « [Nicole Dumont] s’aperçoit que Trassy, le poissonnier de fraîche date, s’est installé chez Mme Terrasson et y vit en terrain conquis. »

François-Xavier BORDEAUX et Nicole DUMONT vont même plus loin : pour eux, Jean-Marie Trassy, qui connaît parfaitement le milieu de la brocante aurait déjà écoulé très discrètement un certain nombre d’objets de valeur, à l’insu de Mme Terrasson, chez qui il a élu domicile. «J’ai constaté que des meubles avaient disparu [dixit FX Bordeaux in l'Express du 01-02-2007]. En bas, il n’y avait que des meubles en mauvais état et de qualité médiocre, non conformes au goût et au standing de la propriétaire. Je remarquais également, lors de mes premières visites rue de la Pomme-d’Or, début 2005, plusieurs dizaines d’écrins à bijoux vides, des caisses de porcelaine rare fracturées et en partie vidées, tout cela dénotait que des gens s’étaient servis.»François-Xavier Bordeaux décide de réagir et dépose, en mai 2005, une main courante au commissariat de son quartier. « Mais [dixit FX Bordeaux] cette plainte a été mystérieusement enterrée, alors même que le lieutenant qui l’a reçue m’a indiqué que cette affaire était suivie par le préfet de police. Cet élément important, comme tous les autres éléments à décharge, a été systématiquement repoussé par la justice. Ni la juge d’instruction ni le président de la chambre de l’instruction n’ont voulu les prendre en compte. »

La menace est toutefois suffisamment grave pour éloigner le poissonnier Trassy. Lorsqu’il apprend quelques mois plus tard que Jeanine Terrasson a rédigé un testament en faveur de Nicole Dumont faisant de celle-ci sa légataire universelle, l’écailler fulmine et se découvre des talents de sycophante : il envoie lettre de dénonciation sur lettre de dénonciation à la Préfecture de Police (certaines d’entre elles accusent non seulement les notables mais aussi certains membres de leur famille), et surtout effectue des recherches pour retrouver et alerter les neveux de Jeanine Terrasson.

L’affaire de la bague

Le 28 mars 2007, Sud-Ouest évoque de façon anecdotique l’existence d’un bijou que Mme Terrasson aurait remis à M.Trassy : «De même, le poissonnier du quartier des Chartrons, ancien antiquaire et confident de Jeanine Terrasson pendant de longues années, a lui aussi été longuement été entendu. Spontanément, il a remis aux policiers une bague que lui avait donnée l’octogénaire.» Le “spontanément” est cocasse…Or, le 1er février 2007, L’Express publiait cet extrait de la déposition de François-Xavier Bordeaux au cours de sa garde à vue: «Un jour, au début de 2005, Jeanine Terrasson m’a invité à venir dîner chez elle et a tenu à faire les courses. Elle portait au doigt une bague de chez Cartier. A son retour, elle n’avait plus la bague et j’imagine qu’à défaut de payer en liquide elle avait donné ce gage pour payer [...].»

Quoiqu’il en soit, à aucun moment Jean-Marie TRASSY, en dépit de la plainte déposée par François-Xavier BORDEAUX contre lui, ne se verra inquiété par la justice. Pour quelle étrange raison ? 

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Les neveux

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Il s’agit, selon la « Gazette du Pays » de Jean et Philippe FAURE. Jeanine Terrasson ne voulait pas qu’ils héritent d’elle à sa mort. Cette version des faits est confirmée par de multiples protagonistes à plusieurs reprises au cours de l’enquête : Sud-Ouest : – « Selon Florence Costa, Jeanine Terrasson aurait agi de la sorte de façon à ce que cet argent ne puisse profiter à ses deux neveux, ses seuls héritiers, avec qui elle était brouillée ». La Gazette du Pays :- « Sa vie aventureuse ou héroïque explique, en tout cas, l’aversion qu’elle portait à sa famille d’origine, et, partant, probablement à ses neveux. ». La Charente Libre : – « Entre-temps les deux neveux héritiers directs de la vieille dame portaient plainte à leur tour; il semblerait que Jeannine Terrasson, qui ne s’entendait pas du tout avec leur mère, c’est-à-dire sa sœur, les auraient déshérités au profit de Nicole Dumont devenue sa «légataire universelle ».

