L’affaire Terrasson

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Le lancement de l’affaire par Sud-Ouest

février 21, 2008 · Laisser un commentaire

Le journal Sud-Ouest, dans son pilonnage quasi quotidien, s’affranchit du devoir d’informer pour se consacrer à ses réquisitoires, ordonnances et sentences. Le fait divers n’est plus dès lors qu’un clou auquel on accroche ses idées fixes ou ses idées reçues. Dans son édition du mardi 23 janvier 2007, Sud-Ouest révèle les tenants de ce qui devient à ce moment précis l’affaire Terrasson et le placement en garde à vue des notables et de la cartomancienne.

L’article est accompagné d’une illustration intitulée « le dessous des cartes » qui représente un jeu de cartes à l’effigie des quatre prévenus, référence explicite à la cartomancienne Nicole Dumont qui évoque également les reportages de CNN sur l’entourage de Saddam Hussein au moment de l’invasion de l’Irak :Dame de cœur : la voyante Nicole Dumont- Roi de carreau : le haut-fonctionnaire Jean-François Lhérété- Dame de trèfle : l’élue Martine Moulin-Boudard - Roi de pique : le banquier François-Xavier Bordeaux. Au centre se trouve Jeanine Terrasson, 84 ans, victime présumée.

Dans son édition du mardi 23 janvier, le journal Sud-Ouest relègue au second plan la disparition de l’abbé Pierre pour titrer en première page sur une sordide et édifiante affaire de spoliation d’une personne âgée par une cartomancienne assistée de 3 notables indélicats : l’affaire Terrasson est lancée ! Nous sommes le mardi 23 janvier et les personnes interpellées par la police sont encore en garde à vue, leurs avocats n’ont pas eu le temps de prendre connaissance de toutes les pièces de la procédure et surtout elles n’ont pas encore été mises en examen par le juge d’instruction. Mais le procès médiatique lui a bel et bien commencé… 

« Les perquisitions effectuées en début de semaine par les policiers de la division criminelle ont prouvé que des objets d’art et des pièces importantes avaient disparu. Certains d’entre eux ont été retrouvés aux domiciles de Nicole Dumont et de Jean-François Lhérété. D’autres étaient stockés dans un local. D’autres encore auraient été écoulés auprès d’antiquaires. Il semble aussi que François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété et Nicole Dumont ont effectué plusieurs voyages en Suisse dans le but d’opérer des ponctions» « Une voyante discrète et séductrice » Sud-Ouest.

kkkjpeg.jpg Nouvelle révélation édifiante de Sud-Ouest, le quatuor ou le quarteron, selon qu’on préfère la musique de chambre au pronunciamento, appartenait à un obscur et conspirationniste ”Cercle du Jardin Public“.

A mi-chemin, dans l’esprit des journalistes du quotidien régional, entre l’ordre du Temple solaire et la loge P2, le cercle du jardin public réunissait les décideurs et éminences grises bordelais pour des séances de magie noire au cours desquelles ils fomentaient dans le plus grand secret la propagation de la peste noire, le rapt d’enfants, l’empoisonnement des puits et la famine du petit peuple. Repoussant à une distance rarement atteinte les limites de ce qu’autorise la déontologie de sa profession, Catherine Darfay, pour Sud-Ouest, désigne à ses lecteurs “l’Homme en Noir” alias Jean-François Lhérété comme le Grand-Maître de cette confrérie secrète.

Le Point du 03/04/2008 révèle ce qu’était la réalité de ce “cercle”: «Jean-François Lhérété avait créé, sur la suggestion de FXB, Le Cercle du jardin public, un club de réflexion qui s’intéressait à des sujets aussi subversifs que l’avenir de la Sécurité sociale et accueillait aussi, outre Martine Moulin-Boudard, le directeur de la Caisse d’épargne, le patron de l’école de commerce, celui de l’hôpital ou encore le libraire Denis Mollat. De ces rencontres est né un livre signé de Jean-François Lhérété, « La France en recomposition », paru aux éditions Gallimard fin novembre 2006. « J’étais invité à plusieurs émissions de télé et de radio pour mon livre, mais je n’ai pas pu y aller : j’étais en prison », soupire Jean-François Lhérété».