Jean-Marie Trassy croit tenir sa vengeance en prévenant ces derniers que leur tante vient de léguer l’intégralité de ses biens à Nicole Dumont, et ce, rappelons-le, alors qu’il sait pertinemment que Mme Terrasson ne souhaite pas entrer en contact avec eux. Ses neveux, qui ne la connaissent pour ainsi dire pas ou très peu, vont alors demander et obtenir sa mise sous tutelle en octobre 2005, les symptômes de la maladie d’Alzheimer dont est atteinte la vieille dame étant diagnostiqués à ce moment là. Dès lors, Jeanine Terrasson se retrouve dans l’impossibilité d’effectuer le moindre acte de gestion courante lui permettant de subvenir à ses besoins. La vieille dame fortunée en est réduite à demander de l’aide à son amie Nicole Dumont et à son avocate afin d’obtenir la levée de cette tutelle. 

Le 29 mars 2007, le journal Sud-Ouest rapporte une information d’une importance capitale pour l’instruction : « La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux a infirmé hier l’ordonnance rendue au début du mois de mars par la juge d’instruction Sophie Pétriat et rejeté la constitution de partie civile des deux neveux de Jeanine Terrasson. Au motif qu’il n’existait pas de lien entre le préjudice qu’ils alléguaient et les infractions poursuivies. A savoir l’abus de faiblesse et de confiance, l’association de malfaiteurs et les vols reprochés à des degrés divers à la voyante Nicole Dumont, à son ami le conseiller financier François-Xavier Bordeaux, au directeur des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux Jean François Lhérété et à l’avocate Me Martine Moulin Boudard.
Quelques semaines plus tôt, Sophie Pétriat, la magistrate en charge du dossier, avait pourtant estimé que les deux hommes avaient intérêt et qualité pour agir. A ses yeux, rien ne s’opposait juridiquement à ce qu’ils puissent prendre connaissance des circonstances, des faits et des conditions dans lesquelles Nicole Dumont avait été désignée comme légatrice universelle par la vieille dame, aujourd’hui âgée de 84 ans. L’acte passé devant notaire était intervenu en février 2005. Quelques jours avant que les deux neveux de Jeanine Terrasson, alertés par un commerçant des Chartrons, ne saisissent le juge des tutelles pour obtenir le placement de leur tante sous protection judiciaire. « Logique ». « C’est une décision logique au regard du droit. L’acceptation initiale de cette constitution de partie civile était surprenante », relèvent Me Fabrice Delavoye et Me Stéphane Guitard, les avocats de Nicole Dumont, à l’origine de la saisine de la chambre de l’instruction. N’étant pas héritiers réservataires, comme le sont des enfants ou un conjoint, les deux neveux ne disposaient d’aucun droit patrimonial. Jeanine Terrasson a en effet légué la totalité de sa fortune à Nicole Dumont par un testament qui n’est pas invalidé même s’il est aujourd’hui critiqué par certains membres de la famille Terrasson »

La décision de la chambre d’instruction constitue bel et bien une victoire importante pour la défense : c’est un démenti cinglant qui est opposé à la logique inquisitrice contre laquelle doivent se battre les mis en examen selon laquelle ils auraient détourné à leur profit un héritage qui revenait légitimement aux neveux de Jeanine Terrasson. La manœuvre de M.Trassy ne réussit donc qu’à moitié : les neveux de Jeanine Terrasson obtiennent, certes, la mise sous tutelle de leur tante, mais le testament par lequel la vieille dame a fait, devant notaire, de Nicole Dumont sa légataire universelle reste parfaitement légal. La plainte avec demande de constitution de partie civile déposée par les neveux de la vieille dame n’est donc qu’une tentative avortée de leur part pour reprendre l’initiative dans ce dossier.

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Le privé, l’avocate et la nébuleuse

janvier 27, 2008 · Laisser un commentaire

Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon…dans ma jeunesse ça s’appelait un bordel…Les Barbouzes – Georges Lautner

L’affaire Terrasson prend une nouvelle dimension burlesque, en mai 2007, sous la plume de Jean-Michel Desplos, journaliste à Sud-Ouest, qui révèle la mise en examen cette fois de Sylviane Laporte et de son détective pour “tentative d’extorsion de fonds” à l’encontre de Me Anne-Marie Civilise, qui fut l’avocate de feu son père, le professeur Fernand Laporte, l’ami généreux de Jeanine Terrasson :

« Le parquet de Bordeaux a confirmé hier l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en examen pour « tentative d’extorsion de fonds » à l’encontre de Sylviane Laporte, fille du professeur Fernand Laporte, et d’un détective privé parisien. Fernand Laporte, ancien professeur de médecine de l’hôpital Saint-André, s’est éteint en 1999 alors qu’il était âgé de 95 ans. A l’époque, il était très proche de Jeanine Terrasson, une dame aujourd’hui âgé de 84 ans qui aurait été dépossédée d’une partie de ses biens par quatre personnages de premier plan de la vie bordelaise (l’affaire est toujours en cours d’instruction).

Une plainte pour des détournements. Très fortuné, le professeur Laporte était propriétaire d’un riche patrimoine comprenant notamment des immeubles à Paris, au Cap-Ferret et à Arcachon, des objets d’art ainsi que plusieurs comptes bancaires en Suisse.

Sylviane Laporte entretenait semble-t-il des relations épisodiques avec son père, placé sous tutelle quelques années avant sa disparition. En 2000, elle déposait une plainte au commissariat de police de Bordeaux estimant que son père avait été victime de détournements par des personnes de son entourage. Au printemps 2007, alors que « l’affaire Terrasson » venait d’éclater quelques semaines plus tôt sur la place publique, elle décidait de s’attacher les services d’un détective privé parisien. Prise de doutes, elle lui a demandé d’enquêter sur l’avocate bordelaise chargée des intérêts de Fernand Laporte au moment de son placement sous tutelle. Le détective a effectué sa mission. Voulant nouer le contact entre l’avocate et sa cliente, il a écrit plusieurs courriers qui n’étaient pas signés de son nom, mettant une certaine forme de pression sur l’auxiliaire de justice soupçonnée d’avoir récupéré d’importantes sommes d’argent.

« Une nébuleuse ». Cette dernière, inquiète, a déposé une plainte à son tour. Les enquêteurs de la police judiciaire ont rapidement identifié l’auteur des courriers et le commanditaire. C’est ainsi qu’en fin de semaine dernière Sylviane Laporte et le détective privé ont été placés en garde à vue et déférés au parquet avant d’être mis en examen

« Il s’agit d’une nébuleuse, un certain nombre d’éléments sont en cours de vérification», commente une source proche du dossier. Placés sous contrôle judiciaire, Sylviane Laporte, dont l’avocat parisien Me Thibault de Montbrial n’a pas pu être joint, hier et le détective, bénéficient de la présomption d’innocence à ce stade de la procédure.»

Plainte de Sylviane Laporte en 2000, plainte de François-Xavier Bordeaux en 2005, plainte de Jean-Christophe Rallion en 2006, plainte de Me Civilise en 2007, les plaintes décidément se multiplient dans et autour de l’affaire Terrasson. Mais seule celle du tuteur de Jeanine Terrasson aura réellement fait réagir le Parquet. Quant au terme de “nébuleuse” il veut bien dire ce qu’il veut dire : on n’y voit goutte ! Il traduit en réalité le niveau de confusion lamentable où sont arrivés policiers et magistrats au cours de l’instruction. Après deux ans et demi d’investigations diverses et variées, le chef d’inculpation d’association de malfaiteurs plane, de fait, dans le vide intersidéral, autrement appelé “nébuleuse” par des ”sources proches du dossier” qui ont le sentiment de s’être quelque peu fourvoyées et qui cherchent à présent des justifications à leurs propres errements. Le journaliste Desplos est bien placé pour le savoir, lui qui a été scrupuleusement tenu informé des “découvertes” des enquêteurs dès le début de l’enquête préliminaire.

Catégories : enquête · sud-ouest
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