Aussitôt, Sud-Ouest croit utile de rassurer ses lecteurs : à présent que les principaux dirigeants de ce Cercle ont été arrêtés et mis à la question, la bonne société bordelaise va pouvoir retrouver la sérénité à laquelle légitimement elle aspire, dans l’attente que l’hérésie soit définitivement extirpée de Guyenne. Sud-Ouest du 25.01.07 : « Le Cercle du Jardin public – En révélant cette affaire dans notre édition de mardi, nous avons évoqué comment François-Xavier Bordeaux, Jean-François Lhérété, Martine Moulin-Boudard et même Nicole Dumont fréquentaient le même groupe de réflexion intitulé Cercle du Jardin Public. Une information qui n’a pas manqué de faire fantasmer certains d’inquiéter les autres éminents membres du Cercle, qui n’ont évidemment rien à voir avec cette affaire ».

On notera au passage le « et même Nicole Dumont » qui renforce l’idée selon laquelle Nicole Dumont n’est pas une notable à l’instar des trois autres. Dans l’esprit des journalistes, elle occupe une place bien à part, entre la conseillère occulte et Delphine de Nucingen. Sud-Ouest fait ici l’aveu que ses informations sont de nature à faire fantasmer ou à inquiéter. C’est à dessein ! Et qui dit fantasme, dit trésor.

tresorjpeg.jpg Car la chasse aux sorcières se double ici d’une chasse au trésor !

On le croyait enfoui dans les ruines de Gisors ou quelque part sous la lande écossaise. Les historiens peuvent interrompre toutes affaires cessantes leurs recherches, Sud-Ouest a retrouvé le trésor des Templiers : « [Les enquêteurs] se sont intéressés à un expert bordelais chez qui le passage d’un meuble de prix avait été signalé. Ils ont surtout découvert un véritable trésor dans une maison du quartier du Jardin public. Il y a deux ans, Nicole Dumont avait transféré chez un couple de ses amis une commode et une valise. La première, protégée par un drap, avait été poussée contre un mur dans un garage; la seconde, entreposée au grenier. Des montres, des colliers de perles, des brillants, des broches, des pierres, des bracelets, des médaillons, des bagues, des boucles d’oreilles… Ces bijoux en grand nombre étaient rangés dans des étuis ou disposés dans des boîtiers, placés dans des écrins ou réunis dans des coffrets. Tout ce qui brille n’est pas d’or. Mais au regard du goût sûr de Jeanine Terrasson en la matière, il est vraisemblable que certaines de ces pièces soient de grande valeur. Comme ce camée en agathe représentant la déesse Athena, qui daterait du Ve siècle ! » Et encore Sud-Ouest, au sujet de l’inventaire des biens auquel il avait été procédé à la demande du tuteur : « De quoi impressionner cependant le commissaire-priseur Jean-Daniel Toledano, chargé de dresser l’inventaire des biens de Mme Terrasson. Il affirmait récemment à la presse : « De toute ma carrière, je n’ai jamais vu de mobilier d’une telle qualité. »  

On le voit, tous les ingrédients sont réunis pour que les lecteurs du journal Sud-Ouest puissent se repaître de cette savoureuse histoire de notables corrompus. Sur TV7, l’inénarrable Benoît Lasserre, journaliste du grand quotidien régional, se pourlèche déjà les babines : “Ca fait longtemps que Bordeaux n’avait pas vécu un scandale aussi croustillant (…). Ca fait 10 ans qu’on n’avait pas vu ça, nous la presse ! Faut reconnaître que c’est [Le journaliste de TV7 l'interrompt: c'est génial !]…du pain béniAssumons notre cynisme!”  http://www.tv7bordeaux.fr/index.php?id_video=522&id_fiche=495.

Le menu est, en tous les cas, suffisamment appétissant pour inciter les confrères, par l’odeur alléchés, à se joindre au raout.

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’affaire Terrasson: une nouvelle affaire Baudis ?

janvier 6, 2008 · Laisser un commentaire

outreau2.jpg Le rappel des faits qui ont conduit au début de l’affaire Terrasson et l’emballement médiatique qui s’en est suivi permettent de mieux cerner le caractère à la fois sensationnel et superficiel du traitement qui lui a été réservé par les médias. L’explication de ce qui apparaît de plus en plus aujourd’hui comme un nouveau fiasco médiatico-judiciaire peut d’ailleurs se passer de la thèse du complot politique. Le rouleau compresseur judiciaire s’est de nouveau mis en marche, sur la base d’écoutes téléphoniques peu convaincantes et de dénonciations de personnes elles-mêmes lourdement impliquées dans l’affaire, piétinant tout sur son passage, à commencer par la présomption d’innocence de personnes qu’aucun des éléments à décharge du dossier n’a semble-t’il pu racheter aux yeux du juge d’instruction. La raison en tient, notamment, à ce que la justice française comme la presse écrite souffrent de maux comparables : moyens matériels et humains insuffisants, cadences infernales, travail dans l’urgence d’où le manque de temps pour recouper les informations, perte progressive de crédibilité aux yeux des lecteurs et des justiciables…

L’affaire Terrasson, moins médiatisée que les affaires d’Outreau ou Baudis, n’en a pas eu pour autant des effets moins dramatiques pour les personnes mises en cause : 4 mois de détention provisoire pour François-Xavier Bordeaux et Nicole Dumont, cette dernière développant un cancer foudroyant en prison, 3 mois de détention provisoire pour Jean-François Lhérété suspendu de ses fonctions à la Mairie de Bordeaux, contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire pour Martine Moulin-Boudard contrainte à une humiliante démission de son poste d’adjoint au Maire.Tout ceci sans parler, naturellement, de cette “double peine” infâmante qu’a été leur lapidation publique et grand-guignolesque mise en scène par les médias.

« Certains emballements prennent un sens emblématique aux yeux de bien des citoyens, pour lesquels l’adjacent supplante désormais l’essentiel : le sensationnel exclut la vérité, le ragot évince l’investigation, la dénonciation remplace la ligne éditoriale, la précipitation supplée à la primeur (au « scoop »), la malveillance empiète sur la vigilance, bref , la campagne de presse se substitue à la transmission de nouvelles. ( …) Qu’est-ce qui vient chaque fois, tenter puis faire chuter le journalisme ? Pourquoi celui-ci peut-il se poser en justicier alors qu’il s’avère toujours sycophante ? Comment se transforme-t’il en machine à fabriquer des bavures ? Assistons-nous là aux sursauts agonisants d’une presse aux prises avec la Toile, ou pouvons-nous envisager une régénération capable de regagner la confiance des lecteurs qui ne sont pourtant pas sans mordre avec appétit aux hameçons biscornus ?» Antoine Perraud – La Barbarie Journalistique. 

Chacun connaît la devise adoptée par le journal Sud-Ouest: « Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres. » Avec l’affaire Terrasson, nous assistons au renversement suivant : « Les commentaires sont sacrés, les faits sont libres ». Les journalistes des grands quotidiens nationaux ne se sentent plus en devoir de dire simplement la vérité simple : ils se perçoivent chargés de la vengeance des peuples, à l’avant-garde de la lutte contre les injustices. Dans leur collimateur : les ayatollahs intégristes, les satrapes étrangers et les marchands de canons, les multinationales et leurs kyrielles de plans sociaux, les industriels pollueurs…

Le journaliste local, quant à lui, a un tableau de chasse plus modeste. Heureusement, chaque année, juché sur son pylône, il peut tirer sur quelques vols de « notables locaux » surpris dans d’affligeantes autant que banales affaires de pots-de-vin, abus de biens sociaux ou triolisme vénal. Mais on est encore assez bas sur l’échelle de Richter du scabreux qui fait vendre. Le « pic d’alerte » à l’occasion duquel les buralistes sont en rupture de stocks dès potron minet, c’est la denrée rare : le pédophile multirécidiviste en maraude dans les villages de la région voire l’accident à la centrale nucléaire du Blayais à la suite d’une soirée orgiaque improvisée par le personnel de sécurité… A cette aune, des notables locaux confondus dans une affaire de spoliation de mamie multimilliardaire sont plutôt bien positionnés et assurent au minimum une multiplication par deux des tirages.

Cette course au sensationnel hisse en même temps les médias, tenaces et déterminés, au rang des plus grands redresseurs de torts de notre imaginaire. La justice est aveugle et lente, la police sourde et maladroite, la classe politique inattentive et lâche : heureusement il y a la presse et ses élans justiciers !

Dans sa chronique du Médiateur consacrée à l’affaire Terrasson du 27 janvier 2007, Pierre-Marie Cortella justifie ainsi la “transparence” revendiquée par Sud-Ouest dans le traitement de ce genre de faits divers: “Un journaliste disposant d’une telle information devait-il se taire ? A coup sûr, il tournerait le dos à son métier, à sa mission à sa déontologie. Retenir l’information sous prétexte que des personnages publics, évoluant dans les sphères du pouvoir, sont concernés, accréditerait l’idée trop répandue de la collusion supposée entre la presse et les décideurs, les uns et les autres se protégeant mutuellement.” Mais, précisément, quel est le degré de fiabilité de cette “information” que Sud-Ouest croit devoir diffuser le 23 janvier 2007 quand l’ensemble des faits que nous avons relatés ici, par coupures de presse interposées, par leur profusion, nous paraissent sujets à de multiples et parfois contradictoires interprétations ?

Cette assertion selon laquelle Sud-Ouest avait le devoir d’informer ses lecteurs de faits, confondus en réalité avec les charges retenues à l’encontre des prévenus, s’accorde en tous les cas bien mal avec les règles de procédure pénale qui s’appliquent au cours de la phase d’instruction, laquelle sert à collecter des preuves et non à établir des faits, le rôle d’apprécier les preuves et d’en déduire la vérité incombant à la seule juridiction de jugement.

Face à cette transgression des principes fondamentaux du droit qui participent de la protection des libertés individuelles que s’autorise systématiquement le procès médiatique, le moins que l’on puisse dire c’est que la prétendue “déontologie” journalistique invoquée par Jean-Claude Bonnaud, Président du Directoire de Sud-Ouest au moment du lancement de l’affaire Terrasson, nous semble une mince et pudique feuille de vigne posée sur de bien peu chastes accomodements :

http://www.tv7bordeaux.fr/index.php?id_video=372&id_fiche=352

« la première chose (…) à laquelle nous sommes tous astreints c’est de vérifier cette information et en vérifier la crédibilité… et puis ensuite c’est de la traiter comme on doit le faire sur un plan déontologique (…) il me semble que sur le plan déontologique, nous avons parfaitement bien traité cette affaire en respectant notamment la présomption d’innocence qu’il faut toujours rappeler et qui est vraie pour tout le monde (…) A Sud-Ouest nous avons une charte écrite qui valide cette déontologie [le journaliste de TV7 l'interrompt: le Procureur dès le lendemain a fait un communiqué, il a dit qu'on est allé un peu vite en besogne] Mais…euh..bllmmnlnmn…Je veux dire c’est…Libre au Procureur… à Monsieur le Procureur…pour lequel on a beaucoup de respect …Mais libre à chacun, si vous voulez, d’estimer ce qu’il doit faire et ce qu’il a fait». cf note en bas de page (1)

Le secret de l’instruction (2) qui, tout en étant présenté comme un moyen d’assurer la protection des personnes, et, au premier chef, de leur présomption d’innocence, la préservation des preuves et la sérénité du travail judiciaire est constamment critiqué et violé par tous ceux qui affirment pourtant le respecter. Aujourd’hui, certains journalistes tendent même à le considérer comme une survivance obsolète du système inquisitoire, voire comme un frein au développement du journalisme d’investigation, les progrès de nos sociétés démocratiques incitant à davantage de transparence. C’est faire preuve de beaucoup d’aveuglement quand tout témoigne, au contraire, d’une régression préoccupante de la morale publique à l’heure de la télé-réalité et du show médiatique permanent. 

A travers l’affaire Terrasson, on a de nouveau pu vérifier quel était le degré d’indigence de cette prétendue « déontologie » journalistique, et surtout son élasticité devant les impératifs des ventes. Les affaires d’Outreau et Baudis n’étaient donc pas de simples accidents de parcours, des dérapages involontaires dus au contexte particulier de chacune d’elle, mais bel et bien le début d’une série de « crash » médiatiques. Au demeurant, à la suite de l’affaire d’Outreau, les médias n’ont pas vraiment fait preuve d’un grand sens de l’autocritique, laissant à la seule institution judiciaire le soin de faire son mea culpa. Soyons clair, la justice, sous peine de réitérer de telles avanies ad nauseam, doit désormais considérer la presse écrite pour ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire non plus seulement comme un relais indispensable pour atteindre l’opinion publique et susceptible d’empêcher, par exemple, qu’une affaire ne soit étouffée, mais comme un secteur d’activité commerciale parmi d’autres affrontant de plein fouet les mutations imposées par le web 2.0 et l’apparition de la presse gratuite, et prêt à tous les parjures pour enrayer la baisse chronique du nombre de ses lecteurs et la diminution qui en découle de ses recettes publicitaires.

Dans le cas d’espèce, il nous semble, compte tenu de la complexité même de l’affaire, qu’un strict respect du secret de l’instruction, c’est-à-dire, faut-il le rappeler, de la loi, aurait constitué une garantie autrement plus sûre, à la fois d’une instruction sereine de l’affaire, soucieuse de mettre au jour l’ensemble des éléments du dossier, et de la protection de la présomption d’innocence due aux mis en examen.

Laissons le mot de la fin à Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde diplomatique: “L’information prolifère, mais avec une garantie de fiabilité nulle. Il arrive souvent qu’elle soit démentie. On assiste au triomphe du journalisme de spéculation et de spectacle, au détriment du journalisme d’information (…) Au lieu de constituer le dernier rempart contre cette dérive due aussi à la rapidité, et à l’immédiateté, de nombreux quotidiens de presse écrite ont failli à leur mission et contribué parfois, au nom d’une conception paresseuse ou policière du journalisme d’investigation, à discréditer ce qu’on appelait jadis le “quatrième pouvoir“. Ignacio Ramonet adjoint une note, juste après avoir évoqué “une conception paresseuse ou policière du journalisme d’investigation” qui précise : “Où l’on confond trop souvent informateurs et indics, enquêtes véritables et réception de “corbeaux”. Ignacio Ramonet “Médias en crise” (Le Monde diplomatique, janvier 2005).

 

 (1) sur les limites de l’exercice de ces chartes déontologiques voir l’extrait du Rapport à Madame la Ministre de la Culture et de la Communication – 1999 – REFLEXIONS ET PROPOSITIONS SUR LA DEONTOLOGIE DE L’INFORMATION. Jean-Marie CHARON :

« Un constat critique : les atteintes à la présomption d’innocence suscitent une émotion comparable. Des vies seraient brisées, des réputations piétinées. De véritables condamnations médiatiques seraient prononcées par les journalistes. Il y aurait de ce point de vue des ” blessés de l’information “, qui sont bien loin de se limiter à quelques personnalités mises en causes dans les ” affaires “, puisque tout au long de l’année des anonymes se trouveraient brutalement cités, suspectés, dénoncés, sans que l’on prenne la peine de signaler lorsqu’elles se trouvent mises hors de cause.

Le constat de la publication ou de la diffusion d’une multiplicité d’inexactitudes ou d’approximations, dans des domaines très divers sont considérés comme un signe grave de manque de sérieux ou de compétence de la part des journalistes. Ce manque de fiabilité constituerait une faute grave, alors même que l’information figure pour beaucoup les moyens d’accès à la connaissance ou comme un outil d’action à usage professionnel. La schématisation ou la simplification excessive constitueraient une déviance de l’impératif nécessaire de vulgarisation, totalement incompatible avec l’un des grands défis de nos sociétés celui de la complexité.

 

Le refus de discuter, de se remettre en question et surtout de se soumettre à la critique du public, de la société est enfin perçu comme une forme d’arrogance insupportable. Comment dans un monde où chacun se soumet à la réflexion, se trouve confronté à l’exigence de transparence, les journalistes pourraient-ils prétendre que leur déontologie, leur éthique ne peuvent être jugées que par eux-mêmes (” Un journaliste digne de ce nom… ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d’honneur professionnel ” Charte des devoirs professionnels des journalistes français) ? Quels sont les contre-pouvoirs du quatrième pouvoir ? Le symbole de cette arrogance serait la réticence systématique des journalistes à reconnaître leurs erreurs, ce qu’illustrerait chaque jour le traitement du droit de réponse.»

 (2) Chiffres du sondage SOFRES sur la confiance des Français dans leurs médias, pour La Croix et Télérama, de 1998. 56% des Français souhaitent que l’on maintienne le secret de l’instruction selon le sondage CSA pour le CFPJ de 1997. Dans le même sondage 77% des personnes interrogées considéraient qu’il n’était pas normal que les journalistes ” publient des informations sur une affaire malgré le secret de l’instruction. Dans le sondage CSA – CFPJ 79% des personnes interrogées considéraient qu’il n’était pas normal que les journalistes ” divulguent le nom de personnes mises en cause, au risque de porter atteinte à leur réputation Le sondage CSA pour le CFPJ, de septembre 1997, montrait que 71% des Français pensaient que ” les médias ne respectent pas la présomption d’innocence “.

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